‹ Retraites pascales (volume 3)Chapitre 106 sur 107 · EXTRAIT DE LA REVUE VANNÉE DOMINICAINE · texte numérisé non relu

EXTRAIT DE LA REVUE VANNÉE DOMINICAINE

A la suite de cette allocution, par une dérogation inusitée, mais que tout justifiait dans le cas présent, M. Bonjean, l'un des auditeurs les plus assidus des Conférences de Notre-Dame, a été autorisé à adresser à l'orateur, avant qu'il descendît pour la dernière fois de la chaire de la métropole, ces paroles que nous nous reprocherions de ne pas reproduire :

« Mon Très Révérend Père,

« Au moment où votre voix puissante vient de retentir pour la dernière fois dans la chaire de Notre-Dame, en l'honneur de la divine Eucharistie,

permettez à la Confrérie du Saint-Sacrement do l'église métropolitaine de vous offrir un gage durable de sa gratitude et de sa vénération.

« Nous vous prions, mon Révérend Père, de recevoir cette image de notre divin Rédempteur1 qui vous rappellera, dans la pieuse retraite où s'exile votre talent toujours plus admiré, la glorieuse carrière que vous avez poursuivie depuis vingt années.

« Et maintenant, mon Très Révérend Père, vous pouvez dire comme le grand Apôtre : « J'ai k combattu le bon combat, j'ai accompli ma « course, j'ai conservé ma foi. »

« Mais, en attendant la couronne de gloire que vous promet la suite du texte sacré, souffrez que votre fidèle auditoire se groupe encore une fois au pied de cette illustre chaire, afin de pousser à son tour un retentissant Amen.

i. Le crucifix offert au R. P. Monsabré est en ivoire et la croix en ébène. Le travail, dû au ciseau de Julien, est fort beau et l'expression du visage saisissante. La croix porte, gravée sur une plaque d'argent, l'inscription suivante: Au T. R. P. Monsabré, la Confrérie du Très Saint-Sacrement de Vèglise métropolitaine de Notre- Dame. — Pâques 1890. — Conférences de Notre-Dame de Paris, 1875-1890.

28f) ALLOCUTION.

« Amen de la foi, que vous avez développée et affermie dans nos âmes.

« Amen de la piété, dont votre éloquence a fécondé le germe dans nos cœurs.

« Amen de la pensée, préservée par votre dialectique puissante des erreurs contemporaines.

« Amen des actes, qui se résument d'une manière si éclatante dans cette magnifique communion pascale.

« Amen enfin de la reconnaissance et de l'admiration en présence de tant de services rendus et de tant d'efforts dépensés, pour la gloire de Dieu, le salut des âmes, et l'honneur de la patrie! »

A ces paroles, qui exprimaient si bien les sentiments de tous, le R. Père Monsabré a répondu :

« Messieurs,

« On dit que l'amour est. aveugle; je serais tenté de le croire en entendant le bien que vous dites de moi, mais il me paraît tout à fait clair-

voyant dans le choix du souvenir que vous m'offrez. Vous ne pouviez rien me donner qui fût plus doux à mon cœur. Le crucifix, ainsi que je vous le disais ces jours derniers, est un livre plein d'enseignements. Je lirai sur celui que vous m'offrez la mystérieuse histoire d<?s grâces que Dieu m'a faites pour vous évangéliser, et des grâces que vous avez reçues de mon apostolat. Après cette lecture, je m'enfoncerai dans la plaie du cœur que l'amour a blessé pour vous aimer d'un amour qui ne finira qu'avec la vie. »

SEMAINE SAINTE 1889 Les Avertissements de l'autre Monde,

LUNDI SAINT

PREMIÈRE INSTRUCTION. — le souvenir des morts. — Impossible de se mettre en face des conclusions de la vie humaine, sans se replier sur soi-même et sans se demander à laquelle de ces conclusions on se prépare. — La méditation des avertissements de l'autre monde doit accentuer le mouvement de retour sur nous-mêmes. — Le premier avertissement nous vient du purgatoire : « Mementote, etc. : Souvenez-vous de ceux qui sont enchaînés comme étant enchaînés vous-mêmes. » — Souvenons-nous des morts: 1° pour leur être utiles; '2° pour servir notre pro-* pre intérêt. — I. Être utile aux morts. — Com-^ ment nous les oublions. — Comment l'Eglise les

rappelle à notre mémoire. — Elle veut que notre souvenir soit un souvenir d'action et d'assistance. — 4° Cette assistance est possible. — Elle est fondée d'abord sur la similitude de nature qui établit entre tous les hommes une vaste communion. — En second lieu, sur nos rapports spirituels rendus plus intimes par la grâce. — 2° Cette assistance est un devoir — d'amour, — de reconnaissance, — de compassion, — de religion, — de justice. — Comment les saints ont accompli ce devoir. — On ne demande pas à tous leur si grande charité, mais seulement de se servir des moyens que Dieu et l'Eglise ont mis à la disposition de tous les chrétiens : les bonnes œuvres, — la prière, — les indulgences, — le saint sacrifice delà messe. — Un mot sur les envahissements payens dans le culte des morts. — II. Notre intérêt dans le culte et Vassistance des morts. — Ce culte peut nous être utile en ce monde et en l'autre. — 1° En ce monde, il nous fait rentrer en nous-mêmes, — nous rappelle les chaînes et les suites du péché, et nous prépare à l'expiation des nombreuses fautes que nous oublions si facilement. — 2° En l'autre monde, il sera bon pour nous de nous être souvenu des morts et de leur avoir été secourables. — La miséricorde de Dieu se mesurera sur la nôtre. — Sancto ergo et salubris est cogitatio pro defunctis exorare 3

MARDI SAINT

DEUXIEME INSTRUCTION. — le chemin de la perdition.— Le second avertissement de l'autre monde nous vient de l'enfer : « Lata porta, etc. : Laporte et le chemin qui conduisent a la perdition sont larges et spacieux, et il y en a beaucoup qui entrent par la. » — Grand nombre de ceux qui marchent sur le chemin de la perdition, par suite de leur aveuglement : 1° aveuglement sur eux-mêmes, — '2° aveuglement sur la conduite de Dieu à leur égard. — I. Aveuglement du pécheur sur lui-même. — 1° aveuglement sur l'état de notre nature. — Nous oublions sa corruption et ses faiblesses. — Par suite, nous négligeons de résister aux entraînements des convoitises et nous nous livrons à la tyrannie des habitudes. — 2° aveuglement sur la gravité de nos actes. — Nous leur appliquons de fausses mesures qui les diminuent à nos yeux sans les rendre moins odieux à celui qu'ils offensent. — Combien sont nombreuses les transgressions graves dont on se rend coupable. — Quand on voit tant de malheureux s'aveugler sur la gravité et le nombre de leurs mauvaises actions, on ne peut s'empêcher de reconnaître la vérité et Tà-propos de ce terrible avertissement : « Lata porta et spatiosa via, etc. — II. Aveuglement du pécheur sur la conduite de Dieu a son égard. — Dieu est bon et miséricordieux. — La bonté et la miséricorde de Dieu ne sont la plupart du temps pour les pécheurs qu'une sorte d'encouragement qui les aveugle et les maintient sur le chemin de la perdition. — 1° Aveuglement dans la manière

dont ils interprètent la bonté de Dieu. — Dieu est bon, disent-ils : — il ne peut pas vouloir notre éternel malheur ; — il ne nous a pas faits pour nous damner ; — il ne peut pas nous damner pour un seul péché mortel. — Réponses : — 2° Aveuglement dans les excuses que les pécheurs osent présenter à la miséricorde divine. — Ce qu'il faut penser de l'ignorance, la fausse conscience, la prétendue bonne foi des pécheurs. — 3° Aveuglement dans les retards que les pécheurs font subir à la miséricorde divine. — Ils s'imaginent que cette miséricorde les attendra jusqu'à la fin parce qu'elle les a attendus jusqu'ici. — Criminelle folie. — Donc, grand nombre de ceux qui marchent sur le chemin de la perdition. — Ce qu'il faut faire pour en sortir 27

MERCREDI SAINT

TROISIEME INSTRUCTION. — l'espérance du ciel. — Troisième avertissement: Vivons sobrement, justement et pieusement, en attendant l'objet de notrebienheureuse espérance, — C'est-à-dire pour arriver au ciel, il faut y penser, le désirer, Yespèrer. — 1° Rien de plus nécessaire que la pensée, le désir, l'attente du ciel; l'espérance chrétienne est un de nos plus grands devoirs ; — 2° Rien de plus efficace et de plus salutaire; l'espérance chrétienne sanctifie notre vie et lui fait mériter le ciel. — I. Devoir. — Nobles aspirations de la nature humaine. — Un de nos plus grands devoirs est de les satisfaire. — L'espérance humaine doit être pleine d'immortalité. — Elle se ressent des impuis-

sances et des incertitudes de la raison. — Ce que Dieu a fait pour éclairer notre raison. — Vérités de !a foi touchant nos admirables destinées. — Notre foi dans ces vérités doit porter notre espérance. — Cette espérance doit être ferme et de tous les instants. — Examen de conscience à cet égard. — Conduite de certains chrétiens qui cherchent à excuser leur insouciance pour les choses éternelles en accusant ceux qui s'en montrent uniquement préoccupés. — Réponse à cette accusation.— Conclusions au devoir de l'espérance. — II. Efficacité. — Précisément parce que nous attendons le ciel, nous nous décidons à vivre : — 1° dans l'austère réserve ; — 2° dans la parfaite justice; — 3° dans la généreuse et intelligente piété qui convient à des chrétiens. — Développement de ces trois points. — On en conclut qu'il est absurde de dire que l'espérance du ciel est un rêve égoïste qui stérilise la vie humaine. — Belle pensée de saint Augustin. — L'espérance chrétienne est un devoir dont l'accomplissement nous promet le plus noble, le plus fécond, le plus durable de tous les progrès. « Spe salvi facti sumus. »... 55

JEUDI SAINT

QUATRIEME INSTRUCTION. — les préparatifs de la résurrection. — Le quatrième avertissement de l'autre monde est écrit sur la chair ressuscitée du Sauveur, dont les plaies radieuses nous rappellent le moyen héroïque qu'il a pris pour entrer dans la gloire : Nous y lisons : « Si nous sommes unis au Christ par la ressemblance de ses souffrances et de sa mort,

nous lui serons unis par la ressemblance de sa résurrection. — 1° Honte et danger de ceux qui n'auront pas tenu compte de cet avertissement. — 2° Haute sagesse et gloire de ceux qui en auront fait la règle de leur vie. — I. Honte et danger. — 1° Flatteurs et esclaves de la chair. — Prétentions du matérialisme à l'éducation de l'humanité. — Langage hardi et cynique du paganisme contemporain. — Si Ton n'admet pas comme lui qu'il y ait rien au monde que de la matière, combien se conduisent comme s'il y avait entre l'esprit et la chair une égalité parfaite ? — Combien même laissent pencher du côté de la chair leurs préférences? — Rapide tableau du triomphe de la chair dans nos mœurs contemporaines. — Ce qui résulte de ce triomphe c'est l'esclavage de l'esprit. — Voilà la honte. — 2° Le danger consiste en ce que le triomphe de la chair peut nous faire manquer la dernière grâce.

— La dernière grâce manquée, l'esprit, par la résurrection, sera éternellement asservi à la chair dans un éternel supplice. — Il est temps encore d'éviter ce danger. — II. Haute sagesse et gloire. — Contradiction apparente entre la doctrine de l'Eglise et sa législation sur la chair. — Cette contradiction disparaît si l'on tient compte du principe qui dirige la conduite de l'Eglise à l'égard de la chair, et si l'on considère les conséquences du traitement qu'elle lui inflige. 1° Principe. — L'homme est déchu. — Dans l'homme déchu « la. chair convoite contre l'esprit, V esprit contre la chair. » L'Eglise prend le parti de l'esprit contre la chair; elle la châtie pour la punir de ses révoltes; elle l'affaiblit par la pénitence et la mortification pour la soumettre à lempire du souffle de Dieu. — 2° Conséquences : — Dans la chair domptée l'esprit est maître.

— Dans sa chair mortifiée le chrétien ressemble à son maître Jésus-Christ. — L'esprit maître ne reprendra

un jour la chair que pour l'associer à sa gloire. — Le Sauveur, fidèle à la loi qu'il a accomplie en sa personne, mesurera à la ressemblance de sa mort la ressemblance de sa résurrection. — Un mot sur les prétendues extravagances des saints. — Leur utilité comme entraînement. — La récompense qu'ils en ont reçue môme en cette vie. — Si nous ne les égalons pas, il faut au moins nous soumettre à la loi : « Si complantati facti sumus similitudini mortis ejus, sirnul et resurrectionis erimus. » 83

VENDREDI SAINT

CINQUIÈME INSTRUCTION. - la croix, clé du ciel et de l'enfer. — 0 cZauzs, qui aperis etnemo claudit, claudis et nemo aperit. — Pourquoi ces paroles pour texte. — Elles peuvent servir d'introduction et de conclusion à tous les grands mystères de notre salut. — Les deux termes de la vie humaine. — Avant que nous y arrivions, nous verrons notre sentence écrite sur la croix qui doit apparaître au jugement. — 1° La croix, règle de tous les devoirs, nous donnera au jugement de Dieu la mesure de nos mérites et de nos démérites. — - 2° La croix, source de toutes les grâces, comblera les espérances des justes, exaltera leur humble et amoureuse reconnaissance, et confondra les longs mépris et les misérables excuses des pécheurs. — I. La croix règle de tous les devoirs, etc. — 1° Devoirs envers Dieu; — révélations et commandements concentrés dans le bois sacré de la croix. — Elle nous dit qu'il faut tout sacrifier à la gloire, à l'amour, au service de Dieu. — 2° Devoirs envers le prochain. — Elle nous donne la règle et la mesure de l'amour que nous

devons avoir pour lui . — 3° Devoirs envers nous-mêmes. — La croix nous prêche l'humilité, — le détachement, — la mortification de la chair, — la résignation et la patience; — elle nous apprend comment nous devons sortir de la misère du péché. — Une simple confrontation avec ce signe auguste, au jour de notre jugement, suffira pour nous convaincre de ce que nous aurons mérité. — Nous lirons sur ses bras notre sentence : à droite -.Venite benedicti; à gauche: ite maledicti.—* II. La croix source de toutes les grâces, etc. — Les lois humaines, en nous imposant des devoirs, ne nous sont d'aucun secours pour les accomplir. — Il n'en est pas de même de la croix, car elle est la source de toutes les grâces en même temps que la règle des devoirs. — 1° La première des grâces que nous lui devons est de nous avoir rendu notre sublime fin. — 2° De son bois sacré jaillit la divine vertu qui pénètre nos âmes, les purifie, les réconcilie, les transforme, les illumine, les fortifie. — Le sang de la croix dans les sacrements. — 3° Ce sang nous a mérité une infinité de secours qui se renouvellent avec chaque jour, chaque heure, chaque instant de notre vie. — Cri de joie des justes à l'apparition de la croix. — Cri d'horreur des pécheurs. — Toutes leurs excuses sont confondues. — Tout est fini. — O croix, clé divine, ouvrez, fermez. — Conclusion : adorer cette clé divine, et s'estimer heureux de pouvoir encore empêcher qu'elle ne nous soit funeste. — Ne pas la laisser aux mains de Dieu, mais la prendre soi-même pour qu'elle soit salutaire. . 109

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