‹ Retraites pascales (volume 4)Chapitre 5 sur 61 · Matth., cap. xm · texte numérisé non relu

Matth., cap. xm

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connaissance de toute vérité. Il n'y a de réel que ce qu'elle voit, il n'y a de vrai que ce qu'elle comprend. Chimères, que ces régions obscures où on lui interdit de pénétrer, que ces mystères devant lesquels on l'oblige à s'anéantir ! Croire sans voir et sans comprendre, c'est se dégrader. Plus de ces prétendues vérités dont le dernier mot se cache dans la nuit d'un monde problématique ! Plus de ces formules surannées de l'imagination exaltée par le sentiment religieux, qui n'étaient que la préparation des formules exactes de l'esprit moderne! Plus de figures ! Nous entrons dans la réalité. La réalité, c'est le concept pur de la raison instruite par l'expérience. L'heure est venue où l'homme ne reçoit plus le credo ; il le fait.

Quel credo, Messieurs? — L'hérésie, contenue dans ses audaces par l'habitude de la foi, avait conservé une partie de l'enseignement chrétien ; la raison émancipée en a fait table rase. Au symbole immuable elle a substitué les systèmes mobiles, et, de l'alchimie des systèmes, il n'est plus resté qu'un vil résidu où l'on cherche en vain une dernière trace de spiritualisme. Les rares tenants de la première insurrection rationaliste, qui daignait reconnaître encore une religion naturelle, se comp-

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tent facilement ; le torrent des esprits révoltés contre l'enseignement chrétien descend aujourd'hui aux abimes de l'athéisme matérialiste.

« Domine, nonne bonum semen seminasti ? Seigneur, n'avez-vous pas semé le bon grain? » — Les vérités mystérieuses que vous avez daigné prendre clans l'arche sainte, où vous contemplez toute vérité, ne sont-elles pas autant de bienfaits dont nous devons être éternellement reconnaissants? Non, elles n'humilient pas la raison, mais elles l'appellent vers un monde supérieur, et bien loin de contrarier aucune des connaissances que la nature nous permet d'acquérir, elles les complètent, suppléent à leur insuffisance et préviennent leurs déviations. Si la raison peut s'élever, par ses propres forces, jusqu'à la notion d'un premier principe des choses, la révélation, semence de Dieu, nous éclaire sur sa nature , et nous fait connaître avec la plénitude de ses perfections le mystère de sa vie. Si la raison découvre dans le gouvernement de l'univers l'action d'une providence, la révélation déroule sous nos yeux les magnificences surnaturelles de ses desseins et de sa conduite. Si la raison, fatiguée des ombres et des labeurs de cette vie, aspire à d'autres destinées et entrevoit un monde

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meilleur au-delà de ce monde périssable, la révélation nous promet le rassasiement de tous nos désirs, clans la bienheureuse et éternelle possession du souverain bien. Si la raison s'étonne des effroyables misères de l'humanité, la révélation nous en apprend l'origine et nous en indique le remède. Enfin, si la raison, fascinée par les faits multiples du monde sensible, tend à s'appesantir sur leurs détails infinis et à oublier, dans le labeur d'une grossière expérience, l'autorité des principes que les sens ne peuvent atteindre, la révélation nous les rappelle impérieusement, et nous presse de rapporter toute connaissance inférieure à une connaissance plus élevée.

0 l'admirable semence ! Et la raison qui la reçoit est, elle-même, la première semence du divin Père de famille. Dieu l'a faite bonne, et c'est son droit de vouloir posséder le vrai. Mais il lui suffit de se mesurer elle-même pour savoir qu'elle ne peut ni tout connaître ni tout comprendre, et qu'elle doit attendre patiemment, dans les ombres du temps, les révélations de l'éternité. Elle ne se diminue pas en s'estimant moindre que la raison suprême, et sa bonté consiste, précisément, en cette rectitude de jugement qui contient ses am-

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bitions exagérées, et la dispose à recevoir du maître de la vérité tout qu'elle ne peut acquérir par ses propres efforts.

Oui, Seigneur, la raison est bonne, vos vérités sont bonnes, vous avez semé le bon grain dans votre champ. « D'où vient donc qu'il y a de l'ivraie : ï'iîdeergo habet zizania? — Inimicus homo hoc feclt : C'est l'ennemi quia fait cela. » 11 a perverti la rectitude native de l'esprit humain, en l'associant aux orgueilleuses pensées et aux ambitieux désirs qui l'ont précipité lui-même du ciel. Connaissant notre impuissance, il prévoyait nos écarts, et savait que nous persuader de vouloir tout connaitre, en ne nous confiant qu'en nos propres lumières, c'était nous préparer aux plus monstrueuses erreurs et multiplier l'ivraie clans le champ de Dieu. Hélas! les faits proclament qu'il n'a que trop bien réussi.

« Ager est mundus : Le champ, c'est le monde; » le monde où l'amour doit s'épanouir et produire de doux et glorieux fruits. Je les cherchent je vois le cœur humain replié sur lui-même ou livré à des prodigalités insensées. Les plus navrantes misères ne fléchissent pas son égoïsme, les plus saintes lois ne contiennent pas ses coupables ardeurs. Plus

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dépravé dans ses déportements que dans ses sécheresses, on le voit courir, de ci, de là, fiévreux et vagabond, mendiant des amours qu'il souille aujourd'hui et qu'il trahira demain. Il s'engage par des serments qu'il ne veut pas tenir ; il promet l'éternité qui n'est pas à lui ; il ment, et ne cesse de se parjurer que pour se moquer, à l'âge de l'impuissance, de l'amour dont il a abusé.

Que de cœurs profanés dans le vaste champ du monde! Et pourtant le divin semeur, en nous donnant le pouvoir et le besoin d'aimer, a voulu nous faire participer à l'une de ses plus touchantes perfections. « Lorsqu'il créa le cœur de l'homme, dit Bossuct, il y mit la bonté. » La bonté, mère féconde qui n'engendrerait que des affections pures, des unions saintes, des dévouements et des miséricordes admirables, si le cœur s'abandonnait à ses inspirations.

Mais, là où Dieu a mis la bonté l'ennemi a semé l'ivraie. Ne sachant plus aimer, il a rempli le cœur humain de pensées et de désirs égoïstes; il a étouffé en lui la noble passion de vouloir et de communiquer le bien ; il lui a persuadé de ne plus chercher que son propre contentement dans l'amour. Devenu menteur et traitre, par le renver-

sèment de sa nature révoltée, il a appris aux affections qu'il dérègle le mensonge et la trahison. Le cœur humain est gâté : C'est son œuvre : « Inimicus homo hoc fecit. »

« Ager est mundus : Le champ, c'est le monde.» Écoutez, vous y entendrez de tous côtés les clameurs des sens avides de jouissances et de plaisirs. Rien ne peut les repaître quand ils ont commencé à mordre au fruit défendu ; usés par l'orgie, ils ne sont pas encore satisfaits. Leur insatiable intempérance fait de la chair un fardeau dont se plaignent les âmes vaillantes qui veulent marcher dans le rude sentier de la justice, un abîme où les âmes molles perdent la conscience de leur dignité, le sentiment du devoir et le souvenir de leur haute destinée.

« C'est l'homme ennemi qui a fait cela : Inimicus homo hoc fecit. » Dieu avait semé le bon grain : c'est-à-dire, il avait créé les sens pour être les serviteurs et les ministres de l'âme. Ouverts sur la nature, ils ne devraient y prendre que les premiers éléments de nos connaissances, les dons qui alimentent le feu sacré de la vie, les jouissances légitimes qui la récréent, les biens dont l'amour fait ses largesses ; soumis à l'empire de 1 ame, ils ne de-

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viraient exprimer que ses nobles pensées et ses religieux sentiments, et, en échange de leurs services, Dieu leur avait promis un éternel repos dans une glorieuse transformation. Mais l'ennemi s'est emparé des sens. Il les excite, les tourmente, aiguise en eux d'inassouvissables appétits, réclame pour eux de coupables complaisances, jusqu'à ce qu'il les ait fait passer, d'une servitude tranquille et honorable, à une exécrable et honteuse tyrannie.

« Ager est mundus : Le champ, c'est le monde : » monde où l'industrialisme, l'agiotage et le mercantilisme accaparent l'activité humaine au détriment de notre noblesse native et de nos plus graves intérêts. Fier du mouvement qu'il se donne, des merveilles qu'il invente et des progrès qu'il accomplit, l'homme s'imagine qu'il est à la veille de devenir maître de toutes les forces de la nature ; en réalité, il en est devenu l'esclave, puisqu'elles ont l'étrange pouvoir de détourner ses aspirations vers la matière et d'y fixer ses impatientes et âpres recherches du bonheur.

Ce n'était point ainsi que le Père de famille entendait l'emploi de notre activité, lorsqu'il disait à l'homme : « Sois le maître : Dominamini subji-

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cité1. » Il l'investissait alors d'un royal pouvoir sur la nature entière. Tous les progrès étaient promis et contenus dans cette investiture; mais tous devaient s'accomplir sous la haute direction des aspirations qui soulèvent lame vers les régions éternelles où l'attend le souverain bien. Le Sauveur nous a rappelé cet ordre originel quand il prononça cette grave sentence : « Quxvite primo regnum Dei : Cherchez d'abord le royaume de Dieu2. »

Malheureusement, l'ennemi a passé par le champ du Seigneur. S'emparant de la nature comme il s'est emparé des sens, il lui a donné cette puissance de fascination qui nous trompe sur la valeur des biens que lui arrachent notre esprit inventif et nos opiniâtres efforts, Il nous a persuadé que le bonheur est là où se contentent notre sensualité et notre orgueil, et il a fait de nous des esclaves d'autant plus avilis qu'une fierté imbécile nous dissimule notre humiliation. Ces troupeaux d'êtres abjects qui ne demandent qu'à la nature tourmentée la satisfaction du divin appétit de la félicité,

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