‹ Retraites pascales (volume 3)Chapitre 55 sur 107 · Joan., cap.xur · texte numérisé non relu

Joan., cap.xur

rement, comme si Ton voulait porter atteinte à leur dignité. — Nous humilier devant Dieu, disent-ils, c'est bien, mais nous agenouiller aux pieds d'un homme, nous confesser à un homme, l'aire de notre vie intime la pâture de sa curiosité, livrer nos secrets à la merci de ses indiscrétions, non, non, jamais. 0 prêtre, tu n'entreras pas dans nos consciences; nous ne voulons pas de tes purifications dès qu'il faut les acheter à ce prix : « Non lavabis nos in seternum. » — S'il en est ainsi, Messieurs, le Sauveur n'a plus qua vous répondre, comme à Simon Pierre : « Tu ne m'appartiens plus : Non habebis pavteva mecum. »

Mais non, vous n'êtes pas, j'en suis convaincu, de ces orgueilleux qui prétendent régler, au profit de leur amour-propre, les conditions de leur salut. Vous savez bien que, dans le sacrement de pénitence, institué pour la purification de nos âmes, l'humiliation de l'aveu, si elle est un châtiment de l'orgueil qu'on rencontre à la racine de tout péché, est singulièrement adoucie par les joies de l'épanchement, par les religieuses précautions qui assurent à nos confidences la protection du plus impénétrable secret, et par la pater-

nelle tendresse de celui qui reçoit la confession de nos cœurs repentants. Vous savez bien que celui qui siège au tribunal de la pénitence est le même Jésus-Christ que vous rencontrerez un jour sur le seuil de l'éternité, et dont vous prévenez les éternelles rigueurs dans un jugement miséricordieux, Vous savez bien que ce Dieu, plein d'une admirable condescendance, enchaîne, dans le sacrement, sa toute-puissance, couvre sa majesté d'un voile, et vous apparaît sous les traits d'un homme comme vous, d'un homme qui pleure ses propres fautes avant de juger les vôtres. Jésus a dit à son prêtre : « Comme mon Père m'a envoyé je t'envoie. Les péchés seront remis à qui tu les remettras. » — Entendez-vous, Messieurs, le prêtre est un Christ investi de la puissance judiciaire du Fils de Dieu, un Christ dépouillé de tout ce qui pourrait épouvanter notre faiblesse et notre misère, un Christ humilié, anéanti et comme prosterné aux pieds clés pécheurs, non pour les accuser, mais pour les conjurer de se faire pardonner et de se laisser purifier.

Voilà votre juge! — Il est seul avec vous, tout seul, armé d'un pouvoir divin qui vous oblige de le respecter, pétri des mêmes misères que vous,

afin que vous n'ayez pas à redouter ses sévérités. Sans oublier les droits du Dieu de justice qu'il représente, il prend le parti de votre faiblesse; avant de vous entendre, il est prêt à vous excuser. Il ne vous accuse pas, il vous écoute. S'il interroge, ce n'est pas pour surprendre des secrets qui pourraient vous être funestes, mais pour aider de la connaissance qu'il a du cœur humain l'aveu loyal qui doit vous sauver. Il encourage par de douces exhortations votre âme timide et tremblante et croit à la sincérité de votre parole. Il ne reçoit pas d'autre témoignage contre vous que votre libre confession, et cette confession est une chose sacrée qui entre dans son cœur fidèle et discret comme en un tombeau dont la pierre ne sera jamais levée.

Ah ! Messieurs, n'est-il pas vrai que lorsque vous vous humiliez devant le Sauveur, dans le sacrement de pénitence, c'est lui encore qui est à vos pieds, comme il était aux pieds des apôtres? Profitez, je vous en prie, de sa miséricordieuse condescendance, et puisse-t-il dire de vous, sans aucune exception : « Vous êtes tous purs : Et vos mundi estis. »

Dans le mystère du lavement des pieds Jésus ne se borne pas à nous donner un témoignage de son amour, il nous donne encore une leçon. C'est un père qui, connaissant la force des exemples, s'applique, en ses derniers instants, aux grandes vertus qu'il a pratiquées dans sa vie, afin d'en laisser un plus vif souvenir, et de leur imprimer ce caractère de durée plus ferme que donne notre cœur aux choses que nous avons vues une dernière fois chez ceux que nous avons tendrement aimés. Certes, l'acte seul du Sauveur s'imposait, par sa grande autorité, à notre imitation, mais il le commente pour en relever à nos yeux l'importance pratique.

« Après qu'il eut lavé les pieds de ses disciples et repris ses vêtements, s'étant remis à table avec tous les siens il leur dit : — Pénétrez-vous bien le sens de ce que je viens de faire? Vous m'appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien, car je le suis. Eh bien, puisque moi, le Seigneur et le

Maître, jo vous ai lavé les pieds, vous devez également, de l'un à l'autre, agir désormais entre vous comme je viens d'agir à votre égard. Car jo vous ai donné cet exemple pour que, vous aussi, vous fassiez de même. En vérité, en vérité, je vous le dis, le serviteur n'est pas plus que son maître, ni l'apôtre plus grand que celui qui Ta envoyé. Si vous comprenez bien ces choses, vous serez heureux quand vous les mettrez en pratique1. »

Jésus-Christ avait dit dans les premiers discours de sa vie publique : «■ Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur2. » Il le répète bien plus éloquemment à l'entrée de sa vie souffrante. Lui, le Maître, le Seigneur, il se fait petit et se met aux pieds de ceux qui devraient le servir avec adoration. Il fallait cela, Messieurs, pour nous faire comprendre la souveraine importance d'une vertu qui répugne à notre nature et qui, cependant, est destinée à porter tout l'édifice de la vie et de la perfection chrétiennes. Non seulement nous avons peu de goût pour l'humilité, mais nous ne

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