Galat., cap. v
et voler à son aise clans les sphères sublimes de la pensée, du devoir et de la vertu, du vrai, du beau et du bien ; se dégager, enfin, des créatures grossières qui ensorcellent les sens et le convient à l'idolâtrie, afin de se rapprocher de celui dont il est la vivante image, de l'infini dont la soif le tourmente.
« La chair convoite contre l'esprit, l'esprit convoite contre la chair : Caro concupiscit adversus spiritum, spiritus adversus carnem. » — Voilà, Messieurs, le principe qui nous explique l'austère régime auquel l'Eglise soumet notre corps, les mauvais traitements auxquels elle le condamne. Le monde ayant pris le parti de la chair contre l'esprit, l'Eglise prend le parti de l'esprit contre la chair. Dans l'état critique de notre nature elle ne s'est pas trompée. Elle a dit : — Châtions la chair pour la punir de ses révoltes ; affaiblissons, faisons mourir la chair pour la soumettre à l'empire du souffle de Dieu.
Pénitence ! mortification ! Notre pauvre corps ne peut entendre sans frémir ces deux mots terribles. — Mais l'austérité chrétienne qui l'épouvante ne le réduit que pour le glorifier, en assurant,
dans ses membres révoltés et prompts aux réjouis-
sances funestes, le libre cours de l'esprit d'où procèdent les nobles pensées, les grandes vertus, les œuvres méritoires : tout ce qui rend l'homme digne de Dieu et digne de lui-même. Parcourez l'histoire intellectuelle et morale du genre humain, et dites-moi où se trouve la plus large part d'intelligence et de génie dans le vrai, la plus large part d'activité et d'héroïsme dans le bien. Est-ce du côté de ceux dont le corps plantureux n'a rien à désirer ? Non, Messieurs ; — mais du côté de ceux que l'austérité chrétienne a disciplinés, du côté de ceux qui savent priver et faire souffrir la chair afin d'éteindre ses criminelles ardeurs et de donner à l'âme une plus grande liberté.
C'est déjà un beau résultat, Messieurs ; mais l'Eglise vise plus loin et plus haut. Elle entend la voix du Christ qui nous appelle au partage de sa gloire, et nous indique le chemin que nous devons prendre pour arriver à la suprême transformation par laquelle nous deviendrons semblables à lui. Si la législation chrétienne est dure à notre corps c'est que le Maître l'a voulu. N'a-t-il pas dit « qu'il lui fallait souffrir pour entrer dans sa gloire : Nonne oportuit Juec p'dti Christum) "et , Un
LES IMIKI'AHATIKS DE LA UKSUUHECTION. 1 03
/ nt rare in <jloriain simni* ? — N'est-ce pas parce qu'il a traversé la crise douloureuse de sa passion que nous le voyons couronné de gloire et d'honneur ? Vidimus Jesum propter passionern mortis gloria et honore coronatum*. » Où le chef a passé, toute l'armée doit passer après lui ; leur commun triomphe est à ce prix. « Si nous souffrons avec le Christ, nous serons glorifiés avec lui : Si comjiatimur, et conglorificabimur3. — Si nous nous unissons au Christ par la ressemblance de sa mort, nous lui serons unis par la ressemblance de sa résurrection : Si complantati facti sumus similituclini mortis ejus, simut et resurrectionis erimiis. »
Voilà ce que veut le Maître ; l'Eglise ne peut pas vouloir autrement que lui. Elle a donc raison de nous, demander la pénitence et la mortification, car la préparation laborieuse qu'elle nous impose détermine à l'avance le caractère de l'éternelle reviviscence qu'attend notre chair. - Il est certain qu'une âme à qui l'austère discipline de l'Eglise a donné sur le corps un souverain empire, ne le