‹ Retraites pascales (volume 4)Chapitre 44 sur 61 · Joan., cap. xiv · texte numérisé non relu

Joan., cap. xiv

âme en soumettant votre volonté à ses commandements.

Pour vous aider en l'accomplissement de ce devoir d'amour filial, je vais vous expliquer rapidement la portée des commandements de l'Église, et vous faire faire, en leur présence, un examen de conscience.

Le pouvoir légistatif de l'Église émane de Dieu. Nous avons remarqué, en traitant du gouvernement des âmes, qu'elle l'exerce de deux manières. Ou bien elle promulgue et interprète les lois de Dieu, pour mettre notre vie pratique d'accord avec notre foi et nos espérances ; ou bien elle édicté elle-même des lois qui ont pour but de rendre plus facile et plus parfaite l'observation des préceptes divins.

Bien que marquées au coin de la même autorité et tendant au même but, les lois que l'Église promulgue et interprète et celles qu'elle édicté n'ont point le même caractère. Les commandements de

Dieu sont immuables; l'Église ne peut ni les réformer, ni nous dispenser de leur observation, tandis que. maîtresse absolue de sa propre législation, elle peut y apporter les modifications qu'elle juge convenables, et en alléger le fardeau par des dispenses miséricordieuses qu'elle proportionne à nos besoins et à notre faiblesse.

Mais cela ne veut pas dire, Messieurs, qu'on peut ne pas prendre la législation del'Église au sérieux, et n'y voir que des indications bienveillantes qu'on est libre de suivre ou de négliger. C'est l'erreur d'un assez grand nombre de chrétiens, qu'on étonnerait beaucoup si on leur disait qu'ils ne sont, dans la pratique, que d'honnêtes protestants. Ils croient toutes les vérités enseignées par l'Eglise ; ils professent à son égard l'estime, le respect, l'amour même ; mais il leur semble que toutes les dispositions législatives qu'elle a prises, pour régler notre vie chrétienne, s'adressent ou à ceux qui ont le temps et la facilité de s'y conformer, ou à ceux qui éprouvent le besoin, dont ils ne sont nullement tourmentés, pour ce qui les regarde, d'ajouter au nécessaire de la vie chrétienne certaines œuvres de subrogation, ou à ceux qui se sentent incapables de suivre, sans cette direction,

les grandes lignes de la religion. Quant à eux, ils marchent, de plein pied et tout droit, sur ces grandes lignes, fidèles à ces maximes : que l'excès en tout est un défaut, et que le sage doit mesurer sa vie de manière à ce qu'il n'y ait, même en fait de religion, ni trop ni pas assez. Avec cela, ils sont tranquilles. Leur âme se met en rapport avec Dieu un peu comme elle l'entend, cela dépend des dispositions du moment; ils espèrent bien ne pas quitter ce monde sans avoir fait tout ce qui est nécessaire pour être sauvés.

Ils se trompent, Messieurs; la vie chrétienne ainsi entendue n'est point une marche ferme et directe, mais un voyage en zigzag où l'on risque fort d'être égaré par la fantaisie. Quand il serait vrai qu'il n'y a, dans ce que nous appelons les commandements de l'Église, que des indications maternelles propres à diriger pratiquement l'accomplissement de nos devoirs de chrétiens, nous devrions en tenir compte, et craindre de nous exposer, en les négligeant, à transgresser les lois divines, dans lesquelles il est impossible de ne pas voir ces fameuses grandes lignes de la religion qu'on ne voudrait pas abandonner.

La législation de l'Église, en effet, est tellement

liée à la législation de Dieu, tellement pénétrée de l'esprit et adaptée aux exigences de cette législation, qu'elle semble, lorsqu'on examine les choses de près, ne faire qu'un seul corps de droit avec elle.

Nous devons aimer Dieu par-dessus toutes choses et le servir saintement, afin d'obtenir la vie éternelle qu'il nous a promise. Mais, n'est-il pas évident que demeurer, volontairement et pendant de longues années, dans l'état de péché, qui l'outrage, être privé de la grâce, qui fait de nous ses amis et vivifie nos oeuvres, ne lui offrir que des actions sans mérite, c'est se mettre dans l'impuissance d'accomplir le premier devoir de toute vie chrétienne, je dis plus, de toute vie d'homme? Et, lorsque l'Église nous demande dejious purifier chaque année du péché par un aveu sincère, suivi du pardon de Dieu, fait-elle autre chose que d'assurer l'exécution du plus grand des commandements de la loi divine ?

Nous devons à Dieu le religieux hommage de notre âme, de notre corps, de toute notre personne, de toute notre vie, par l'adoration de sa très sainte majesté, par la reconnaissance et l'action de grâce pour tous ses bienfaits, par les humbles supplica-

tions qui implorent de sa paternité les grâces spirituelles et temporelles dont nous avons besoin. Mais, que d'oublis de notre légèreté et de notre indifférence à cet égard ! Et, quand bien même nous serions fidèles au devoir de la prière quotidienne, combien notre faiblesse isolée est peu de chose en regard de si graves et de si hautes obligations ! L'ingénieuse bonté de notre mère l'Église a tout prévu. Elle prévient nos oublis par le retour périodique de ses dimanches et de ses fêtes, qui nous rappellent les droits de Dieu et ses bienfaits ; elle vient au secours de notre faiblesse, en nous conviant à l'auguste sacrifice de la messe, pendant lequel nous pouvons unir nos sentiments et nos actes religieux à ceux de toute la communauté chrétienne, et faire adorer, remercier, intercéder pour nous le grand priant de l'humanité, Notre- Seigneur Jésus-Christ, prêtre et victime, qui parle à son Père par toutes les plaies de son corps immolé et toutes les gouttes de son sang divin, égale ses hommages à la majesté suprême qu'il adore, ses actions de grâces à l'amour infini auquel nous sommes redevables de tant de biens, et ouvre, en maître, les portes miséricordieuses par où toutes les grâces s'échappent du sein de Dieu.

Ce n'était pas assez pour ce doux Sauveur de nous délivrer du péché et de se substituer à notre misère infirme et suppliante ; il a voulu mettre le comble à son amour par l'union intime de sa personne adorable avec nos âmes. A cet effet, il a institué le mystérieux et ineffable sacrement de son corps et de son sang, et il nous a dit : Prenez et mangez. Mangez, c'est l'extension de mon incarnation qui se fait en vous ; mangez, c'est l'aliment de la vie chrétienne qui doit réparer vos forces épuisées dans le combat, relever votre courage et donner à votre amour de nouvelles ardeurs; mangez, c'est le pain des anges et le gage de l'étemelle félicité qui vous est promise; mangez, c'est le ferment sacré qui prépare en votre chair corruptible le grand travail de la résurrection. « Prenez et mangez : Accipite et comedite*. » — « Mais quand faudra-t-il obéir à ce commandement du Sauveur? Si ce n'est le profond sentiment de notre indignité qui nous éloigne de l'Eucharistie, ne sera-ce pas cette funeste lâcheté qui nous empêche d'amender notre vie pour la préparer à la visite intime de Dieu ? Calme tes frayeurs,

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