Apud Corn, a îap., Comment, in Matth., cap. xxi
il vient, non point avec le faste et larrogance d'un maitre superbe qui revendique ses droits, non point avec l'impitoyable sévérité d'un juge qui va punir les fautes, mais humble, doux et patient, tout prêt à recevoir les excuses et à pardonner les fautes. Son nom seul est une promesse de miséricorde : on rappelle Jésus, ce qui veut dire Sauveur.
Assurément, sa dignité ne lui permet pas de taire les reproches qu'il est en droit d'adresser aux infidèles conducteurs de son peuple ; mais, ces re« proches sont si souvent déguisés sous le voile discret de la parabole, et accompagnés de tant d'amour et de tant de bienfaits, qu'il faut être irrémédiablement endurci pour n'en être pas touché. Divin Père de famille, si quelqu'un était capable de faire valoir vos droits, c'était le Christ, votre doux Messie. Que j'aime à l'entendre promettre le pardon à tous les serviteurs infidèles qui crient : pitié ! et le retour des tendresses divines à tous les prodigues qui disent humblement : j'ai péché! Que j 'aime à l'entendre prononcer, d'une voix pleine de larmes, cette amoureuse plainte: « Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, que de fois j'ai voulu rassembler
tes enfants, comme la poule ses petits sous ses ailes, et tu n'as pas voulu ' !
Ah ! si Jérusalem avait voulu ! Si Jérusalem avait respecté le Fils du divin Père de famille ! Si cette vigne, tant aimée, s'était abandonnée aux tendres soins du dernier messager de l'amour miséricordieux, qui peut dire ce qu'elle serait devenue? Sans doute la Jérusalem des oracles : le centre du royaume universel que venait fonder le Verbe incarné, l'immuable et splendide séjour de son humanité glorifiée sans avoir passé par la mort. Dans son temple purifié du sang de ses anciennes victimes et débarrassé des signes delà loi, la chair du Christ immortel, plus lumineuse que la nuée qui enveloppait jadis le tabernacle, eut invité les ado-* rateurs en esprit et en vérité aux contemplations extatiques. Le reste du monde , instruit d'un si grand prodige, se fut tourné vers la terre sainte, et avec plus de foi, plus d'amour, plus d'enthousiasme qu'il ne crie aujourd'hui : Rome ! Rome ! Il eut crié : Jérusalem ! Jérusalem !
1. Jérusalem, Jérusalem, qu?e occidis prophetas, et lapidas eos qui ad te missi sunt, quoties volui congregare filios tuos qusemadmodum gallina congregat pullos suoa sub alas, et noluisti ! (Matth., cap. xxni, 37.)
Mais je rêve. Messieurs. Jérusalem ne devait pas vouloir; le Fils de Dieu ne devait pas être respecté. En le voyant, les conducteurs du peuple, jaloux de leur pouvoir ont dit : Voilà l'héritier, tuons -le et nous aurons son héritage! Et le peuple, mobile comme toujours, a rapidement passé de l'admiration enthousiaste aux basses colères, des cris de triomphe aux cris de mort.
Hélas! j'entends encore les douloureux impropères qui retentissaient ce matin sous les voûtes de ce temple.
« Popule meus quid feci tibi aut in quo contristavi te ? Respondi mihi : Mon peuple, mon peuple, que t'ai-je fait? En quoi t'ai-je contristé? Réponds -moi ?
Est-ce parce que je t'ai tiré de la terre d'Egypte? Est-ce parce que, durant quarante ans, j'ai été ton conducteur dans le désert, que je t'ai nourri de la manne, que je t'ai introduit dans une terre fertile? Est-ce pour cela que tu as préparé une croix à ton Sauveur ?
Qu'ai-je dû faire pour toi que je n'aie pas fait? Je t'ai planté comme la plus belle de mes vignes, et tu n'as eu pour moi qu'une amertume extrême.
Pour l'amour de toi j'ai frappé l'Egypte avec ses
premiers-nés ; toi, tu m'as livré à la mort après m'avoir flagellé.
Pour te tirer de la terre d'esclavage j'ai submergé Pharaon dans la mer Rouge; toi, tu m'as livré aux princes des prêtres.
Je t'ai ouvert un passage à travers les flots ; toi, tu m'as ouvert le flanc avec une lance.
J'ai marché devant toi clans la colonne de nuée ; toi, tu m'as mené au prétoire de Pilate.
Je t'ai nourri de la manne pendant ton voyage au désert; toi, tu m'as souffleté et roué de coups de verges.
Je t'ai abreuvé de l'eau du rocher pour te sauver de la mort; toi, tu m'as abreuvé de fiel et de vinaigre.
Pour toi, j'ai exterminé les rois de Chanaan ; toi, tu as frappé ma tête royale avec un roseau.
Je t'ai donné le sceptre de la royauté; toi. tu as couronné mon front d'épines.
J'ai employé ma sublime puissance à te faire grand; toi, tu m'as pendu au gibet de la croix.
Mon peuple, mon peuple, que t'ai-je donc fait? Popule meus quid feci tibi? »
0 doux Messie, vous n'avez fait qu'un acte de justice en venant revendiquer les droits de votre
Père, et vous promettiez l'amour à qui reconnaîtrait votre mission. Mais justice, amour, tout a été méprisé et vous êtes mort victime d'un crime aggravé par d'abominables cruautés. Que va faire le Maître de la vigne déshonorée par un si grand forfait?
Messieurs, la croix, qui demande pardon pour le genre humain, crie vengeance contre ceux qui Font dressée. Les Juifs, interrogés par le Sauveur, ont prononcé eux-mêmes leur sentence. — « Le Maître, ont^ils dit, fera périr misérablement les misérables qui ont tué son fils : Malos maie perdet. »
Ce n'est point l'ambitieux désir des prêtres, des scribes, des pharisiens, des premiers du peuple qui sera satisfait ; c'est le sinistre vœu du peuple qui s'accomplira. — « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants, hurlait- il dans la cour du prétoire : Sanguis ejus super nos et super fllios nostros l » — Hélas ! c'est fait ! Tout est désordre dans la vigne du Seigneur, après la mort de son Fils. Jérusalem est en proie aux factions, et les aventuriers, rompus à toutes les scélératesses, supplantent les féroces intrigants qui croyaient bénéficier de l'héritage de leur noble et sainte victime. Appelé par la révolte, l'étranger «'avance,
résolu à une impitoyable extermination. Aveugle exécuteur des décrets de Dieu, il étreint la ville sainte, escalade ses remparts, et consomme par d'immenses destructions et d'horribles massacres les ineffables cruautés qu'a enfantées le désespoir. C'est fait, le peuple élu est devenu un peuple réprouvé. Ses vainqueurs le dispersent, et cette fois c'est pour jamais. Nouveau Gain, il va promener partout son inexter minable vie. C'est en vain qu'en passant il porte la main à son front maudit, il ne peut ni cacher, ni effacer la tache du sang divin qui le déshonore. Abhorré des peuples chrétiens et des infidèles eux-mêmes, il a traversé tous les âges, écrasé sous le poids des lois vengeresses qui lui rappelaient sans cesse son crime; et, bien qu'il soit devenu moins odieux à nos générations modernes, affadies par l'indifférence religieuse, il ne laisse pas que d'inspirer la défiance, comme s'il méditait encore quelque trahison et quelque forfait.
Son âpre cupidité a mis entre ses mains la richesse publique ; elle ne peut pas lui rendre l'honneur qu'il a perdu, ni refaire ses destinées. Un jour il put |espérer qu'un empereur, ennemi du nom chrétien, lui rendrait son temple et ses au-
tels. Mais Dieu confondit par un prodige son sacrilège espoir. La terre indignée s'ouvrit et le feu qu'elle vomit dévora les travailleurs qui voulaient faire mentir les oracles. La parole du Christ est accomplie : du temple ruiné il ne reste plus pierre sur pierre. Il semble même que Dieu ait craint de donner aune Jérusalem transformée par le christianisme une importance qui contrarierait ses vengeances. La ville que les croisés vainqueurs avaient réédifiée est retombée aux mains de l'islamisme, qui protège ses tristes ruines pour que, de tous les points du monde, on puisse y venir lire l'exécution de cette sentence : Malos maie perclet.
Le crime est châtié, mais la vigne du Seigneur n'a point péri. Les Juifs avaient dit : « Le maître louera la vigne à d'autres ouvriers qui lui rendront les fruits en son temps. » Voilà qui est fait encore. Dieu a pris dans la sève de son peuple répudié les ceps féconds d'où devait sortir une vigne nouvelle. Cette vigne, Messieurs, je vous en ai
raconté l'origine, décrit la nature, les propriétés, les notes caractéristiques : c'est la société extérieure et visible des rachetés, l'Église une, sainte, catholique et apostolique. Elle n'est point, comme l'ancienne, parquée dans une enceinte étroite et réservée. Le monde est le vaste territoire où elle croit sous la garde d'un nouveau sacerdoce. Les bataillons de l'armée angélique et les prières de ses saints la protègent mieux que n'était protégé le peuple élu. Constamment arrosée par le sang du Christ qui jaillit de son pressoir, elle en reçoit une immortelle vie et y mêle la sève généreuse de ses vertus. Personne ne peut la ravir au Maitre qui l'a plantée, et qui vient y cueillir, en toute saison, des fruits de sainteté ; aucun crime ne prévaudra contre la parole qui lui a promis d'éternels destins. Eglise de mon Sauveur, vigne bien-aimée, c'est de toi que l'époux disait dans le Cantique des cantiques : « Ma vigne est toujours sous mes yeux. »
Toutefois, Messieurs, si l'Église est assurée de l'amour protecteur et des bénédictions de Dieu, il n'en est pas de même des pouvoirs et des nations qu'elle renferme dans son vaste sein. Considérée dans son ensemble, la nouvelle vigne du Seigneur
est indestructible, mais cela ne veut pas dire que les quartiers déshonorés où se renouvellera le crime des Juifs soient à l'abri des vengeances du ciel.
Le Christ a confié la culture de son Egliee à son sacerdoce ; et il est dans l'ordre que le sacerdoce soit aidé, dans sa divine mission, par tous les pouvoirs que Dieu appelle à l'insigne honneur de gouverner les peuples chrétiens.
Eux aussi doivent être les vignerons du Seigneur. Non pas que leurs attributions puissent se confondre avec les attributions du sacerdoce, mais leur action, concertée dans une juste mesure avec celle des ouvriers sacrés, peut donner à la vigne du Christ de prompts et merveilleux accroissements. Ils se diminuent et commencent à déchoir, dès qu'ils se désintéressent de la religieuse culture des sociétés chrétiennes confiées à leur conduite, alors même qu'ils sont résolus à laisser au sacerdoce une entière liberté d'action. Mais, combien plus, s'ils ouvrent leur cœur aux ambitions sacrilèges, et prétendent s'attribuer le gouvernement suprême de l'héritage du Fils de Dieu* Les serviteurs du Père de famille leur deviennent odieux, et, pour étouffer leurs justes réclamations,
ils ne reculent pas devant le crime de la persécution. Malheur à eux ! Leur sentence est écrite dans l'Évangile et dans l'histoire des misérables dont ils ne sont que les plagiaires : — Mstloè maie perdet.
Vous venez de voir, Messieurs, que si Dieu laisse faire les persécuteurs, il ne se désaisit pas de son droit de vengeance. Le châtiment de la synagogue et du peuple juif est unohâtiment typique, qui doit se reproduire partout où il y aura des vignerons infidèles. Les conspirations, les morts violentes et honteuses, les invasions barbares, les renverse» ments de trône, les ruines d'empire ont cruellement et justement puni tous les pouvoirs dont la main profane s'est appesantie sur les travailleurs du Christ, sur les représentants de son autorité sainte, sur les revendicateurs de ses droits Je ne parle pas de ces empereurs payens, dont on ne pouvait espérer le concours dans la culture de l'Église. Mais, après eux, que sont devenus les princes qui, depuis Constantin, devaient payer de leur auguste protection la grâce de leur vocation chrétienne? Pour quelques-uns, qui se sont honorés par un pieux concert de leur action avec l'action du sacerdoce, combien ont cédé à la funeste
ambition d'absorber en leur personne tous les pouvoirs? Dogmatisants ridicules, fauteurs de schisme et d'hérésie, bourreaux des patriarches, des évêques, des prêtres et des fidèles, ils ont détaché de la vigne du Christ les belles Églises d'Orient, autrefois si prospères, si glorieuses et si saintes. Mais aussi quelle terrible exécution de la sentence évangélique : — « Dieu fera périr misérablement ces misérables : Malos maleperdet /» Souvent victimes de leurs mœurs dégradées, plus souvent des révolutions de palais, ils se sont amoindris de jour en jour par de tragiques successions. Les secours qu'ils ont mendiés à l'Occident n'ont pu prévenir la misérable fin de leur empire, aujourd'hui asservi par les mêmes infidèles qui achèvent l'exécution des vengeances divines contre l'ingrate Jérusalem.
Hélas, le sacerdoce ne sut pas toujours résister à ces usurpateurs de son pouvoir sacré. Plat serviteur de leurs caprices dogmatiques, il les suivit docilement sur les chemins de l'hérésie, quand il ne les y engagea pas lui-même, en subtilisant sur les vérités fondamentales du christianisme. C'est lui qui inventa ces pernicieuses erreurs qu'on peut appeler le meurtre intellectuel du Fils de Dieu.
onanisme, Nestorianisme, Euthychianisme, autant le coups mortels portés au Verbe incarné, puisjue ces hérésies aboutissent à la négation de sa livinité : par conséquent autant de crimes semblaîles à celui des Juifs déicides, autant d'appels aux ustes vengeances du ciel. Voyez comme elles sévissent sur les sectes orientales ! Hébétées par me longue et impitoyable oppression, elles ne .raînent plus qu'une vie mourante. Leur sacerdoce, ignorant et incapable de toute active et généreuse nfluence, ne semble plus se perpétuer que par un mouvement automatique. Sans considération, sans lonneur, il porte écrit sur son front ces trois mots vengeurs : Malos maie perdet !
Je pourrais, Messieurs, multiplier ces sinistres 3xemples, en parcourant l'histoire des nations chrétiennes ; mais il est temps de nous replier sur nous-mêmes, et de demander à notre parabole l'enseignement qui convient à cette portion choisie ie la vigne du Seigneur où nous avons été plantés.
Un grave historien a dit de la France « qu'elle a été faite par les évêques. » — Ces vignerons du Christ ont si bien travaillé qu'ils ont formé une nation célèbre, entre toutes les nations chrétiennes,
par les fruits de vie que le Père de famille en a
retirés, et par les services qu'il en a obtenus pour son Église. C'est de son origine, sans doute, qu'elle tient ce fort tempérament catholique qui, pendant de longs siècles, a si bien su résister aux envahissements de Terreur, qu'elle n'a jamais pu, quoiqu'elle fit. devenir nationale. C'est à son origine qu'il faut attribuer ce religieux accord des pouvoirs spirituel et temporel qui, pour avoir été troublé] quelquefois par des ambitions particulières, n'a pas laissé que d'être une habitude longtemps propice à la solidité de nos institutions et aux progrès de notre civilisation, non moins qu'au maintien de la foi et au développement de la vie chrétienne.
Nos pères aimaient à récapituler les grands faits religieux qu'ils appelaient : « Les gestes de Dieu par les Francs: Gesta Dei per Francos : » et, entre tous, la robuste protection dont ils ont entouré le Saint-Siège, après avoir assuré son prestige extérieur et son indépendance par la création du pouvoir temporel de la papauté. A ce chapitre des « gestes de Dieu par les Francs, » on peut ajouter le chapitre des a gestes de Dieu pour les Francs : » c'est-à-dire, la récapitulation des singulières bénédictions qui ont multiplié nos gloires
nationales, et des prodiges qui, plus d'une fois, nous ont sauvé d'une ruine imminente.
A ces bénédictions, à ces prodiges se sont mêlées, parfois, de sévères leçons de la justice divine. Un roi superbe, pour avoir souffleté le chef de l'Église par la main de son ambassadeur, mérita de ne laisser après lui qu'une mémoire exécrée, et d'étouffer dans les entrailles de ses trois vigoureux fils la branche directe des Capétiens. Un autre, que les hommes ont appelé sage, pour avoir favorisé le grand schisme d'Occident, prépara les lugubres événements qui eussent fait de la France une province anglaise, si la justice divine n'eut suspendu ses coups, pour laisser à une fille des champs, virginale personnification de la miséricorde, le temps de nous sauver.
Sauver la France ! Voilà, Messieurs, le grand geste de Dieu dans notre histoire. Les œuvres de sa justice semblent n'y apparaître qu'à titre d'avertissement; c'est toujours la miséricorde qui aie dernier mot. Il nous le fit bien voir, lorsqu'il nous préserva, contre toute espérance, de la flétrissure d'une domination protestante si fatale à la religion de l'Allemagne et de l'Angleterre. Rien ne rappelle mieux la tendre sollicitude du divin Père de
famille, à l'égard de son peuple élu, que l'ensemble de notre vie nationale. Nous ne sommes point, comme la nation juive, toute la vigne du Seigneur; mais, dans la nouvelle et immense vigne qu'il a plantée par les mains de son Fils et qui couvre aujourd'hui l'univers, nous pouvons nous flatter d'être une portion de choix, un quartier de bénédictions.
Merveilleuse, mais, en même temps, fatale ressemblance ! Voilà que nous sommes à la veille de voir se renouveler chez nous le crime de l'ingrate Jérusalem. Des sociétés ténébreuses s'agitent depuis plus d'un siècle dans les entrailles de la nation très chrétienne, préparant ce qu'elles appellent l'avènement au pouvoir de la démocratie. Si elles ne se proposaient qu'un but politique, je n'aurais point à m'en occuper ici, car la chaire sacrée n'est pas une tribune où se doivent traiter les questions profanes ; mais personne d'entre nous n'ignore l'infernale conspiration qui menace les plus chers intérêts des âmes et peut faire de nous, si elle réus« sit, une nation réprouvée.
Mort au Christ ! tel est le cri de ralliement de toutes les sectes révolutionnaires. N'ayant pu se maintenir au sommet de notre société qu'elles
avaient escaladé, dans un premier effort, à travers les'flots de sang, elles sont parvenues, cependant, à déposséder le Fils de Dieu du pouvoir public qu'il avait acquis sur nous, par la pénétration près de dix fois séculaire de sa doctrine et de sa loi dans nos institutions. La complète sécularisation, je pourrais presque dire l'athéisme officiel, du gouvernement et des lois fut leur premier triomphe. Triomphe incomplet, dont notre robuste tempérament chrétien, aidé des quelques libertés que les événements nous ont permis de moissonner, a retardé, pendant près d'un siècle, le suprême aboutissement ; triomphe funeste cependant, puisqu'il a énervé nos forces religieuses, et permis aux sectaires d'avancer sourdement leur œuvre de destruction.
Où en sont-ils aujourd'hui? A la veille d'une exécution définitive. Grisés par le pouvoir, que nos infortunes et notre sottise ont mis entre leurs mains, ils ne cachent plus leurs sacrilèges desseins. Sous les hypocrites réticences des temporisateurs, on peut lire cet encouragement que se donnent entre eux les impatients : — a Le Christ est l'héritier, tuons-le, son héritage sera à nous. » — Ils ont diaboliquement raison. Une France qui
cessera d'être chrétienne, avec sa légèreté et ses ardentes passions, ne manquera pas de devenir bientôt le peuple avili qu'ils comptent exploiter.
Donc, plus de Christ dans l'État! plus de Christ dans la loi ! c'est déjà fait. Plus de Christ dans l'école! c'est déjà commencé. Son image vénérée vient d'être brutalement arrachée par des mains impies des murailles, où elle semblait dire : « Laissez venir à moi les petits enfants »; bientôt, de par la loi, l'enfant n'entendra plus parler de lui ; ceux qui s'obstineront à lui rappeler son nom, son amour et ses bienfaits, seront en butte à de telles vexations, qu'il leur faudra peut-être renoncer à leur religieuse mission. Après cela, ce sera : plus de Christ dans les temples profanés ! plus de Christ dans la famille ! plus de Christ à la naissance î plus de Christ à la mort ! Le crime sera consommé, la portion choisie de la vigne du Seigneur aura passé tout entière aux mains de l'impiété triomphante.
Quels sentiments vous agitent, Messieurs, devant cette perspective ? —Vous n'êtes point, vous, de ces conservateurs abjects qui laissent aller les événements et s'imaginent que tout est sauvé s'ils ont pu préserver d'une criminelle atteinteleur caisse
et leur ventre. - Et après ? - Vous croyez d'une fo. ferme qu'il n'y a de salut pour nous que dans le Christ qui aime les Francs. - Et après?- Vous sentez profondément la blessure faite à notre honneur national par la déchristianisation projetée de notre cher pays. Et après ? Vous vous indignez, vous en appelez à la justice de Dieu et vous comptez sur l'exécution de cette sentence évangehque: Malosmale perdet. -Et après?Vous invoquez les souvenirs de notre histoire, et vous pensez que Dieu sauraintervenir à temps pour nous sauver des désastres religieux dont nous menace l'impiété. - Et après ? - Oui, après ? - Car, dans tout cela, je ne vois que des actes platoniques qui n'aboutissent à rien. Quand Dieu aura fait justice des Balthasars de la démocratie antichrétienne ne serait-ce qu'en les livrant les uns aux autres pour qu'ils se dévorent, serons-nous bien avancés, s'ils ont perverti l'esprit public au point de nous envelopper tous dans la sentence qui les condamne? Rappelez-vous cequeje vousdisaistout-à-1'heure. Dieu ne nous a point promis, comme à son Église d'éternels destins. Un quartier de sa vigne Speut périr, le monde est assez grand pour qu'il puisse y trouver des compensations. La France infidèle,
aussi bien que les autres nations de l'Europe, peut voir s'accomplir la terrible menace que l'exilé de Pathmos faisait entendre à l'une des église d'Asie : « Movebo candelcibrum\ j'emporterai ma lumière. » Le Christ fera luire sa doctrine et sa loi sous d'autres deux, et ceux qui l'auront répudié retomberont clans les ténèbres de la barbarie.
« Absit ! Absit! Qu'il n'en soit pas ainsi,» direz* vous avec les juifs de l'Evangile*2. Eh bien faites donc ce qu'il faut pour cela. Que cette devise : « Non est in alio aliquo salus : Il n'y a de salut que dans le Christ », soit, écrite non seulement dans votre foi, mais dans vos actions.
Priez, comme doivent prier des chrétiens convaincus que la gloire de Dieu et de son Christ est le plus cher de tous les intérêts. Demandez pour les ennemis de votre vie religieuse, non pas des châtiments, mais une lumière qui les éclaire, si c'est possible encore, sur l'injustice de leurs desseins et de leurs agissements et sur le triste sort qu'ils se préparent, en conspirant contre celui dont la justice est d'autant plus sûre et plus impitoyable,