II Méditations sur l'Évangile, loc. cit
forces do la volonté, jusqu'à la perfection du juste et de l'honnête. Ils ont entendu parler de la nécessité de la grâce; ils y ont cru pendant un certain temps; et puis, l'âge est venu où ils se sont imaginé qu'il était plus beau et plus digne de l'homme de ne compter que sur sa puissance et ses efforts. Qu'est-il advenu de cette téméraire confiance ? — Bon nombre d'entre vous peuvent le savoir par un court examen de leur propre vie. Ils y verront que, bien loin d'arriver à la perfection du juste et de l'honnête, ils ont rempli leurs jours d'une multitude de prévarications qui pèsent sur leur conscience et leur rendent lourde à porter l'estime d'un monde qui se contente de vains dehors. Et, s'ils regardent autour d'eux, ils ne manqueront pas d'exemples de prétendus honnêtes gens qui font cause commune avec les pires incrédules et les pires apostats.
Toutefois, Messieurs, une cause de nos défaillances dans le vrai et dans le bien, plus générale et plus commune que la présomption, c'est la lâcheté. Tout le collège apostolique nous en donne le honteux spectacle, que Jésus avait prévu et annoncé, Il venait de résumer ses dernières révélations en ces quelques mots : « Je suis sorti de
mon Père et venu dans le monde, maintenant je quitte le monde et retourne à mon Père1. » Ses disciples émus voient se dissiper les ombres qui planaient encore sur leur foi et s'écrient : « Voilà que vous parlez ouvertement et non plus en paraboles. Nous savons actuellement que vous connaissez tout et n'avez plus besoin d'être interrogé. Pour cela nous croyons que vous êtes sorti de Dieu2. » — Il leur semble que le Sauveur a répondu à leurs plus secrètes pensées et à leurs plus profonds désirs. C'est fini ; leur sincère croyance ne sera plus ébranlée, et quoi qu'il advienne, ils sauront dire, même en présence des ennemis de leur Maître : « Nous croyons que vous êtes sorti de Dieu : Credimus quia a Deo existi.» Mais Jésus les avertit de leur prochaine défaillance. « Vous croyez, dit-il, votre foi est-elle donc si assurée ? Hélas ! Voici que l'heure approche, que l'heure est déjà venue où vous serez dispersés. Chacun de vous s'en ira de son côté, et vous me laisserez seul3. » En effet, Messieurs,