‹ Retraites pascales (volume 2)Chapitre 49 sur 92 · Joan., cap. vi · texte numérisé non relu

Joan., cap. vi

des enfants môme, portaient en secret l'Eucharistie aux prisonniers et aux malades, afin que tout le monde fût muni de la même vigueur, dans les mêmes périls, et que l'union de l'Église, dans la même vie divine, fût d'autant plus étroite el plus ferme qu'elle était plus menacée.

Ce fut la belle époque des banquets eucharistiques. Peu à peu, le relâchement s'introduisit dans l'assemblée des saints. Comment cela, Messieurs? — Il serait trop long de vous le dire *. Je neveux point m'attarder à une question historique, au détriment de la question pratique qui vous intéresse. Toujours est-il que l'appétit sacré de la communion devint languissant, à ce point que l'Eglise se vit contrainte de fixer un minimum de communions obligatoires. Elle avait déjà décrété que ceux qui ne communieraient pas aux grandes fêtes de Noël, de Pâques et de la Pentecôte ne seraient plus considérés comme catholiques 2, mais la lâcheté de ses enfants l'obligea

1. Cf. L'intéressant ouvrage du P. Dalgaims. La Communion : Histoire de la Communion.

2. Saeculares, qui Natale Domini, Pascha, et Pentecostea non conimunicaverint, catholici non credantur, nec inter catholicos habeantur. (Concil. Agath., an. 506, can. 18.)

à restreindre encore ses exigences, et le célèbre canon du quatrième concile de Latran, que vous connaissez tous, ne demanda plus aux fidèles que la communion pascale, sous les terribles peines de l'excommunication et de la privation de sépulture ecclésiastique '. Cette loi. confirmée par le concile de Trente -, nous régit encore, et je viens vous demander comment vous l'observez.

Bientôt, me dites-vous, nous donnerons à cette question une éloquente réponse, dans la communion générale où nous viendrons, enfouie, rendre nos hommages à Jésus-Christ et lui demander, en sa chair adorable, le remède de nos infirmités

1. Omnis utriusque sexus ridelis, postquamad annos diserctionis pervenerit, omnia sua solus peccata confiteatur fideliter, saltem semel in anno, proprio sacerdoti, etinjunclam sibi pœnitentiam studeat pro viribus adimplere, suscipiens reverenter, ad minus in Pascha,euchari.stkesacramentuni : nisi forte de consilio proprii sacerdotis, ob aliquam ratîonabilem causam ad tempus duxerit abstinendum; alioquin et vivens ab ingressu ecclesiae arceatur, et moriens christiana careot sepultura. (Can. 2, an. 1215.)

2. Si quis negaverit omnes. et singulos christianos utriusque sexus, cum ad annos discrétionis pervenerint, teneri singulis aimis, saltem in Paschate, ad communicandum, juxta prœceptum sanctœ matris Eoclesiae; anathema sit. (Sess., xn, can. 9.)

spirituelles, le renouvellement des forces qui doivent affermir noire vie chrétienne, et le joyeux élan dont notre âme a besoin, pour marcher allègrement dans la voie des œuvres saintes qui conduisent à la vie éternelle. C'est vrai, Messieurs, et je vous en remercie. Depuis que j'ai l'honneur de vous parler, je suis consolé, chaque année, par le magnifique spectacle du grand festin eucharistique dont vous êtes, pour la plupart, les fidèles convives. Mais, de tous ceux qui m'écoutent aujourd'hui, un certain nombre, je le sais, manqueront au rendez -vous et ce ne sera pas la première fois. Qu'il me soit permis de leur demander compte du jeune criminel qui, depuis long-temps peut-être, allanguit et déshonore leur vie, où se conservent encore des habitudes chrétiennes.

Prétexteront-ils leur indignité, en regard d'un sacrement si vénérable et si saint? Je ne le crois pas. Nous ne sommes plus au temps où, sous prétexte de réagir contre les abus de \&frêquente, on se privait des communions nécessaires. Les rigueurs jansénistes ne nous imposent plus l'obligation d'un pur amour, tellement impossible qu'on finissait par en faire son deuil et par s'af-

franchir résolument du devoir *. S'il se rencontre parmi vous quelques âmes qu'un respect exagéré éloigne de la communion, ce n'est pas un discours qui les convertira, mais, bien plutôt, une affectueuse et ferme direction. D'habitude, c'est pour d'autres raisons que le respect et l'indignité que Ton contrevient au commandement du Sauveur et à la loi de l'Eglise.

Mais, encore, pour quelles raisons? — Si vous me dites que vous n'avez pas la foi. je vous demanderai de quel genre est votre incrédulité. Est-ce une opposition formelle et décidée de votre raison au mystère eucharistique? Croyez-vous, franchement, que ce mystère est impossible, et qu'il est absurde de supposer que Dieu, pour s'approcher de nous, contrarie et bouleverse les l<»is qu'il a établies? Etes-vous rationalistes? — Non : car vous n'auriez pas conservé les habitudes chrétiennes qui vous amènent eacore parmi nous, et donnent à votre vie un caractère religieux qui répugne à la libre-p?nsée. Vous savez, tout aussi bien que moi. que refuser à Dieu le droit d'imposer à notre foi des mystères et le pou-

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