‹ Retraites pascales (volume 3)Chapitre 5 sur 107 · Heb., cap. xin · texte numérisé non relu

Heb., cap. xin

neurs, il se fait chaque jour un envahissement de choses inutiles qui rappellent la fastueuse ostentation des païens, plus qu'elles n'attestent la foi des chrétiens.

Soyez chrétiens, Messieurs. N'oubliez pas les âmes qui souffrent pour ne penser qu'à la chair qui va pourrir ; comprenez que vos morts ont moins besoin d'honneurs que de secours. Leur âme est aux mains de la justice divine; encore une fois, au nom de l'amour, de la reconnaissance, de la compassion, de la religion, de la justice, souvenezvous des captifs de l'autre monde pour les assister : Mementote vinctorum.

Il me reste encore quelques mots à vous dire pour achever le commentaire des paroles que j'ai prises pour texte. Elles nous invitent à faire un retour sur nous-mêmes, et nous apprennent que le souvenir des morts peut nous être utile en ce monde et en l'autre.

« Mementote vinctorum tanquam simul vincti. » — En ce monde, Messieurs, il est bon, il est souverainement important de nous rappeler que les chaînes du péché préparent les chaînes de la justice divine. Or, les chaînes du péché nous les portons. Depuis longtemps, peut-être, elles meurtrissent nos âmes déshonorées. D'où vient que tant de malheureux n'en sentent pas le fardeau ? — Hélas ! de ce qu'ils ne regardent jamais au delà de cette vie, et de ce qu'ils sont sourds aux avertissements de l'autre monde. Si leur cœur se mettait en relation avec ceux qu'ils ont aimés, s'ils pensaient à leurs souffrances, ils comprendraient bien vite le danger de leur état, et ils se hâteraient de briser des chaînes qui les menacent

aujourd'hui, non pas d'une peine temporaire, mais d'une éternelle et effroyable captivité. J'ai vu plus d'une conversion opérée par le souvenir des morts et j'ai pu me convaincre de l'efficacité de ce solennel avertissement : « Mémento te vinctorum tanqu&m simul vinctl. »

N'eussiez- vous pas besoin de conversion, Messieurs, le culte des morts n'en serait pas moins utile à votre vie chrétienne. Vous savez pourquoi Dieu exerce dans l'autre monde les rigueurs de sa justice contre ceux que sa miséricordieuse bonté appelle au bonheur éternel. Ils ont la grâce, ils aiment, ils voudraient s'envoler au ciel, mais les fautes inexpiées qu'ils ont commises les retiennent jusqu'à ce qu'ils aient payé leur dette de pénitence. S'il leur était permis de revenir en ce monde, avec quelle vigilance et quel soin ils éviteraient cette multitude de fautes légères auxquelles nous ne pensons pas ; avec quel empressement ils offriraient à Dieu les satisfactions qu'il exige pour les fautes graves que le repentir a effacées ! — Eh bien, Messieurs, ce dont nos chères âmes sont incapables, nous le pouvons faire. Il est impossible que nous pensions sérieusement à leur douloureuse captivité, sans jeter un regard sur

nos propres chaînes, sans nous corriger de cette déplorable légèreté qui multiplie, comme à l'infini, dans notre vie chrétienne, lespetites prévarications ; de cette détestable mollesse qui nous fait reculer devant les plus faciles expiations et grossit chaque jour notre dette de peines, au compte de la justice divine ; de cette funeste imprévoyance qui nous prépare pour l'autre vie des douleurs auxquelles celles du temps présent n'ont rien de comparable • .

Les peines de l'autre vie nous ne les éviterons pas, Messieurs, si appliqués que nous soyons à nous purifier ici-bas ; et c'est alors qu'il sera bon pour nous de nous être souvenu des morts et de leur avoir été secourables. Vous connaissez la loi des répartitions de la miséricorde divine : — « Elle se mesure sur la nôtre : Beati miséricordes, quoniam ipsi miser icordi&m consequentur2 . ■ — Nous serons traités comme nous aurons traité les autres : Qua, erdm w.ensura mensi fueritis, et remetietur vobis3. » — Si donc nous avons été

i. Cf. Retraites pascaleSyiSSb. Jeudi saint, quatrième instruction: Châtiment du péché.

Page 1