I Cor., cap. il
lion ; Si complantati facti sumus similituclini mortis ejus, simul et resurrectionis erlmus. »
En établissant le dogme de la résurrection, je vous ai exposé, Messieurs, la doctrine de l'Eglise sur la grandeur et la dignité de notre chair. Elle admire en elle « l'œuvre des mains de Dieu, l'édifice de son génie, l'héritière de ses libéralités, la reine du monde, l'épouse du souffle divin, te prêtre de la religion, le soldat de la foi, Taxe du salut, la sœur du Christ, le réceptacle de sa vie, le temple de l'Esprit divin4. » Aucune philosophie n'a jamais parlé comme cela.
Chose singulière, cependant, autant l'Eglise se montre révérencieuse pour la chair dans sa doctrine, autant elle semble dure, impitoyable, on pourrait presque dire méprisante, dans sa législation. Aux instincts profonds que toute chair ex-
1. Cf. Exposition du dogme catholique, cent-unième conférence: La résurrection, première partie.
prime en ces deux mots : jouir et vivre, elle oppose celte loi austère : souffiir et mourir, pénitence et mortification. Que devient donc, sous les coups de la discipline chrétienne, le dogme pompeux qui élève la chair à des honneurs quasi-divins? N'y a t-il pas là une flagrante contradiction?
Non, Messieurs; la contradiction n'est qu'apparente. Ce que je viens de dire tout à l'heure va vous aider à la faire disparaître, si vous voulez bien tenir compte ici du principe qui dirige la conduite de l'Eglise à l'égard de la chair, et considérer les conséquences du traitement qu'elle lui inflige.
Ainsi que je vous l'ai fait remarquer plusieurs fois dans le cours de mon enseignement, l'état primitif de la nature humaine était un état d'équilibre parfait dans les relations des deux éléments dont elle est composée. L'esprit, souffle de Dieu, animait et gouvernait la chair ; la chair, œuvre des mains de Dieu, était soumise à l'esprit, et prêtait à ses opérations un libéral concours. Aucune passion ne s'agitait dans la région des appétits qui ne fût disciplinée par la raison • aucun mouvement ne prévenait les délibérations de la royale faculté qui unissait à Dieu l'homme tout entier par la plus
gêftéfêlise et la plus sainte des passions, l'amour. L'homme intègre régnait sur lui-même. Mais, comme l'a dit profondément Bossuet, « le péché a mêlé du sien dans la nature humaine. » Les éléments de cette nature ont été troublés dans leurs sources mêmes, et, depuis, le trouble s'est manifesté dans toute la race. — C'est justice. — Un générateur ne donne que ce qu'il a. Si sa nature est pure et ordonnée, il la transmet pure et ordonnée ; si elle est impure et déréglée, il la transmet impure et déréglée. Notre générateur est déchu : jusqu'à la fin nous subirons les funestes mais naturels effets de sa déchéance ; jusqu'à la fin il y aura, dans notre constitution, un défaut d'équilibre, causé par cette lamentable plaie que le langage sacré appelle la plaie des concupiscences. Sans, être insensibles aux vrais biens, nous nous laisserons plus facilement séduire par les faux biens ; sans cesser de comprendre la nécessité du bien-faire, nous lui préférerons le bien-être ; san,s méconnaître la dignité de l'esprit, nous serons, au détriment de sa grandeur et de son autorité, tentés de flatter les exigences de îa chair; nous vivrons dans un perpétuel péril qui nous imposera une guerre perpétuelle.
N'est-ce pas un fait universel et incontestable que ce désordre de la nature ? Et quand bien même on supprimerait l'explication que nous en donne l'enseignement catholique, ne vous ai-je pas obligés tout à l'heure de le reconnaître expérimentalement. On aura beau dire : — La chair est bonne, la chaire est pure, — l'expérience du genre humain répond : — Ce n'est pas vrai. Quiconque veut faire le bien se plaint des entraînements qui lui facilitent le mal, et s'écrie avec l'Apôtre : « La chair convoite contre l'esprit ; l'esprit convoite contre la chair : Caro concupiscit adversus spiritum, spiritus adversus carnem.1 »
La chair convoite contre l'esprit, car elle veut être satisfaite, non seulement dans ses légitimes besoins, mais dans ses désirs les plus extravagants. Repue des plaisirs que notre lâche condescendance lui accorde, elle devient pesante et opprime la pensée ; elle fermente comme une levure malsaine et étouffe la vertu. — D'autre part, l'esprit convoite contre la chair ; car il lui répugne que ses libres mouvements soient contrariés par une matière triviale. Il voudrait pouvoir s'élancer