‹ Retraites pascales (volume 2)Chapitre 65 sur 92 · JEUDI SAINT QUATRIÈME INSTRUCTION · texte numérisé non relu

JEUDI SAINT QUATRIÈME INSTRUCTION

Messieurs,

Vivifié par la grâce de Dieu, apaisé par le recueillement, purifié par une diète sacrée des éléments malsains qui chargent son âme et peuvent nuire à l'exercice de ses fonctions nutritives, préparé par la foi, l'humilité, le repentir, la confiance, l'amour, le désir, le chrétien s'approche de la sainte table, et Dieu, fidèle à sa promesse, se donne à lui. « Yoici le corps du Christ, » lui dit le prêtre en déposant l'hostie sur ses lèvres, « qu'il garde ton âme pour la vie éternelle : Corpus Domini nostri Jesu Ckristi custodiat animam

tuam in vitam œternam. » Au toucher de la chair sacrée du Sauveur, les saintes énergies, les divins ferments que nous avons vus se disposer à ■l'action, entrent en fonctions ; le grand acte delà nutrition spirituelle commence.

Yous comprenez, Messieurs, que. s'il est préjudiciable à notre corps de troubler sa digestion, il ne doit pas être moins préjudiciable à notre âme de l'empêcher d'extraire du pain divin, qu'elle vient de recevoir, la vertu dont s'alimente et s'accroît en nous la vie surnaturelle. Avec moi, vous condamnez ces chrétiens légers et distraits qui, après avoir reçu Jésus-Christ, le Irai tent comme un hôte importun et semblent empressés de se débarrasser de lui par quelques courtes formules. On se demande s'il ne vaudrait pas mieux qu'ils fermassent les portes de leur âme, ouvertes par la routine plutôt que par la foi, l'espérance et l'amour. Certes, ils ont grand besoin d'être instruits et rappelés au devoir. Cependant, ce n'est pas pour eux seulement, mais pour tous ceux qui désirent assurer le fruit de leurs communions que je viens parler, aujourd'hui, du mystérieux travail de l'âme sur la nourriture eucharistique et de la sage con-

chiite qu'elle doit tenir pour en conserver la divine vertu. Tout cela est compris, dans le lani' de la piété chrétienne, sous un vocable bien connu : l'action de grâces. — Comment doit se faire l'action de grâces après la communion ? — Comment doit-elle se prolonger dans la vie chrétienne ? — Voilà, Messieurs, les deux questions que je recommande ce soir à votre attention.

Faire peu de cas d'un grand bien, oublier ou ne pas remercier du fond du cœur celui qui le donne, cela répugne à nos bons instincts et à notre conscience plus que mille autres bassesses, vilenies et méchancetés. Le mépris et l'horreur que nous éprouvons pour les ingrats ne peuvent s'expliquer que par une loi de nature qui veut que l'action de grâces soit la réplique du bienfait. Dieu, du, reste, confirme cette loi de nature en nous manifestant expressément sa volonté à cet égard, soit parles plaintes et les menaces don il poursuit les ingrats en maint endroit de l'Ecriture, soit par le commandement que nous donne

l'Apôtre en son nom : ce Rendez grâces à Dieu pour toutes choses: Tu omnibus gratias agite ; hœc este mm wluntas Deiin Christo l. » Disons tout de suite que cette exigence de Dieu tourne à notre profit. Car, si c'est la loi que l'action de grâces soit la réplique du bienfait, c'est aussi la loi que le bienfaiteur se montre d'autant plus généreux et libéral qu'il est plus fréquemment et sincèrement remercié. La reconnaissance pousse aux bienfaits, comme l'ingratitude en tarit la source. « Remercier, écrivait un auteur païen, est le meilleur moyen de demander : Efficacissimum genus estrogandi gratias agere 2. » Et. d'autre part, saint Bernard nous dit que l'ingratitude est « un vent brûlant, qui dessèche la rosée de la miséricorde et les torrents de la grâce : Ventus urens, s-ecans rorem misericordiœ etjluentagratiœ*. »

La nature, Dieu, les hommes, le devoir et l'intérêt demandent l'action de grâces à quiconque reçoit un bienfait. Mais remarquez, Messieurs, que l'action de grâces est plus qu'un merci adressé, par notre cœur reconnaissant, à celui qui

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