Prov., cap. I
20 i AIMER l'église de tout son esprit.
l'Église du contact interdit de Terreur, ce n'est que le côté négatif de notre devoir d'amour filial ; nous devons, je l'ai déjà dit, soumettre toute notre vie intellectuelle à la direction de cet enseignement. C'est une erreur grossière et périlleuse de croire que notre intelligence peut se partager en deux régions : une région supérieure où l'on parque les vérités religieuses, une région inférieure où notre activité peut se livrer, sans frein et sans contrôle, à la recherche des vérités naturelles et scientifiques, et ne se point préoccuper de l'accord de ces vérités avec celles que l'Eglise enseigne. Cette sorte de séparation de l'Église et de l'État, dans notre personne, nous expose à des étonnements et à des tentations dont notre foi doit nécessairement pâtir, à moins que nous ne nous résignions à cette absurdité pratique : de donner dans notre esprit l'hospitalité à des croyances contradictoires. Absurdité, en effet, car, s'il y a des vérités de différents ordres, il n'y a en somme qu'une seule vé^ rite. De deux choses qui se contredisent, dès que l'une est vraie, l'autre est fatalement fausse. Or, Messieurs, la doctrine de l'Eglise émanant de Dieu, la vérité même, ne peut jamais être fausse; donc tout ce qui la contredit est erreur et mensonge.
Dans ces conditions, vous comprenez qu'il est impossible de la tenir à l'écart, elle déborde la région supérieure de l'intelligence où nous voudrions l'emprisonner, et s'impose à toutes nos connaissances pour les contrôler et les ordonner.
Ne m'imputez pas, je vous prie, une niaiserie qu'on nous reproche injustement : à savoir, qu'il faut se défier de la science, ou la forcer de conclure, malgré les données de l'expérience, en faveur du dogme inflexible. Ce n'est point ce que nous prétendons, lorsque nous réclamons la souveraine direction de l'enseignement de l'Eglise. Autant, et plus que qui que ce soit, nous sommes ennemis de ce zèle intempérant qui précipite, entre l'enseignement de l'Eglise et nos connaissances naturelles, un accord antiscientifique, plus préjudiciable qu'utile à la vraie foi. Nous savons qu'il y a des vérités de sens commun et d'expérience dont on ne peut nier F évidence. Si quelqu'une de ces vérités vous paraît en désaccord avec la doctrine que l'Église enseigne, c'est que vous entendez mal cette doctrine. Dans ce cas; vous devez vous la faire expliquer; vous rencontrerez toujours un homme instruit qui vous rendra ce service. Mais, sachez
bien qu'aucun dogme clairement défini et bien
206 AIMER L'ÉGLISE de tout son esprit.
compris ne peut contredire une vérité certaine. Dès qu'il y a désaccord entre ce dogme et une de vos connaissances acquises, tenez pour certain que cette connaissance est mal formée ou incomplète, et qu'il faut la modifier ou la perfectionner. Dans cette occurence, l'enseignement de l'Église, bien loin de nuire à notre savoir, en devient le régulateur. Si vous avez fouillé dans la nature, interrogé l'histoire , ausculté l'opinion, fouillez , interrogez, auscultez encore, jusqu'à ce que vous ayez établi dans votre vie intellectuelle une parfaite harmonie, et remerciez l'Église de vous avoir préservé, par sa divine doctrine, des tentations que suscitent en nos âmes les séductions de la science, le prestige de la critique et la tyrannie de l'opinion.
Et puis, Messieurs, n'est-il pas évident que cette suprême direction de l'enseignement de l'Église purifie, élève, sanctifie toutes les opérations de notre vie intellectuelle ? Soumis avec conviction à l'autorité infaillible de Dieu, respectueusement et sincèrement attachés à toutes les vérités qu'il nous a enseignées par la bouche de l'Église, pénétrant de l'influence de ces vérités toutes les connaissances dont s'enrichit notre intelli-
gence, ce n'est pas le triomphe de notre vanité et de notre orgueil que nous cherchons dans le savoir, mais Tunique gloire du Père des lumières. Nous avons atteint une des fins de l'amour filial, car l'amour tend à l'union, et nous devenons tous un seul et même esprit avec celle qui nous a tous engendrés par le même baptême : Unus spiritus unum baptisma. Enfin, nous pouvons nous flatter de posséder ce sens du Christ dont se glorifiait l'apôtre saint Paul l et que je vous souhaite de tout mon cœur. Ainsi soit-il.