‹ Retraites pascales (volume 4)Chapitre 36 sur 61 · ïn dolore paries filios. (Gènes., cap. m · texte numérisé non relu

ïn dolore paries filios. (Gènes., cap. m

Sauveur, héritiers directs de ses promesses et de sa toute puissante vertu, mais tous les hommes héroïques qui leur ont succédé dans les périlleux labeurs de l'apostolat. Autour du Calvaire, où furent fondées les premières Églises, des douleurs et du sang ; à Rome, centre vivant de la foi chrétienne, des douleurs et du sang ; dans toutes les contrées du monde où a retenti la bonne nouvelle, où a coulé l'eau sainte du baptême, des douleurs et du sang. Ces faits sont trop connus, Messieurs, pour que je les détaille. Rappelons-nous, seulement, qu'avant d'être la France de Clovis, deCharlemagne et de saint Louis, notre Gaule avait entendu, mêlé à la prédication de ses apôtres, le doux gémissement de ses martyrs. Ce gémissement nousarrive encore, de temps à autre, des plages lointaines où nos missionnaires évangélisent les infidèles. Il nous rappelle le sanglant mystère de notre berceau et la part que l'Église a prise, partout, aux souffrances de la rédemption, pour donner à son époux immolé des enfants de salut. Cette douloureuse maternité de l'Église crée, entre elle et nous, des Jiens si forts qu'on ne peut les rompre que par les plus exécrables violences. Semblable aux mères qui ont beaucoup souffert

LA MATERNITÉ DE l'ÉGLISE. 165

pour enfanter, l'Eglise aime les peuples, qui ont reçu la vie chrétienne de son fécond ministère, en proportion de ce qu'ils lui ont coûté. Elle admire en eux la force héroïque que Dieu lui a donnée, pour braver les persécutions et endurer tous les maux, afin d'être mère; elle les couve, en quelque sorte, de ses tendres regards, elle les étreint, elle ne veut pas en être séparée ; et les peuples euxmêmes, se souvenant qu'ils sont les enfants de ses douleurs et de son sang, ne peuvent se défendre de lui demeurer attachés. On peut égarer leur esprit par des calomnies audacieuses et des blasphèmes impunis, mais, pour déraciner de leur cœur ce reste d'amour filial qui, clans Tordre de la grâce aussi bien que dans l'ordre de la nature, relie toujours les enfants à leur mère, il faut recourir aux persécutions meurtrières qui font disparaître l'Église. Et encore arrive-t-il que la persécution ne produit qu'une absence momentanée, et ne fait que préparer une race nouvelle, plus saine, plus fidèle, plus aimée, plus intimement liée à sa mère par les souvenirs sacrés de la douleur et du sang.

Sainte épouse du Christ, mère des chrétiens, Église de mon Dieu, tu as plus d'une fois pleuré, depuis tes premiers enfantements, les tristes et

éclatantes défections des peuples auxquels tu avais donné la vie ; mais, il te reste encore assez d'enfants pour consoler ton amour maternel ; et l'effort enragé de ceux qui veulent te les ravir, en leur prouvant la solidité des attaches que tes souffrances ont affermies, leur donne à entendre qu'ils auraient tort de compter sur la réalisation stable de leurs rêves impies. Ils prétendent enfanter, dans la joie de leurs convoitises satisfaites, une nouvelle humanité. Ce n'est pas ainsi qu'on enfante. Dans tous les ordres, la loi de la génération demande des douleurs à ceux qui engendrent : in dolore paries, et quelquefois du sang. Et parce qu'ils sont avares de ces deux choses, ces modernes générateurs des sociétés humaines, on peut leur promettre un honteux et formidable avortement.

Attendons l'heure de la Providence, Messieurs, et attachons-nous, de plus en plus, à la mère douloureuse qui nous a engendrés à la vie chrétienne. Le bienfait que nous tenons de sa fécondité bénie doit nous être infiniment plus précieux que celui qui nous vient de nos mères selon la nature, car il surpasse tous les dons que la magnificence de Dieu a confiés à ses créatures pour les transmettre. Assurément, c'est un grand bien que la vie de la

chair qui nous introduit en ce monde, mais, puisé à des sources corrompues par le péché, combien il est fragile et peu durable ! Si fortement que nous y soyons attachés, si longtemps que nous le gardions, à travers les carrières tourmentées qu'il nous ouvre ici-bas, il faudra bien qu'un jour nous en soyons dépossédés, La vie que nous donne l'Église, descendue des sources pures de l'éternité, est dans nos âmes un écoulement de la vie même de Dieu. Elle nous incorpore au Christ rédempteur, et soumet notre essence et nos puissances à la bienfaisante action de la grâce dont il est l'universel principe. Elle sanctifie tout en nous : notre esprit auquel elle communique la sainte habitude de la foi, notre cœur dont elle dirige les désirs et les affections vers le souverain bien, nos passions qu'elle discipline et prépare à des services honorables, qui donneront, un jour, à nos convictions religieuses plus de fermeté et de force communicative, à notre amour plus d'ardeur dans le dévouement et le sacrifice, notre chair qu'elle travaille mystérieusement et dont elle marque tous les éléments pour la grande et joyeuse fête de la résurrection. Cette vie, aucune puissance du dehors ne peut nous la ravir. Si nous la perdons c'est que nous le voulons

bien : et, lorsque nous l'avons perdue, il nous suffit de la redemander à l'Église pour la recouvrer. Heureux qui la possède, heureux qui la conserve au milieu des tentations et des luttes de ce monde! Quand la vie mortelle que nous avons reçue de la génération naturelle sera dissoute, elle s'épanouira dans l'éternelle gloire et l'éternelle béatitude des deux.

Voilà, Messieurs, le précieux et immense bienfait de l'Église. N'avons-nous pas mille fois raison de l'appeler notre sainte mère l'Église : Sancta mater Ecclesia,. Mais continuez d'être attentifs; je veux justifier par d'autres considérations cette appellation si bien méritée.

Par notre naissance selon la nature nous sommes munis d'aptitudes et de forces que l'éducation doit développer et ordonner ; il en est de même de notre naissance selon la grâce.

La mère du genre humain, lorsqu'elle eût enfanté son premier-né, le prit entre ses bras et le

montrant au ciel poussa ce cri joyeux que répètent après elle toutes les mères : « Possecli hominem per Deum\ j'ai possédé un homme par Dieu.» L'Eglise, après nous avoir engendré par le baptême à la vie chrétienne s'écrie: « Possecli animant per Deurn : j'ai possédé une âme par Dieu. » En effet, toute âme régénérée, fruit de sa fécondité bénie, lui appartient, et, jusqu'au moment où l'éternité doit la saisir, l'Eglise fait valoir sur elle les droits de sa maternité spirituelle.

C'est par l'éducation qu'elle commence : éducation de notre esprit, de notre cœur, de notre volonté. Je n'entrerai point ici dans le détail de cette éducation. Souvenez-vous, je vous prie, de ce que vous avez entendu récemment, lorsque j'ai traité la question du gouvernement des âmes. Je vous ai montré PÉglise répondant à notre désir naturel de connaître par la solution claire et précise des questions fondamentales qui intéressent le plus notre existence ; à l'habitude de la foi que nous avons reçue de notre naissance spirituelle, par l'enseignement infaillible des vérités supérieures que la sagesse divine a fait descendre des cieux; à

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