Psalm. CXVIII
au tronc sacré que la grâce vivifie peuvent recevoir de tous les membres sains de salutaires et fertiles effluves qui les délivrent de leurs maux.
Nous sommes un seul corps, et dans ce corps il y a des membres pleins de sève qui font plus qu'il ne faut pour entretenir leur propre vie et obtenir leur plénitude. Ne leur est-il pas dû une récompense pour la surabondante activité qu'ils déploient clans la vie commune? Et la plus douce récompense qu'on puisse leur accorder, n'est-ce pas de faire le bien et de donner de soi ?
Cette consolante doctrine est une invitation à tous les cœurs sensibles et généreux, dont l'amour fidèle garde le cher souvenir de ceux que la mort nous a ravis. Mais j'insiste, Messieurs, sur nos rapports spirituels avec les trépassés, et veux vous prouver que le pouvoir de les secourir nous impose le devoir de travailler à leur délivrance.
Je n'ai pas à vous reprocher, je l'espère, les monstrueuses iniquités qu'on rencontre dans certaines familles, où l'on ne tient aucun compte des intentions, des désirs et même des ordres formels de ceux qui veulent s'assurer des suffrages après leur mort. Si vous êtes coupables de ce côté, c'est moins par mauvaise volonté que par oubli. Or,
l'amour, la reconnaissance, la compassion, la religion, la justice protestent contre cet oubli.
L'amour ne doit-il pas être plus fort que la mort ? Nous avons aimé ceux qui ne sont plus de ce monde. Quand ils sont partis pour les rivages de l'éternité, nos cœurs se sont brisés et nos yeux ont versé des torrents de larmes. Notre douleur était sincère ; mais maintenant qu'elle est apaisée, maintenant que la présence de ceux qui nous étaient chers ne parle plus à nos sens, leur souvenir se taira-t-il dans nos cœurs ? S'il en est ainsi, laissez-moi vous le dire, vous qui avez goûté les douceurs de l'amour, vous n'en étiez pas dignes. Ce que vous aimiez, c'était le bonheur de voir des yeux de la chair le miroir vivant de votre vie, la joie d'entendre dans un cœur un écho de vos affections : c'était vous-mêmes que vous aimiez, puisque votre égoïsme ne trouvant plus de quoi se contenter, il ne vous reste plus que l'ennui de faire du bien à ceux qui ne peuvent plus rien pour vous.
Et cependant, il y a, parmi ceux que la mort a moissonnés, des êtres bienfaisants qui vous ont donné, en ce inonde, plus que les joies de l'affection. Vous êtes les rejetons de leur vie, vous avez
été l'objet de leur amoureuse sollicitude, vous avez recueilli les fruits de leurs labeurs ; et ils sont partis, peut-être, avant que vous ayez pu leur témoigner votre reconnaissance. Serait-il vrai que la mort a étouffé en vous ce sentiment sacré que nous appelons la mémoire du cœur, et vous a mis dans l'impuissance d'accomplir un devoir auquel une âme bien née ne renonce jamais ? — Non, Messieurs. — La reconnaissance ne cesse jamais de voir le bienfaiteur dans le bienfait. Ne pouvant plus rien faire en ce monde pour les créanciers d'amour dont vous êtes les débiteurs, votre devoir est d'aller les chercher jusque dans les mains de la justice divine, et de leur offrir, en échange de leurs bienfaits, la bienfaisante assistance qui peut les délivrer de leur peine.
N'eussent-ils pas d'autre droit que l'inexprimable douleur de leur expiation, c'est assez pour émouvoir des cœurs chrétiens, et les déterminer, à défaut d'amour et de reconnaissance, à des actes de pitié. Nous avons compassion des grandes misères et des grandes douleurs de cette terre; mais quelle plus grande misère et quelle plus grande douleur que celles des pauvres âmes qui languissent loin de Dieu ? Elles ont faim du sou-
verain bien qu'elles ont entrevu et qu'on leur a promis. Elles entendent de loin la voix des anges et des bienheureux qui les appellent à la patrie de leurs désirs. Elles voudraient s'élancer vers le lieu de l'éternel rassasiement et de l'éternel repos ; mais, incapables de briser leurs chaînes et de franchir les flammes vengeresses qui les cernent de toutes parts, elles implorent les seuls amis qui puissent leur tendre une main secourable. Ces amis, c'est vous, Messieurs, vous qui ne pouvez pas rester insensibles à ce cri du plus grand des malheurs, après l'éternelle damnation : « 0 vous qui nous avez aimés, ayez pitié de nous, car la main du Seigneur nous a frappés : Miseremini, miseremini mei, saltem vos amici mei, quia manus Domini tetigit mex. »
Ces âmes vous implorent et la gloire de Dieu les réclame. Dieu ne veut pas sacrifier sa justice, mais il est tout prêt à faire miséricorde, pour obtenir des justes, qu'il purifie, la louange parfaite qui convient à son infinie majesté. Assurément le purgatoire est un hymne de la douleur résignée, qui l'honore et réjouit son cœur; mais ce n'est que