‹ Retraites pascales (volume 2)Chapitre 6 sur 92 · Coloss., cap. m · texte numérisé non relu

Coloss., cap. m

humain. C'est Dieu, c'est son Christ que cherche l'esprit chrétien : Dieu en nous, Dieu partout.

Qu'importe que nous soyons issus d'un sang illustre, comblés d'honneurs, rassasiés des dons de la fortune, doués des plus rares qualités ! Ce n'est que la superficie de notre être. Le fond de notre être, c'est Dieu, qui a gravé en nous sa sainte image ; et, si nous sommes chrétiens, c'est Dieu, qui nous honore de la communication de sa propre vie; c'est le Père céleste, dont 'nous sommes les enfants, le Christ, dont nous sommes les membres, l'Esprit-Saint, dont nous sommes les temples. L'esprit chrétien voit cela : d'où ce religieux et profond respect de soi-même que ne peuvent donner ni le sentiment de l'honneur, ni le souci de la bonne renommée.

Qu'importent l'éclat, le faste et les hautes facultés de ceux qui sont au pouvoir! L'esprit humain se laisse prendre et s'arrête à ces dehors ; l'esprit chrétien les écarte pour contempler, en ceux qui commandent, l'autorité suprême d'où découle, ici-bas, toute puissance. Les principes de la foi lui apprennent que tout pouvoir légitime vient deDieu, dansFordre religieux comme dans l'ordre civil. Ce n'est donc pas devant le

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prestige des hommes qu'il s'incline, mais devant la majesté du roi invisible qui gouverne toutes choses par ses représentants, devant la majesté du Christ, chef de l'Église et maître des peuples. Si les défauts et les vices de l'homme diminuent l'estime qu'on pourrait avoir pour sa personne, ils n'entament point dans l'esprit chrétien le respect de son autorité, si facilement compromis aux yeux de l'esprit humain.

La pauvreté, la misère, la souffrance, quand elles ne révoltent pas l'esprit humain, lui paraissent tout au plus dignes de pitié ; l'esprit chrétien les juge dignes de vénération, d'amour et de dévouement. Car. au fond de tout cela, il y a le Christ, fils de Dieu, qui a dit : « Le bien que vous ferez au plus petit de mes frères, c'est moi qui le reçois1. » En l'honneur d'un si grand hôte de la nature affligée, l'esprit chrétien se préoccupe beaucoup plus de remédier aux maux qu'il rencontre que de poursuivre des utopies et dïnventer des systèmes pour les supprimer.

Dans les événements où l'esprit humain ne voit que des évolutions de la nature en gésine de

1. Quandiu fecistis uni ex his fratribus meis minimis, milii fecistis. (Matth., cap. xxv, 40.)

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progrès, des accidents de nos passions, des jeux de la fatalité, l'esprit chrétien cherche l'ombre mystérieuse où se cachent les desseins de la Providence. Il en suit la trame adorable, et voit à l'œuvre un Dieu que notre légèreté oublie, un Dieu maître de tout et faisant marcher d'un pas harmonieux, vers le plus sublime des buts, le monde de la nature et le monde de la grâce.

Les plus humbles créatures se transfigurent sous son profond regard. Celles que l'esprit humain méprise, parce qu'il les juge indignes des hautes fonctions que la foi leur assigne, il se prosterne devant elles, parce qu'il y voit la grâce et les mérites du Christ, dont elles sont les sacrements. Celles que l'esprit humain n'estime que pour les chai mes extérieurs dont elles sont revêtues et les jouissances qu'elles procurent, il les salue respectueusement, parce qu'il y voit les perfections divines, dont elles sont les manifestations. Pour l'esprit humain, la nature est une fête qui récrée, un trésor que l'on exploite ; pour l'esprit chrétien, c'est un cantique auquel l'humanité du Christ, abrégé de tous les mondes, prête sa grande voix : cantique des sphères voyageuses qui illuminent le firmament, cantique des feux

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qui travaillent le globe, cantique de la lumière et des ombres, cantique de la brise et des tempêtes, cantique des nuages et des eaux profondes, cantique des fleurs et des grands arbres, cantique des insectes et des géants de la création, cantique de tous les êtres, de toutes les forces, de tous le;, mouvements, de toutes les vies, répétant du jour à la nuit, de la nuit au jour : 0 sagesse! 0 puissance ! 0 bonté infinie î 0 Dieu tout en toutes choses ! Deus omnia in omnibus !

N'admirez-vous pas, Messieurs, la puissance qui nous est donnée de tout pénétrer à l'aide des principes de la foi, et ce fond divin des êtres qui nous apparaît, quand nous les regardons clans le jour de Dieu, n'est-il pas propre à élever singulièrement nos intelligences? Mais l'esprit chrétien n'est pas moins remarquable par sa rectitude que par sa profondeur. Tout ce que nous voyons clans cette lumière incertaine et mobile, que nous avons appeléele jour de l'homme, prend des proportions exagérées de grandeur ou de petitesse qui troublent nos jugements. C'est, autour des objets m al éclairés, un jeu d'ombres bizarres sur lequel se fixent nos regards, au détriment de l'attention que nous devrions apporter à leur juste mesure. Cette

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mesure n'est Lien prise que dans ce jour de Dieu qui éclaire eu plein toutes choses, et c'est le propre de l'esprit chrétien « de saisir en toutes choses les justes proportions que Dieu leur a données : Secundum mensaram regulœ qua mensus est Dominas *. »

S'agit-il de notre valeur personnelle et de nos mérites? — L'esprit humain les exagère et s'y complaît. Ouhliant trop facilement que nous ne sommes rien, que nous ne pouvons rien par nous-mêmes, il s'imagine posséder de droit ce qui n'est qu'un don gracieux de la bonté divine, et de ses faux jug-ements naissent l'orgueil, la vaine gloire, l'ambition et l'arrogance. L'esprit chrétien, au contraire, sait que la mesure de nos qualités, de nos talents, de tout notre être, est la dépendance ; dépendance si absolue que nous ne pouvons même pas avoir une pensée que Dieu ne nous y aide 2. En tout ce qu'il est, en tout ce qu'il possède, il ne voit que des bienfaits qui peuvent à chaque instant lui être retirés ; il s'humilie sous

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