‹ Retraites pascales (volume 3)Chapitre 39 sur 107 · ïleb., cap. n · texte numérisé non relu

ïleb., cap. n

o. Rom., cap. vin, 17.

retrouvera, au jour de la résurrection, que pour lui faire sentir sa noble supériorité. Au lieu 'que l'âme qui fut l'esclave d'une chair satisfaite répugnera à rentrer dans l'éternelle prison où tous les plaisirs seront remplacés par des peines, l'âme qui fut maîtresse reprendra, joyeuse, le pauvre corps qu'elle a maltraité, et se fera une fête de le consoler de ses rigueurs en l'abreuvant de gloire et de félicité. La chair, plus docile que jamais, se laissera faire, et plus seront profondes en elle les plaies de la pénitence et de la mortification, plus elle se sentira pénétrée et vivifiée par l'âme triomphante qui veut l'associer à ses honneurs et à ses jouissances.

D'autre part, le Christ Sauveur, fidèle à la loi qu'il a promulguée et accomplie en sa propre personne, attirera, dans le plus prochain et le plus fécond rayonnement de son humanité glorifiée, ceux dont la chair pénitente et mortifiée portera les sacrés stigmates de sa passion. Ses préférences et ses plus larges effusions de gloire et de béatitude iront aux corps qui l'auront imité de plus près dans sa vie de souffrance ; car il mesurera à la ressemblance de sa mort la ressemblance de sa résurrection : « Si complantati facti sumus

similitudini mortis ejus, simul et resurrectionis erimus, »

Soit, me direz- vous ; la chair doit être disciplinée ; notre avenir y est intéressé, notre dignité l'exige ; Dieu le veut ; mais doit-elle être exterminée ? Pourquoi ces jeûnes, ces veilles, ces haires, ces cilices, ces fouets, ces chaînes, ces aiguillons, ces innombrables instruments de discipline ? Pourquoi ces légions de fanatiques qui semblent, par leurs extravagances et leurs barbaries, insulter à la raison et conspirer contre la vie ? — Pourquoi, Messieurs ? — Mais pour vous, pour moi, pour tous les timides et tous les lâches qui ont besoin qu'on marche devant eux sur le chemin du sacrifice. L'austérité chrétienne est une nécessité d'équilibre en notre personne ; mais qui donc s'y soumettrait s'il n'était entraîné ? Un Dieu s'est mis à la tête de l'humanité. « Il a souffert, dit l'apôtre saint Pierre, pour que nous marchions sur ses traces 1 ; » cependant il ne peut pas tout seul décider notre apathie, ni vaincre les répugnances de notre chair amoureuse du bien-être et

I. Christus passus est... Vobis relinquens exemplum, ut sequamini vestigia ejus. (I Pet., cap. n, 21.)

de la jouissance. Il faut que les saints, plus rapprochés de nos infirmités, l'entourent et nous appellent à sa suite. — Les voilà ! — Ils s'élancent en avant, comme ces corps d'élite dont la bravoure doit entraîner le mouvement d'une armée ; comme ces pionniers audacieux qui vont planter, au milieu des ronces, des épines, des marais, des fondrières, des repaires d'animaux malfaisants, le drapeau qui appelle les colons sur la terre du labeur et de la civilisation. Ne leur reprochez pas les plaies dont ils sont couverts, ni le sang qu'ils ont volontairement répandu ; ce serait un crime. Ne les plaignez pas ; ce serait une injure. Admirez plutôt le noble et saint usage qu'ils font de la chair où fermentent vos passions égoïstes. Du sang de leurs veines, de la plus précieuse des libations ils se servent pour témoigner à Dieu leur foi et leur amour, et aussi pour vous déterminer à prendre le vrai, Tunique chemin qui conduit à la glorieuse résurrection.

Cette glorieuse résurrection, vous ne l'apercevez que dans le lointain d'une autre vie, mais les héros de la pénitence et de la mortification en ont eu les prémices dès cette vie. On a vu leur corps rester insensible aux tourments, conserver sa

vigueur à travers de longs jeûnes, resplendir et l'aire le jour au milieu des ténèbres, s'envoler dans l'extase, apparaître en divers lieux à la fois, entrer dans les lieux clos, comme s'il eût déjà joui des merveilleuses qualités d'impassibilité, d'immortalité, de clarté, d'agilité, de spiritualité qui sont le propre des corps ressuscites.

Ne me dites pas, Messieurs, que vous ne convoitez pas ces privilèges pour le moment, que vous n'avez pas l'ambition d'être, dans les constellations vivantes qui graviteront autour de la sainte humanité du Christ, des astres de première grandeur. Quand il s'agit de notre gloire future, la modération des désirs est dangereuse. Elle est souvent le signe d'une lâcheté qui, sous prétexte de ne pas ambitionner les premiers rangs, nous fait courir le risque de ne pas trouver place dans les derniers; Du reste, vous n'arriverez à ces derniers rangs que par le chemin des saints. Si vous n'imitez pas les excessives rigueurs auxquelles ils ont soumis leur corps, il faut, au moins, que vous pratiquiez la pénitence dans la mesure qui vous est proposée par l'Eglise, et que vous refusiez à votre sensualité et à votre mollesse les satisfactions qui menacent votre âme d'asservissement et d'es-

clavage. Vous n'éviterez la résurrection honteuse et cruelle de votre chair qu'en vous préparant par la pénitence et la mortification à une glorieuse et bienheureuse résurrection. Vous êtes avertis ; c'est la loi : « Si complantati facti sumus similitudini mortis ejus, slrnul et resurrectionis erimus. »

VENDREDI SAINT CINQUIÈxME INSTRUCTION

0 clavis, qui aperis et nemo claudit claudis et nemo aperit!

(Antienne de l'Avent.)

Eminentissime Seigneur, Messieurs,

Il doit vous paraître étrange que je prenne pour texte de mon discours, en ce jour lugubre, les paroles que chante l'Eglise clans le temps où elle se prépare à fêter le joyeux avènement du Sauveur. Mais, si vous considérez que le Verbe de Dieu s'est anéanti et manifesté au monde dans la chair qui

doit être immolée sur le Calvaire, vous ne vous

étonnerez plus que l'antienne de l'Église puisse servir d'introduction et de conclusion à tous les grands mystères de notre salut, et qu'il nous soit permis de chanter, en contemplant la croix comme en attendant la crèche : « 0 clavis, qui aperis et nemo claudit, claudis et nemo aperit!»

C'est par sa chair crucifiée que le Christ a consommé notre salut; c'est dans la croix que se résume le grand œuvre de la rédemption. Aussi, Messieurs, est-ce à la croix qu'il appartient de décider de notre sort éternel. Vous connaissez les deux termes où doit aboutir la vie humaine ; vous savez par quels chemins on y arrive ; mais, avant que nous y soyons fixés, nous comparaîtrons devant Dieu pour être jugés. Or, dans ce jugement, dit l'Eglise, la croix nous sera montrée une dernière fois : — • Hoc signum crucis erit in cœlOj cura Dominus ad judicandum venerit*. — Confrontés avec ce signe auguste, nous y verrons écrite notre sentence, et nous saurons lequel des deux abîmes, abîme de gloire ou abîme de honte,

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