‹ Retraites pascales (volume 2)Chapitre 46 sur 92 · La Fontaine, Fables, liv. îx, fab · texte numérisé non relu

La Fontaine, Fables, liv. îx, fab

les mondes ensemble. Chaque visite qu'on lui fait est un voyage d'exploration où l'on découvre des fidélités, des tendresses, des ardeurs, des perfections inconnues. Lui seul peut nous offrir une intimité qui ne lasse jamais, et il n'y a qu'auprès de lui qu'on peut compter le reste pour

Voulons-nous être consolés? Nos amis de la terre ne peuvent prendre pour eux tout le fardeau de nos douleurs. Après que leurs compatissantes paroles ont apaisé noire âme, il nous faut encore recourir au céleste ami du tabernacle. Lui nous promet, non pas un soulagement, passager, mais un entier réconfort. « Venez, dit-il, venez à moi, vous tous qui êtes accablés sous le poids d^' votre peine, et je vous soulagerai *. » Oh ! qu'il fait bon gémira ses pieds. L'âme qu'il console n'a plus besoin des stériles encouragements d'une affection humaine, elle se relève, et prend congé de lui, fortifiée et soutenue par l'espérance des récompenses éternelles, promises en échange des douleurs qu'il aide à supporter.

Et. lui-même, n'est-il pas digne de nos plus

1. Yenite ad me omnes, qui laboratis, et ouerati estis, et ego reficiam vos. (Matth., cap. xi, 28.)

affectueuses condoléances? Nous avons pitié de l'affliction de ceux qui nous sont chers, et nous allons les trouver dans la solitude où ils pleurent, pour offrir à leurs souffrances les compensations de notre amour dévoué. Sont-ils humiliés par l'adversité ou offensés dans leur honneur, nous leur prodiguons les témoignages de notre estime. C'est une grande joie pour eux de sentir que le malheur ne leur a point attiré l'abandon. Or, Messieurs, si tel est le besoin de nos cœurs visà-vis des hommes, il ne se peut pas que nous soyons insensibles aux humiliations et aux tristesses de notre Dieu. C'est pour s'approcher de nous qu'il s'est anéanti sous les espèces eucharistiques, et livré, en cet état, aux mépris des incrédules, aux blasphèmes des impies, aux profanations des sacrilèges. Quel mauvais cœur nous aurions, si nous n'éprouvions le besoin de le remercier amoureusement de ses abaissements ; le besoin de lui dire que nous en com • prenons l'admirable économie, qu'il nous semble d'autant plus grand qu'il est plus humilié, d'autant plus digne de gloire qu'il est plus outragé, d'autant plus aimable qu'il ne se défend pas contre l'audace des profanateurs; le besoin de

17 i LA VISITE AU SAUST-SACREMENT.

convoquer dans une ardente prière toutes les créatures du ciel et de la terre, et de chanter avec elles : 0 le plus beau, le plus grand, le meilleur, le plus parfait, le plus saint des amis, soyez consolé de tout ce qui vous offense, par l'hommage de notre profonde vénération et l'assurance de notre éternel amour !

Mais, quoi que nousfassions, nous aurons toujours à recevoir de lui plus que nous ne lui donnerons. Nous pouvons, Messieurs, prétendre avec nos amis à L'égalité des bons offices. S'ils rendent service à ceux que nous leur avons recommandés, un jour ils viendront nous trouver pour que nous les payions de retour. Entre nous et notre magnifique ami de l'Eucharistie, impossible d'établir a balance des bons offices, nous restons les obligés de son infinie libéralité. Le tabernacle est un inépuisable trésor où il nous invite à venir prendre toutes les grâces dont nous avons besoin, un lit de justice et d'amour où nous pouvons aller présenter avec confiance toutes nos requêtes. Il ne nous est point défendu de recourir à la bonne volonté et à l'influence de ceux qui nous aiment d'amour naturel ; mais nous serons assurément mieux servis, si, avant d'exploiter les

hommes, nous allons faire nos recommandations au divin ami qui nous appelle et qui nous attend en son Sacrement. Dans aucune de nos visites nous ne serons déçus par son absence; jamais il ne nous dira : Je ne puis pas. Inutile de lui apporter de références et de faire la biographie de ceux à qui nous voulons l'intéresser, inutile de lui expliquer longuement l'objet de nos demandes. Parents, amis, justes, pécheurs, il connait tout le monde, et, si nous le prions bien, il est prêt à accorder à tout le monde les bienfaits et les grâces que nous implorons de sa bonté : le pain aux pauvres, la santé aux malades, la consolation aux affligés, l'assistance à tous les malheureux, la lumière aux ignorants et aux égarés, la force aux faibles, la paix aux âmes troublées, le pardon aux coupables, la vie de la grâce aux pécheurs. Nous revenons souvent d'auprès de nos amis le cœur navré par un refus ou parleur impuissance ; jamais nous ne reviendrons sans espoir d'une visite au Saint-Sacrement, si nous avons prié, avec un confiant amour, l'ami toutpuissant qui ne s'est approché de nous que pour nous faire du bien.

O Jésus, amoureux visiteur de l'humanité.

vous nous avez prévenus et vous nous attendez ! Puisque le devoir et le besoin nous appellent auprès de vous, on devrait voir les temples où vous résidez envahis, chaque jour, par une foule empressée de satisfaire aux convenances chrétiennes et de profiter de vos bienfaits. Mais. hélas! c'est à peine si l'on obéit aux convocations officielles de l'Église. Dans les villes populeuses, quelques rares passants viennent, de temps en temps, saluer l'Eucharistie : ailleurs, on ne rencontre guère que des temples déserts. Le matin, un prêtre, en compagnie d'un enfant, célèbre une messe à laquelle personne n'assiste. En une heure, tout est fini, et vous restez seul, ô mon Dieu, tout seul, pendant les longues heures du jour et de la nuit. Une lampe, souvent mal entretenue, agite devant vous sa flamme tremblante. Voilà tout l'hommage des populations chrétiennes, qui devraient s'anéantir à vos pieds dans une perpétuelle adoration.

Un jour, Messieurs, j'entrai dans une église de village, et, en m' agenouillant sur les marches du sanctuaire, je me sentis navré par la pensée du cruel et honteux abandon auquel est condamné Celui qui nous a tant aimés. Le temps

venait en aide à ma profonde tristesse. Tout était froid et sombre autour de moi. Au dehors, le ciel pleurait, le vent gémissait à travers les portes mal jointes et faisait trembler les vitres mai affermies. C'était un ensemble de bruits sinistres, et, à travers ces bruits, je crus entendre sortir du tabernacle un cri plaintif, cri semblable à celui qui s'échappa de la poitrine du Sauveur mourant sur la croix : « Mon peuple, mon peuple, pourquoi m'avez-vous abandonné? Ut quid dereliquisti me? Je me mis à pleurer, et je me demandai pourquoi Jésus reste au milieu de nous quand nous faisons autour de lui la solitude: solitude plus longue, plus lugubre, plus désolée, que celle de Gethsémani.Dansle fait, il aurait droit de nous quitter, puisque nous l'abandonnons ; et j'avais peur d'entendre ses anges lui dire, comme autrefois à la porte du Saint des saints : « Sortons d'ici ! sortons d'ici ! »

Mais je me rassurai en pensant qu'il y a toujours, quelque part, des âmes religieuses qui compensent, par leurs continuelles adorations, les longs oublis des populations chrétiennes. Cesom les prêtres, les moines et les vierges, dont les offices se succèdent sans interruption dans

l'Église universelle; ce sont les généreux chrétiens qui ont pris pour devise cette invitation de l'Église : a Venite adorer/us et procidamus unie Deum,v et qui s'imposent, tour à tour, la noble charge de représenter l'humanité devant Celui qui l'honore de sa perpétuelle présence. Toutes les heures du jour sont occupées ; la nuit, ellemême, est envahie par ies pieux relais de l'adoration : la nuit, silencieux repos de la nature endormie, plus propice que le jour au recueillement, la nuit, ombre aimée du crime et deForgie qu'il faut expier, la nuit, hantée par la souffrance qu'il faut soulager, la nuit, temps favorable aux exploits de l'esprit de ténèbres dont ilfaut déjouer les ruses et les tentatives.

Honneur à ceux d'entre vous, Messieurs, qui se sont enrôlés dans la sainte armée de l'adoration perpétuelle! Honneur et merci! puisque leurs hommages retiennent ici-bas Celui que notre abandon devrait chasser. Ce me serait une grande joie, si je vous voyais tous prendre rang dans le > bataillons sacrés des visiteurs et adorateurs du très Saint Sacrement. Mais, si vous n'avez ni le temps ni le courage de consacrer de longues beuresà la visite du tabernacle, prenez, au moins

LA VISITE AU SÀINT-SÀGREMENT. \~(.)

la résolution d'accomplir votre devoir, et de ne pas étouffer dans vos cœurs chrétiens la voix des mystérieux besoins qui vous appellent auprès de Notre-Seigneur. Soyez invariablement fidèles aux convocations de l'Eglise. Quand vous passez près d'un temple, entrez-y quelques instants pour rendre hommage au divin prisonnier de l'amour. Si vous demeurez, pendant quelques mois,dansles campagnes où Jésus est abandonné, rendez-lui chaque jour une visite pour le consoler de sa solitude. En tout temps, orientez votre cœur vers l'autel où Jésus réside, et soyez présents, par le désir, là où vous ne pouvez pas être présents de corps. Enfin, ne méritez pas, par vos indifférences et vos oublis, qu'on vous dise: « Il y a quelqu'un parmi vous, un Dieu, que vous ne connaissez pas : Médius stetit vestrum, quem vos nescitis i . »

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