Mattb., cap. xm
10 LE BON GRAIN ET L'i VRAIE.
serait embarrasser l'interprétation de notre parabole. Il suffit à notre édification qu'elle soit appliquée au temps présent et au milieu dans lequel nous vivons.
« Ager est mundus : Le champ , c'est notre monde. » Or, que voyons-nous dans le monde? — Du bon grain, c'est-à-dire des chrétiens fidèles à la vérité du Christ, confessant hardiment, au milieu des négations et des blasphèmes de l'impiété, son nom adorable, puisant aux sources sacrées qu'il a ouvertes la vertu de la rédemption, la vie surnaturelle, humblement soumis à l'autorité qu'il a instituée pour gouverner les âmes, faisant des préceptes évangéliques la règle de leur conduite, s'élevant, même, jusqu'à la pratique des conseils qui humilient, sèvrent, dépouillent, anéantissent la nature pour mieux manifester leur généreux amour : une Église, en un mot, où fleurissent la perfection et la sainteté, où l'on voit éclore, se multiplier, prospérer une foule d'œuvres admira-
LE BON GRAIN ET L IVRAIE
blos qui viennent en aide à toutes les misères humaines et perpétuent l'action rédemptrice du Sauveur. Voilà l'ouvrage du divin Semeur! Voilà ceux qu'il appelle « les enfants du royaume : £onum semen, hi sunt filii regnl1. »
Mais auprès de ce bon grain, mêlée à ce bon grain, que d'ivraie! Ah! le ténébreux travail du semeur infernal n'est que trop visible ! — L'ivraie qu'il répand à pleines mains est partout : elle est dans la raison, dans le cœur, clans les sens, dans tous les dons privés de l'homme ; elle est dans la nature entière, don universel de l'humanité ; elle est dans le talent, dans le pouvoir, dans l'attraction de toutes les forces publiques et sociales. Encore une fois, elle est partout, elle gâte tout, elle déprave tout, elle mêle aux épis, trop rares, hélas ! des enfants du royaume, la germination touffue « des fils d'iniquité : Zizania autem filii sunt nequam-. »
La raison ! — Combien qui ne croient qu'à sa puissance et proclament son indépendance absolue ! Cette faculté sublime, disent-ils, suffit à la