Jean , cap. xin
S. Ibid., 37.
vérité je te le dis, le coq ne chantera pas avant que tu m'aies renoncé trois fois1. »
C'est donc dans la nuit même que doit se consommer sa chute. Pierre se tait : la tristesse et l'effroi l'ont rendu muet. On ne Pentendra plus parler qu'à l'heure sinistre où ses renoncements sacrilèges accompliront la prophétie de son Maître. Et pourtant, il l'aime; il est profondément et ardemment sincère dans la résolution qu'il exprime de mourir pour lui ; mais ne prenant pas garde à ce que Jésus lui dit : Tu ne peux pas maintenant*, il croit pouvoir faire ce qu'il veut, parce qu'il le veut. Il devrait rentrer en lui-même, mesurer sa faiblesse, confesser son impuissance, puisque celui qui voit le secret des âmes l'en avertit; il devrait dire : Seigneur, puisque vous partez, je voudrais m'en aller avec vous ; puisque vous allez mourir, je voudrais mourir comme vous. Vous dites que je ne puis pas, c'est vrai : votre science ne se trompe pas, et mon amour peut s'aveugler sur ses propres forces ; pourtant, vous
4. Animam tuam pro me pones? Amen, amen dico tibirNon cantabit gallus donec ter me neges. (Joan., cap. xiii, 38.)
'2. Non potes me modo sequi. (Joan., cap. xiii, 36.)
savez que je vous aime ; votre toute-puissance peut me donner la force qui me manque et m'accorder la grâce que je désire. J espère en vous; emportez-moi avec vous dans la mort, puisque je suis trop faible pour vous suivre. Mais non, « au lieu de s'humilier et de prier, dit Bossuet, il s élève contre Jésus-Christ : et avec une témérité pitoyable mais punissable, il dit qu'il peut à celui qui sait tout et qui lui dit qu'il ne peut pas*. » Remarquez, je vous prie, que Jésus-Christ lui promet qu'un jour il le suivra : — « Sequeris postea. » C'est-à-dire qu'un jour il aura la volonté forte et invincible qui permet d'affronter la mort. Mais il ne veut pas attendre ; il est prêt ; rien, croit-il, ne le fera reculer.
C'est la présomption, Messieurs; Dieu la hait et la punit par des humiliations terribles. Nous en avons un illustre et triste exemple dans le Prince des Apôtres. « Venez vous instruire par cet exemple, » s'écrie Bossuet. « Le grand apôtre présume, il s'engage, il renie : une servante fait
1. Méditations sur l'Évangile, La Cène, première partie, LXXVPne jour. Présomption et chute de saint Pierre.
trembler cet intrépide qui se vantait de ne rien craindre. Ce n'est pas assez pour rompre l'enchantement de son amour-propre de renier une fois, il faut qu'il renie jusqu'à trois fois, et encore avec jurement, avec blasphème, avec exécration. Il le faut, qu'est-ce à dire? Est-ce qu'il est poussé au crime ? A Dieu ne plaise : il a présumé de luimême, il est livré à lui-même. Pour lui ouvrir les yeux et lui faire sentir son mal qu'il ne veut pas voir, il faut qu'il tombe; et son erreur est si grande, qu'il n'en peut revenir que parla1. »
Ne croyez pas, Messieurs, que l'exemple de l'apôtre ne regarde que certaines âmes qui, dans la vie parfaite, s'aveuglent sur leur amour, et se croient capables d'actes héroïques. Pour l'ordinaire la présomption n'a pas ce caractère. Sa forme la plus commune se rencontre chez un grand nombre de chrétiens qui croient pouvoir éviter le péché sans en fuir les occasions, et pratiquer la vertu sans user des secours spirituels que Dieu a mis à leur portée ; et, ce qui est pire, chez une foule de gens qui s'estiment capables d'arriver, par les seules lumières de la raison et par les seules