‹ Retraites pascales (volume 4)Chapitre 10 sur 61 · IB *RY · texte numérisé non relu

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à l'ouvrage. Les mauvais instincts et les habitudes perverses germent et grandissent dans la mollesse ; les bonnes et saintes habitudes s'enracinent plus fortement dans un terrain jeune et généreusement cultivé. Sursum corda ! En haut le cœur ! En haut les espérances, les désirs et les affections ! Plus tôt on est dégagé des frivolités et des viletés de ce bas monde, plus vite et plus sûrement on arrive aux sommets sacrés de la perfection chrétienne, d'où Ton passe à l'immuable perfection des cieux. Aux leçons et aux encouragements de ces voix amies, qui interprètent ses volontés et ses ordres, Dieu ajoute les mystérieux attraits de la grâce et les douces promesses de son amour. Il ne tient qu'à nous d'en assurer l'efficacité par notre fidèle correspondance.

La sixième heure c'est la jeunesse, âge de la passion et de ses impétueuses saillies. Le divin Père de famille en connaît les dangers et aussi les admirables ressources. Il avertit la jeunesse, prévient ses illusions, la reprend de l'ardeur qu'elle dépense à de coupables plaisirs, lui fait honte de ses excès et lui donne le pressentiment de leurs funestes suites. Non moins désireux de tourner au bien ses forces vives que de les préserver, il lui

révèle la grandeur du devoir accompli dans la lutte, l'ineffable beauté de la vertu triomphant des séductions de la chair et des assauts de la passion ; il propose à sa fougue généreuse quelque œuvre noble et féconde où elle puisse se dépenser glorieusement. Ses appels se perdent souvent dans le tumulte d'une vie troublée par des joies insensées ; mais, quand ils sont entendus et compris, quel travail intense dans la vigne du Seigneur ! quel mouvement de sève ! quelles fleurs et quels fruits !

La neuvième heure c'est la maturité, âge de la réflexion et des graves pensées. Le jour de la vie s'avance et l'appel de Dieu devient plus pressant. Il s'adresse à notre raison plutôt qu'a nos passions, moins vives et moins capables d'être employées aux œuvres qui demandent une grande dépense de force et d'activité. Il nous invite à réfléchir, et à appliquer au suprême intérêt de notre existence cet esprit de prudence et de calcul qui caractérise l'âgé mûr. La légèreté n'est plus de saison. Soit qu'elle se rencontre dans un livre, soit qu'elle tombe d'une bouche sacrée ou d'un cœur ami, toute parole, qui traite de nos devoirs et de notre éternel avenir, s'impose plus impérieuse-

ment à notre attention et nous donne à penser. Et puis, l'homme de la neuvième heure sent venir sur ses pas des jeunes gens et des adolescents à qui il doit l'exemple du travail sublime auquel le maître de la vigne le convie. C'est souvent par cette haute considération que Dieu le rend docile à son commandement: Ite in vineam meam.

La onzième heure, c'est la vieillesse, âge des douloureux souvenirs et des suprêmes décisions. Le jour va bientôt finir ; il est temps plus que jamais de songer à son âme et de pourvoir à son salut. Aussi la voix du Père de famille devient-elle plus austère et plus dure. Elle éclate en reproches : Increpavit eosi ; elle rappelle aux travailleurs attardés les heures qu'ils ont perdues, elle provoque en leur cœur attristé d'amers regrets, elle s'unit aux cris menaçants de leurs infirmités. Pourtant rien n'est désespéré : tant que l'heure des veilles de nuit n'a pas sonné, il est temps encore

1. Vidit primos et non increpavit. Istos autem vidit et increpavit, quia primi adhuc infirmi sunt et dominantur passiones in eis, ideo excusandi sunt quod non expendunt tempus in servitio Dei; sed senes abundant sensibus, ideo eos increpat. (S. Thomas, Expositio in Matth., cap. xx.)

de se mettre à l'ouvrage : Ite et vos in vineam rheam.

Voilà, Messieurs, les appels de Dieu. Ils pourraient ne se faire entendre qu'une fois pour toutes, au matin, au midi, au soir de la vie et nous n'aurions à nous plaindre ni de la justice, ni de la miséricorde divines. Mais, voyez jusqu'où va la bonté de notre Père céleste : c'est le plus souvent à toutes les heures de la vie qu'il vient nous chercher, pour nous conduire au travail du salut. J'en appelle à vos souvenirs. Enfants, adolescents, jeunes gens, hommes mûrs, vieillards, à tous les âges vous avez entendu la voix du Maître de vos âmes. Une constante docilité vous eût rendus parfaits. Mais, hélas ! combien parmi vous ne sont que des chrétiens tièdes et lâches ! Combien ne sont plus chrétiens que de nom î Combien ont commencé le travail de la vigne du Seigneur et l'ont abandonné ! Combien, fermant loreille à la voix du Père de famille, s'obstinent à perdre leur temps au milieu des agitation» et des troubles de cette place publique qu'on appelle le monde ! Ah ! j'ai pitié des infortunés qui, privés de tout enseignement chrétien, croupissent dans l'ignorance, la corruption et l'oubli de leurs destinées éternel-

les. Ils pourront dire à Dieu : Nous avons attendu et personne ne nous a engagés : Nerao nos conduxit. Mais vous, Messieurs, pourrez-vous dire cela? — Non. Votre conscience proteste contre cette excuse. Vous ne méritez que les sévères reproches du Père de famille. Écoutez-les, et puissent-ils vous faire honte et vous décider au travail.

«Quid hic statis tota die otiosi? Pourquoi restez-vous tout le jour sans rien faire? » Cette question du Maître est un euphémisme. Il y en a beaucoup à qui il pourrait dire : — Pourquoi employez-vous tout le jour à mal faire ? Il y a, en effet, des vies humaines entièrement déshonorées par l'abus des dons de Dieu. L'intelligence, le cœur, les sens, le talent, la santé, la richesse, qui devraient être les instruments du noble travail de notre sanctification, deviennent pour un grand nombre d'hommes des instruments d'iniquité. La

peine qu'ils se donnent tourne à l'outrage du sou-

verain Maître de qui ils tiennent tout ce qu'ils possèdent. S'ils appliquent leur intelligence, c'est pour chercher des ombres à jeter sur les vérités les plus claires et les plus généralement acceptées, et pour se convaincre de quelque monstrueuse erreur. S'ils font sortir leur cœur d'un repos égoïste, c'est pour le prodiguer à de criminelles amours. Si, lancés dans le tourbillon de la vie extérieure, ils ouvrent les portes de leurs sens, c'est pour les repaître de ces frivolités qui évaporent ou de ces basses jouissances qui ammalisent la vie humaine. S'ils cultivent leur talent, c'est pour l'employer à quelque œuvre impie ou immorale. S'ils soignent leur santé, c'est pour lui donner la force de porter, sans dommage, le fardeau des plus honteux plaisirs. S'ils amassent des richesses, c'est pour payer les contentements de leurs plus vilaines passions. Ils sont trop occupés pour entendre les appels de Dieu, et cependant leur occupation est la pire des oisivetés.

Vous vous redressez fièrement, Messieurs, devant cette oisiveté et vous vous rendez le témoignage de n'en être pas coupables. Ne triomphez pas, je vous en prie, car le terrible reproche du Père de famille vous poursuit : i Pourquoi restez-

vous oisifs ? Quid statis otiosi ?» — «On appelle oisif, dit saint Thomas, non seulement ceux qui font le mal, mais ceux qui négligent de faire le bien : Dicuntur otiosi non solum qui mala faciunt, sed etiam qui bonum non agunt1. »

J'accorde, Messieurs, que vous savez ne pas demeurer inoccupés, et que, pour la plupart, vous employez vos heures à quelque travail important. Mais faites-vous le bien que Dieu veut et comme il le veut ? — Celui-ci consacre ses jours et ses veilles à la science. Il interroge la nature, tourmente les livres et les parchemins, poursuit dans le silence et le recueillement, la solution de difficiles problèmes. La terre, les cieux, le mouvement, la vie, les peuples, l'histoire, les nombres, n'ont plus de secrets pour lui ; c'est bien. Celui-là cultive les lettres, se délecte dans le commerce intime des prosateurs et des poètes anciens et modernes, sait exprimer fortement, noblement, gracieusement, aimablement, sa pensée ; c'est bien'. Celui-ci s'intéresse aux affaires publiques qu'il conduit avec autant d'intégrité que de sagesse ; c'est bien. Celui-là est tout entier à ses affaires

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