SATNT JOUR DE PAQUES ALLOCUTION
Te per orbe m terrarum sancta confite lur Ecclesia.
Messieurs,
Nous nous sommes quittés, il y a huit jours, sur ces paroles que j'empruntais au Psalmiste : « L'Eglise, semblable auxcieux, publie la gloire de Dieu. » C'est à peu près la même chose que vous venez de chanter tout à l'heure.
La mission de l'Eglise, dont nous avons étudié ensemble les diverses applications, peut se résumer en ces deux mots : Confesser Dieu, c'est-àdire affirmer son existence, manifester ses perfections, le faire connaître, aimer, bénir, glorifier
par toutes les créatures. Confession solennelle et plus nécessaire que jamais, en nos temps où la ténébreuse église de Satan conspire, non seulement contre l'œuvre de Jésus-Christ, mais contre toute religion.
Quel doit être, dans le monde, l'aboutissement du grand travail d'iniquité entrepris par la libre pensée ? Elle ne s'en cache pas : C'est Ja négation doctrinale et pratique de Dieu, l'athéisme social. Les âmes honnêtes se révoltent contre ce lugubre résultat des blasphèmes et des efforts de l'impiété, et demandent, à grands cris, qu'on laisse subsister dans les institutions publiques le dogme fondamental sans lequel il ne peut y avoir de vie morale pour l'individu, de garantie d'ordre pour la société ; mais leur confession incomplète ne saurait arrêter l'effroyable débordement d'athéisme qui menace de tout envahir.
Il n'y a que la confession de l'Église qui puisse résister à ce débordement, parce que, ne se laissant point emprisonner par les réserves d'un spiritualisme timide, elle seule rend à Dieu toute la gloire qui lui est due.
Vous le disiez bien tout à Theure, Messieurs : « La sainte Église, d'un bout du monde à l'autre
confessé Dieu : Te per orbem terrarum sancta confitetur Ecclesia. Elle le confesse tel qu'il est, dans la grandeur de sa nature, les splendeurs de sa vie, la perfection des œuvres : Père d'immense majesté : Putrem immcnsœ majestatis. Fils véritable, unique, vénérable comme son Père : Fenerandum tuum verumet iinicum Filium, Esprit Saint, consolateur des âmes : Sanctum quoque Paraclitum Spiritum. »
L'Église confesse Dieu par son existence même, en laquelle s'accomplissent les oracles qui lui ont promis l'immortalité, malgré les incessantes conjurations des forces ennemies de son impérissable vie : manifestation prodigieuse et permanente d'une toute-puissance que ne peuvent vaincre ni le temps, ni l'erreur, ni les passions, ni la violence, ni la mort.
L'Église confesse Dieu par ses divins caractères : d'unité, où se révèle l'autorité souveraine et la perpétuelle assistance du maître infaillible 'de toute vérité; de sainteté, où l'on voit resplendir la très pure lumière des perfections infinies communiquées à l'homme fragile par le Verbe incarné ; de catholicité, où Ton admire un droit de possession et une force d'expansion qui ne peuvent venir que
de Celui qui a reçu, avec l'héritage des hâtions, la royale puissance de les soumettre à son joug ; d'apostolicité, où l'on peut suivre la transmission continue des pouvoirs que Dieu lui-même a donnés à son Fils.
L'Église confesse Dieu par sa sainte hiérarchie, dont l'ordre magnifique et inébranlable ne pourrait subsister sans la miraculeuse intervention du Roi éternel et invisible, qui a promis d'être avec elle jusqu'à la consommation des siècles,
L'Église confesse Dieu par sa doctrine, sublime et populaire, progressive et inaltérable, donnant aux esprits qu'elle illumine confiance et sécurité dans la possession du vrai : lumineuse réponse aux importantes questions que s'adresse notre âme avide de savoir ce qu'elle est, d'où elle vient, où elle va ; révélation splendide qui ne nous laisse rien ignorer de ce que nous devons connaître, croire et confesser, pour nous préparer à la vision des choses éternelles ; miroir limpide, où nous contemplons, autant que notre faible intelligence en est capable en cette vie mortelle, les beautés de notre nature transformée par la grâce, les splendeurs de l'être divin, ses perfections, sa vie, ses œuvres, ses admirables condescendances, ses bien»
faits, et les grands biens qu'il nous promet pour un monde meilleur.
L'Eglise confesse Dieu par les nobles efforts de son zèle à arracher nos âmes aux étreintes des créatures et à les diriger vers le souverain bien, sur les voies lumineuses du devoir et de la perfection; par la fécondité de son gouvernement, qui remplit le monde des grandes œuvres de justice et d'amour, et enfante ces prodiges de vertus qu'on appelle les saints.
L'Église confesse Dieu par le soin jaloux avec lequel elle préserve nos âmes des atteintes de l'erreur et des vices, et par la pénétration d'une miséricorde inconnue à toutes les justices humaines dans les saintes rigueurs de la répression.
L'Église confesse Dieu par la constante dignité avec laquelle elle revendique l'indépendance que lui assure sa divine constitution, et par l'invincible courage qu'elle déploie dans la haute direction que Dieu lui a confiée sur les nations, pour les empêcher d'oublier, dans la poursuite d'une félicité qui passe, la fin suprême et éternelle à laquelle doit être ordonné le bien public de toutes les sociétés.
Oui, Messieurs, à l'heure où tant de voix sacrilèges font retentir le monde du blasphème que le
Psalmiste reprochait aux impies corrompus et abominables : « Non est Deus : Il n'y a pas de Dieu, » l'Eglise, orgue immense, fait entendre à l'univers entier, dans la puissante harmonie de sa constitution et de son gouvernement, ce cri vengeur : « Dieu ï Voici Dieu! Deus! Ecce Deus! Encore une fois, vous avez bien dit : Teper orbem terrarum snncta confitetur Ecclesia. »
Mais, dans l'universelle confession de l'Église, Dieu et le monde entendent aujourd'hui une strophe éloquente entre toutes. Cette strophe, c'est vous qui la chantez, Messieurs, vous, l'élite d'un grand peuple, réunis en ce temple, pour donner à Dieu un éclatant témoignage de respect et d'amour. Votre nombre, votre piété, l'acte auguste que vous venez de faire, c'est une confession. Un grotesque, comme il y en a tant parmi les apôtres de l'athéisme, a proposé dernièrement de choisir le jour de Pâques pour faire le recensement des fidèles sur lesquels Dieu peut compter encore. Eh bien! qu'il vienne ! La chrétienne assemblée de Notre-Dame l'attend pour lui prouver que la foule grossière et pervertie, à laquelle on arrache des manifestations d'athéisme, ne compte pas devant son intelligente et noble confession. La chrétienne assemblée de
Notre-Dame est prête à répondre à ceux qui blasphèment son Dieu : « Te Deum laudamus, te Dominum confttemur. »
Oui, mon Dieu, nous te confessons! Non pas comme les rationalistes timides qui se cachent pour adorer ta lointaine majesté, mais publiquement, tous ensemble et à pleine voix. Nous te confessons dans les splendeurs de ton inaccessible nature et dans la majesté humiliée de ton Fils, dans les perfections que nous révèle notre raison et dans les profonds mystères que nous enseigne l'Église. Nous te confessons comme créateur de toutes choses, comme Sauveur de nos âmes pécheresses que tu lavais hier dans le précieux sang répandu sur le Calvaire, comme aliment de notre vie surnaturelle que tu nourris aujourd'hui de la chair et du sang de ton Christ. On veut te chasser du monde, nous t'attirons en nous ; nous sommes unis à toi plus intimement qu'aucun ami ne peut être uni à son ami, et, dans la communion eucharistique où tu te donnes tout entier, nous rapprochons de ta vie divine tout ce qui nou.s est cher. Aux voix insolentes qui crient : « Non est Deus » notre âme honorée de ta sainte présence, enivrée de ton saint amour, répond avec transport : « Deus ! Ecce Deus ! »
Oh! la magnifique confession, Messieurs! Ne durera -t-elle qu'une matinée ? — Non, nous la prolongerons par des œuvres dignes de la religieuse manifestation à laquelle vous venez de prendre part. Vous veillerez à ce qu'il n'y ait désormais plus rien dans votre vie qui soit en contradiction avec les témoignages de respect et d'amour que vous venez de donner à votre Dieu, plus rien qui mérite ce reproche attristé qu'il pourrait adresser à tant de chrétiens, qui le confessent de bouche et le renient par leurs mœurs : « Vous me déshonorez : Vos inhonorastis me. » Vous travaillerez, sans relâche et de tout cœur, au triomphe de sa gloire outragée. Vous soutiendrez ses droits et les vôtres. Vous résisterez aux criminelles tentatives de ceux qui veulent lui arracher vos enfants. Vous direz intrépidement à l'athéisme légal : — « Tu ne nous prendras pas notre Dieu ; » et à ce Dieu que l'on veut chasser : « Reste avec nous : Mane nobiscum Domine. » Grand Dieu! Oublie ceux qui te renient, et n'écoute que la sainte Eglise qui te confesse : Te per orbe m terrain sancta confitetur Ecclesia.