‹ Retraites pascales (volume 4)Chapitre 21 sur 61 · Prov., cap. i · texte numérisé non relu

Prov., cap. i

Supposons, pourtant, qu'une dernière maladie puisse être pour vous l'occasion d'une pénitence sincère, encore faudra-t-il que vous en compreniez la gravité, et que vous y entendiez la voix du Maître qui vous appelle.

Malheureusement, il est plus probable que vous vous abuserez, et que, là où vous avez reçu un coup mortel, vous ne verrez qu'un accident qui vous afflige, sans compromettre votre existence. Tout le monde contribuera à vous entretenir dans cette illusion : Vos médecins qui vous tairont les progrès que fait chaque jour le mal vers un tragique dénouement, et ne vous parleront que des petits mieux qui se produisent, de temps en temps, dans les plus graves maladies ; vos amis qui n'oseront pas insinuer, même à mots couverts, que vous êtes en danger de mort, et qui, dès que vous paraîtrez préoccupé de votre mal, chercheront à détourner votre attention par des promesses et des projets sans sincérité; vos parents qui, au lieu d'appeler un prêtre, r écarteront de votre chevet sous l'imbécile prétexte de ne pas vous causer d'émotions ; s'il est appelé, le prêtre lui-même qui, clans la crainte d'être rebuté, n'osera aborder qu'avec de lentes précautions la grande question de vos inté-

rets éternels. Victime de cette conspiration inhumaine, vous arriverez à ces dernières heures où l'âme, hébétée par la souffrance et les envahissements de la mort, est incapable d'aucun souvenir, d'aucun sentiment, d'aucun acte lucide et raisonnable. Sur l'espèce de cadavre que vous serez, on prononcera bien vite une absolution, et l'on fera, à la hâte, des onctions. Après avoir passé par toutes les phases miséricordieuses d'une longue maladie, vous mourrez, en réalité, de mort subite; et votre idiote [famille croira que tout est sauvé, parce qu'elle aura pu faire imprimer sur ses billets de faire part : muni des sacrements de V Église.

Je viens de parler de mort subite ; aucun de vous, Messieurs, n'est à l'abri de cette catastrophe qui ne nous laisse même pas la chance d'un moment lucide et d'un acte de contrition possible dans les angoisses de l'agonie. Vous entendez dire chaque jour : Un tel est mort foudroyé par l'apoplexie, par la rupture d'un anévrisme, par un de ces mille accidents qu'on ne peut prévoir, ou contre lesquels on ne se tient pas assez en garde. Ce qu'on dit des autres aujourd'hui, on peut le dire de vous demain. Je ne puis même pas vous promettre que vous sortirez tous sains et saufs de cette église,

et que, ce soir, il n'y aura pas parmi vous un pécheur attardé, que le voleur des âmes viendra saisir et emporter, tout endormi, dans l'effroyable éternité qu'il a bravée.

Que de périls, Messieurs! que de périls, pour convaincre de folie ceux qui retardent leur conversion ! Si votre fortune, votre vie, votre honneur pouvaient être compromis par une surprise, est-ce que toutes vos facultés ne seraient pas en éveil pour la prévenir? Et, quand il s'agit de votre sort éternel, vous vous endormez, bercés par un vain espoir, quêtant d'habitudes prises, tant de circonstances funestes, tant d'accidents imprévus peuvent trahir. Pécheurs, vous êtes fous !

Mais, écoutez le Sauveur; votre folie sera promptement guérie, si vous voulez profiter de ses avertissements. — Le Fils de l'homme viendra quand vous n'y penserez pas, dit-il, soyez prêts : Et vos estote parati. — Oui, soyez prêts! L'Eglise vous offre, en ces jours de salut, la ceinture de pénitence qui doit affermir vos reins languissants, la lumière divine qui doit éclairer vos pas, votre travail et vos combats. Acceptez cette offre miséricordieuse et embrassez généreusement la vie chrétienne. Réveillés, par les sacrements de cette pâque, du lourd

sommeil de vos iniquités, qu'on vous voie, désormais, semblables aux serviteurs fidèles, toujours debout, toujours actifs, toujours vigilants, toujours prêts à répondre à ceux qui vous demanderont ce que vous attendez : — « Nous attendons notre Maître Jésus-Christ, qui doit venir sauver nos âmes, et réformer notre corps infirme en le configurant à sa chair glorieuse : Salvatorem expectamus Bominum nostrum Jesum Christum, qui reformatât corpus humilitatis nostrse conftgumtum corpori claritatis suse1. »

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