‹ Retraites pascales (volume 2)Chapitre 60 sur 92 · Psalm. cxxix · texte numérisé non relu

Psalm. cxxix

donne ses suffrages et les appelle aux honneurs du gouvernement, la haute société leur fait des politesses, et les académies les décorent de leurs palmes. S'il y a quelque crainte à avoir, ce n'est pas de se mêler à une majorité triomphante, mais bien de prendre rang, par la pratique du devoir pascal, dans une minorité méprisée. Ne nous attristez donc pas inutilement en nous peignant les horreurs d'un crime chimérique, et cessez de nous injurier en nous croyant capables de le commettre. Iln'y a plus aujourd'hui, autour de la sainte table, que des hommes sincères et

courageux.

Si vous ajoutiez, Messieurs, qu'il n'y a plus que des hommes parfaitement sérieux et profondément pénétrés de la gravité de Pacte religieux qu'ils accomplissent en communiant, je serais de votre avis. Laissons de côté, j'y consens, les méprisables considérations de respect humain, de convenance et d'intérêt qui peuvent peser encore, quoi que vous en pensiez, sur certaines âmes faibles ou trop habiles, et ne nous occupons que des hommes sincères et courageux que vous croyez être.

Assurément, vous ne voudriez pas, de pro-

pos délibéré et par malice réfléchie, communier indignement ; mais, malgré cela, vos communions peuvent n'être pas exemptes du crime de profanation, et vous donner à manger, selon l'énergique expression de saint Paul, votre propre jugement et votre propre condamnation. Ce n'est pas moi qui dis cela, Messieurs, c'est saint Thomas et, avec lui, toute la théologie. La plupart d'entre vous ne communient qu'une fois Tan. Que se passe-t-il pendant les douze mois qui séparent une pâque de l'autre pàque ? Hélas ! vous ne le savez que trop ! Les exigences et les sollicitudes de la vie mondaine dévorent tous vos instants. Mal instruits de vos devoirs, vous négligez de remplir les lacunes d'une éducation religieuse fort imparfaite, et souvent il vous arrive de commettre des fautes notables dont vous n'avez pas conscience, et que cependant il vous serait on ne peut plus facile de connaître, si vous preniez la peine de lire un examen dans le premier eucploge venu. Ou bien vos mauvaises habitudes, un instant apaisées, se remettent en mouvement, et les péchés reviennent prendre en votre àme leur place accoutumée. A force de les commettre, vous n'y prenez plus garde et finissez par

vous aveugler sur leur gravité. Il y a telles indélicatesses dans les affaires, par exemple, telles privautés sensuelles et voluptueuses dans vos relations, telles transgressions des saintes lois du mariage, telles suppressions des pratiques importantes ordonnées par l'Église, que vous ne considérez plus comme des fautes mortelles, et dont vous ne songerez ni à vous accuser ni à vous repentir. Et vous croyez que Dieu sera aussi accommodant que vous sur cette ignorance volontaire du droit et du devoir? Vous croyez que vous pourrez venir vous asseoir à son banquet, comme si vous étiez revêtu de la robe nuptiale? Non pas, Messieurs. Yotre ignorance est criminelle; donc, si vous communiez sans l'éclairer, votre communion sera indigne.

Admettons que vous n'êtes pas aveuglés par l'ignorance volontaire. Vous connaissez vos devoirs, vous avez conscience de la gravité de vos péchés, lorsque vous les commettez, et vous vous proposez de vous en purifier par la pénitence, quand vous vous serez mis en demeure d'obéir à la ïoi de l'Église. — Que faites-vous pour cela? — Avez-vous soin de calmer, quelque temps à l'avance, l'agitation fiévreuse de votre

vie, de lire d'un œil attentif l'histoire intime des douze mois qui se sont écoulés depuis votre dernière pàque, d'entrer en discussion avec votre conscience, de lui reprocher ses prévarications, de vous rappeler autant que possible le nombre de vos péchés, d'en peser la gravité, de vous exciter au repentir, de prendre des résolutions? — Non, Messieurs. — La plupart du temps, vos âmes s'oublient, non dans des préoccupations sérieuses qui pourraient vous excuser, mais dans la dissipation et dans de frivoles amusements, et cela jusqu'à la dernière heure. Les jours de pénitence et de deuil spirituel dont l'Église fait précéder la pàque ne sont, pour vous, ni une leçon ni un avertissement, et, sous prétexte que vous ne pouvez pas vous soustraire aux exigences de la vie mondaine, vous ne faites trêve ni à la bonne chère ni au plaisir. La semaine sainte arrive, vous ne vous possédez pas encore. Ce n'est qu'à l'extrême limite d'une retraite dont vous avez suivi, tant bien que mal, les instructions, que vous songez à rentrer en vous-mêmes. Un examen superficiel, dans lequel vous négligez d'aider votre mémoire infidèle, un aveu hâtif, dans lequel vous oubliez la moitié ou les trois quarts

de vos fautes, contentent votre légèreté. Une formule routinière, récitée du bout des lèvres, vous sert de contrition. Quant à prévenir. par le ferme propos, le péril des occasions et les retours du péché, vous n'y pensez pas. Bref, votre confession annuelle ressemble à la tâche d'un corvéable que l'on bâcle le plus vite et avec le moins de peine possible. Et cependant l'Apôtre a dit à ceux qui participent au sacrement de l'Eucharistie : «Pro~ bet autem seipsum homo, et sic de pane Mo éclat : Que Thomme s'éprouve, avant démanger de ce pain. » Crovez-vous donc que ce grave précepte n'a pas été fait pour vous? Et, si vous en tenez si peu de compte, comment pouvez vous être en sûreté de conscience ?Ne voyez-vous pas. hommes sincères et courageux, que vos communions, en cet état, ne sont que d'indécentes surprises, des saisies sacrilèges d'une chose sainte sur laquelle vous n'avez aucun droit ' ?

1. Dicenduin, quod hoc quod non habet aliquis eonscientiam sui peccati, potest contingere dupliciter. Uno modo per culpam suam : vel quia per ignorantiam juris, quœ non excusât, reputat non esse peccatum quod estpeccatum ; puta si aiiquis fornicator reputaret simplicem fornicatïonem non esse peccatum mortale, vel quia negligens est in examinaione sui ipsius, contra id quod Apostolus dicit I Corinth., iif

Assurément, votre faute, fruit d'une ignorance coupable, peut être moins grave que celle qui procède d'un mépris formel du Sacrement, après une pleine advertance au péché ; elle n'en est pas moins une odieuse profanation '. Encore une fois, Messieurs, il faut pouvoir dire d'abord, avec l'Apôtre : ce Vivo : je vis », pour que l'on puisse ajouter, quand on reçoit la chair sacrée du Sauveur-: « Ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus- Christ qui vit en moi : Jam non ego vivo, vivit zéro in me Christus. »

23 : Probet autem seipsum komo, et sic de pane illo éclat, et de calice bibat. Et sic nihilominus peccat peccator sumens corpus Christi, licet non habeat conscientiam peccati, quia ipsa ignorantia est eipeccatum. (Summ. Theol., III P., qnsest. 80, a. 4, ad. 5.)

1. Per accidens unum peccatum est gravius alio ex parte peccantis : puta peccatum quod est ex ignorantia, vel infirmitate, est levius peccato quod est ex contemptu, vel ex certa scientia ; et eadem ratio est de aliis circumstantiis. Et secundum hoc, i&tud peccatum (sacrilegium), in quibusdam potest esse gravius, sicut in his qui ex actuali contemptu cum conscientia peccati ad hoc sacramentum accedunt. (Summ. Theol., III P., qusest. 80, a. 5.)

2o0 AVANT LA COMMUNION.

Recevoir la nourriture eucharistique dans une âme vivant do la vie de la grâce, c'est la première et indispensable condition requise pour que la communion ne nous soit pas mortellement dommageable; mais elle ne suffit pas à nous assurer Le plus grand bénéfice de cet acte vital, si fécond en grâces de réconfort et de perfectionnement. Demandons encore une leçon à notre vie physique, dootles analogies nous ont si bien servi jusqu'à ce moment.

Xon seulement l'alimentation corporelle doit se faire dans un organisme vivant, mais elle est défectueuse et incomplète, sans le concours de certaines conditions physiologiques qui en préparent le bienfaisant résultat. Un état fiévreux, par exemple, dû à de trop vives agitations, la pénible élaboration de matières indigestes, chargent l'estomac de saburres qui nuisent à ses fonctions. Pour que ces fonctions, ainsi que celles de tout l'appareil digestif, puissent s'accomplir normalement et au bénéfice de l'économie générale du corps humain, y renouveler la

vie, y entretenir la santé, y accroître les forces, il faut que, dans un organisme reposé et purifié, les acides et les ferments, Lien équilibrés enire eux, et procédant méthodiquement, mêlent en semble, amollissent, liquéfient, émulsionnent, transforment les aliments, de la bouchée au bol alimentaire, du bol alimentaire au dernier liquide assimilable qui doit entrer dans le torrent circulatoire. Lorsque ces opérations sont bien faites, la vie se précipite, alerte et joyeuse, dans les vaisseaux qui la disbribuent à toutes les parties de notre corps, les fleurs de la santé s'épanouissent sur notre visage, et nos membres, pleins de vigueur, sont prêts à tous les exercices et à tous les travaux.

Je ne vous demande pas pardon de ces détails, Messieurs, bien qu'ils soient un peu matériels, car c'est la vive image des dispositions que vous devez apporter à l'alimentation de votre vie surnaturelle par la communion.

L'âme a,. comme le corps, ses agitations violentes et ses états fiévreux. Les préoccupations excessives, les scandales, les frivolités et les sensualités de la vie extérieure, jouent, dans son organisme spirituel, le rôle de matières indigestes

232 KYANT LA COMMUNION.

qu'elle ne peut absorber sans que les vaines pensées, les affections déréglées, les désirs indiscrets, produisent en elle une sorte d'état saburral qui la rend incapable de profiter comme il faut de sa divine alimentation. Le repos et le calme lui sont nécessaires, et une diète sagement ménagée doit la purifier des éléments malsains qui la fatiguent et gênent la sublime fonction de la vie chrétienne qui l'unit à son Dieu.

L'Église, Messieurs, avait en vue cette préparation de l'âme à la communion, lorsqu'elle institua la sainte quarantaine qui précède laPâque. « Voici le temps favorable, dit-elle, voici les jours de salut ; Ecce nunc tempus acceptabile, ecce nunc dies salutis ■ . » Un homme véritablement animé de l'esprit chrétien s'empresse de profiter de cette halte sacrée dont l'Eglise lui donne le signal, et, non content d'aspirer à la reviviscence delà grâce, s'il a eu le malheur de la perdre, il se prépare, par le repos, le recueillement et de salutaires privations, à l'élimination de tons les éléments impurs qui chargent son âme. et, par là, à la perfection du grand acte qu'il veut accom-

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