‹ Retraites pascales (volume 4)Chapitre 30 sur 61 · SAINT JOUR DEJPAQUES ALLOCUTION · texte numérisé non relu

SAINT JOUR DEJPAQUES ALLOCUTION

Te ergo, quxsumus, famulis tuis subveni quos prxtioso sanguine redemisti.

Messieurs,

Par ces paroles de votre cantique d'actions de grâces, vous demandez au sang de Jésus-Christ de vous secourir et de vous protéger. Ce n'est pas à la croix que s'adresse aujourd'hui votre pieuse invocation, mais au sacrement d'amour qui vient de faire passer dans vos âmes le fleuve entier de la rédemption.

Je vous ai parlé des profondeurs sacrées de ce mystère. Sa vertu pénètre l'âme humaine jusqu'en ses replis les plus cachés; elle purifie, elle pré-

serve, elle stimule et accroît notre puissance pour le bien, elle nous configure au Christ rédempteur. En ce moment, vous êtes mieux disposés que jamais à comprendre et à goûter ce sublime enseignement ; car c'est par l'Eucharistie que le sacrifice du Sauveur atteint son efficacité suprême. Non seulement sa vertu nous y est appliquée, comme dans les autres sacrements, mais la divine victime nous y est incorporée.

Dans la communion, qui consommait les sacrifices de l'ancienne loi, l'hostie était partagée entre le prêtre et le peuple ; l'hostie de la loi nouvelle se livre tout entière à chaque communiant. La communion antique ne donnait qu'une chair morte et sans vertu; la communion nouvelle nous donne une chair vivante, où coule le précieux sang qui a racheté le genre humain.

Ce sang est en vous, Messieurs, invoquez-le. Dites-lui avec toute la ferveur de votre âme : « 0 sang propice, sang régénérateur, nous avons besoin de toi, en ces tristes jours, pleins de menaces pour notre foi, notre vertu, notre religion, notre vie; viens à notre secours : Famulis tuis subvenu »

Lumineuse rosée, pénétrée des splendeurs du

Verbe incarné, descends sur les yeux de notre intelligence ; fais-nous voir clair à travers la sombre nuée d'erreurs et de préjugés qui égare les pas de tant de chrétiens ; montre-nous le droit chemin de la vérité ; préserve-nous des tentations de la fausse science et de tout compromis avec l'esprit du siècle; donne-nous, dans une foi pure, une conviction si ferme que les triomphes de l'impiété ne puissent jamais nous ébranler, et que nous soyons prêts à mourir, s'il le faut, plutôt que de sacrifier une seule de nos croyances.

Sang du Christ, purifie-nous. Tu as lavé nos péchés, va jusqu'à leur racine maudite, et noie dans tes flots sacrés les convoitises que sollicite le monde par ses honneurs, ses richesses et ses plaisirs. Tu nous a rendu l'indispensable justice sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu, prépare nos âmes à la sainteté, en y étouffant les germes de nos vices. Là où s'épanouissaient les funestes habitudes d'orgueil, d'ambition, cVindépendance, de cupidité, de mollesse, de sensualité qui donnaient aux mondains le droit de suspecter notre foi, fais fleurir les saintes habitudes d'humilité, de modestie, de soumission, de désintéressement, de mortification, de chasteté. Mets notre vie d'accord avec nos croyan-

ces, afin que nous puissions opposer aux excitations impudentes du vice l'énergique et salutaire provocation de nos bons exemples.

Sang du Christ, fortifie-nous. La sainteté doit être le prix de nos combats ; mais nous sommes si faibles, que le moindre effort nous épuiserait si nous n'étions soutenus par ta divine vertu. Les athlètes, avant d'entrer dans l'arène, oignaient leurs membres d'huile et de vin pour les assouplir et les rendre plus robustes. Notre huile, notre vin, c'est toi, sang du Sauveur. Pendant que nous te possédons, inonde notre âme, affermis ses puissances; donne-lui, non seulement la solidité de la résistance, mais l'audace de l'attaque. Qu'elle ne se contente pas de repousser les assauts de ses passions, mais qu'elle les poursuive jusqu'en ces mystérieux replis de notre nature où elles se réfugient, après une première défaite, en attendant l'heure du réveil, et qu'elle les y écrase par de généreux sacrifices.

En nous fortifiant contre l'ennemi du dedans, fortifie-nous contre l'ennemi du dehors. Il a publiquement déclaré la guerre à tous ceux qui appartiennent à Jésus-Christ, et il a décidé, en attendant mieux, de troubler leur vie par des vexations bru-

taies ou raffinées. Il chasse de leurs demeures des citoyens sans défense au mépris de la liberté qui les protège. Son infernale malice sait créer des situations perplexes, qui obligent à choisir entre une soumission réprouvée par la conscience et le sacrifice d'une carrière honorée par de loyaux services. Gloire à ceux qui n'ont pas craint de lui répondre par le noble refus de leur complicité, et d'affronter, pour obéira leur conscience, les incertitudes de l'avenir. Sang du Christ, donne-nous la force d'être de ceux-là. Arme-nous de courage, pour protester pacifiquement, mais énergiquement, contre ceux qui substituent la force au droit, et pour flétrir toute atteinte à la religion, à la justice et à la liberté, par ce cri de l'austère et inflexible Jean-Baptiste : «Nonlicet: cela n'est pas permis1. »

Sang du Christ, adore en nous. Comme cette fumée sombre que le prophète voyait sortir du puits de l'abîme, les blasphèmes se condensent et montent vers le ciel pour insulter à la majesté du Très- Haut : blasphèmes de la plume et de la parole, du forum et de la rue, des repus et des affamés. Quel

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