Luc, cap. xiv
sibles à ses pressantes invitations, Dieu les frappera d'insensibilité. Ils perdront tous les biens dont l'Eucharistie est le principe fécond, et ils ne les regretteront pas. Ils n'auront point la vie en eux, et ils ne la désireront pas. Ils seront morts à la grâce divine, et ils ne s'en apercevront pas. Ils auront perdu tout droit au salut éternel, et ils ne s'en affligeront pas. Leur âme, dépourvue de l'aliment qui devait la soutenir, sera tombée dans une léthargie dont elle ne cherchera point à sortir, où, pour comble de malheur, elle se complaira, et dont elle ne sera retirée que par les convulsions du dernier moment '. »
Dans ce dernier moment, Messieurs, on peut encore se sauver en recevant le pain vivant, viatique du mystérieux passage de ce monde à l'éternité. Mais, en aurez-vous le temps ? Aurezvous, même, la force de le désirer? Je n'en sais rien. La colère et les menaces du père de famille me font craindre que vous n'arriviez, exténués par un jeune criminel, aux portes du glorieux cénacle où Dieu nourrit de lui-même ses élus dans un éternel festin. Alors, vous comprendrez
I. La Luzerne : Explication des Evangiles: Dimanche dans l'Octave du Très-Saint-Sacremewt.
que la communion est, ici-bas, la préparation et le gage de ce festin des cieux ; vous confesserez tristement que vous n'y avez aucun droit ; vous vous sentirez aussi incapables qu'indignes d'v prendre part ; et, contemplant d'un œil jaloux ceux qui y seront assis, vous pousserez, sans espoir, ce cri du prodigue : « Combien de mercenaires ont à la table de mon père du pain en abondance, et, moi, je meurs de faim ! famé psred* ! » Et toujours vous mourrez de faim, et jamais une main miséricordieuse ne vous apportera une bouchée, une miette, du pain vivant que vous aurez méprisé.
Je vous en conjure, Messieurs, pour vous préserver de cette faim terrible et sans remède, rompez tout de suite le trop long jeûne qui vous allanguit et vous menace de mortelle léthargie. Obéissez à la loi de l'Église, et, si vous voulez être plus sûrs de prendre part au banquet des cieux, ne vous contentez pas de suivre la lettre de la loi, entrez dans son esprit.