‹ Retraites pascales (volume 3)Chapitre 41 sur 107 · Pros** de la messe des morts · texte numérisé non relu

Pros** de la messe des morts

frontation avec cette règle que nos actions peuvent être jugées. — Qu'à cela ne tienne : la règle de tous les devoirs sera produite : c'est la croix.

Les révélations et les commandements de Dieu se concentrent, en quelque sorte, dans le bois sacré dont le Christ s'est servi pour consommer son sacrifice. La croix fait vivre sous nos yeux la famille divine, tout entière engagée dans le drame auguste de la rédemption : un Dieu unique, jaloux de sa gloire, à qui toute créature doit louange et honneur et qu'on n'offense pas impunément; un Père offensé qui nous donne son Fils, et le livre par amour pour nous au dernier supplice ; un Esprit-Saint qui forme par sa très pure opération la chair de ce Fils voué à la mort, et consume, flamme vivante du plus grand des amours, l'holocauste du Calvaire; et ce Fils, luimême, amoureux de la croix, expirant sur ses bras sanglants pour apaiser la colère du ciel et racheter l'humanité. Mystère ineffable, dans lequel les perfections infinies : puissance, sagesse, amour, justice, miséricorde, se manifestent avec plus d'éclat que dans la production et le gouvernement de l'univers.

Mieux que la grande voix du Sinaï la croix nous

dit : Il n'y a qu'un seul Dieu et un seul Seigneur, tu l'adoreras, tu l'aimeras, tu le serviras; et en nous rappelant ce premier devoir de la créature, elle nous le montre accompli, avec une divine perfection, dans le mystère de souffrance et de mort dont elle fut le théâtre et l'instrument. La majesté trois fois sainte de Dieu pouvait-elle être mieux honorée que par le sacrifice d'une vie divine? — Etait-il possible de mieux dire à Dieu qu'on l'aime qu'en immolant un Dieu pour réparer les outrages faits à sa gloire ? Pouvait-on mieux le servir qu'en apaisant sa justice par une satisfaction cligne de lui, et en le réconciliant par cette satisfaction avec l'humanité devenue son ennemie?— - Tout sacrifier à la gloire, à l'amour, au service de Dieu : voilà le premier chapitre de la règle du devoir, que tout le monde peut lire sur les bras de la croix.

Je dis le premier chapitre, Messieurs, car un autre le suit, que le Fils de Dieu a comparé au premier: «Secundum autem meinclaium simile est huic1 ! » — L'humanité est une grande famille, et les liens qui unissent ses membres les tiennent

l. Matth., cap. xxn, 39.

si près l'un de l'autre qu'ils doivent être l'un pour l'autre le prochain.

Le prochain! — Il ne suffit pas de respecter sa personne et ses biens, de s'abstenir de lui nuire, de côtoyer sa vie sans heurt et sans dommage; « il faut l'aimer : diliges proximum. » — Inutile de chercher la règle de cet amour dans notre nature déchue; nous n'y rencontrerons que des instincts égoïstes. Mais la croix nous la montre et nous l'impose avec une autorité pleine de douceur. Qui contemple ce bois sacré y voit resplendir partout ce mot du cœur. Amour! Amour!

La croix nous dit que le Christ nous a aimés, et que c'est par amour qu'il s'est livré pour nous : « Christus dilexit nos et tradidit semetipsum pro nobis *. » Il n'a point fait de partage dans les largesses de son cœur, mais, «tous étant morts par le péché, il est mort pour tous : Omnes mor~ lui sunt, et pro omnibus mortuus est Christus'2.— Son expiation s'étend au monde entier: Ipse propitiatio est pro peccatis totius mimdi3.»

i. Galat., cap, II, 20.

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