‹ Retraites pascales (volume 5)Chapitre 14 sur 90 · Cant., cap. vin · texte numérisé non relu

Cant., cap. vin

L AMOUR PATIENT ET DÉVOUÉ

le moins qu'il peut de lui-même et est toujours prêt à recevoir des autres. Au lieu de soutenir celle qui n'est que son aide dans la vie commune, il l'écrase sous le poids de ses exigences ; et, quand vient l'heure de l'adversité, comme tous les égoïstes, il l'aggrave du fardeau de ses murmures, de ses plaintes, de ses reproches, de sa lâcheté.

Tout autre, Messieurs, est l'époux chrétien dont la grâce a perfectionné l'amour. Il a sans cesse présente à la mémoire cette parole par laquelle l'Apôtre exprime le dévouement du Christ pour l'Eglise, son épouse: « T radiait semetipsum : Il s'est donné tout entier. » Lui aussi il se donne : il se donne par son travail, il se donne par sa présence, il se donne par le constant empire de sa raison et la salutaire influence de sa sagesse,. il se donne par le sacrifice des plus douces jouissances de l'intimité. Il sait que de lui dépend l'avenir de la famille et que moins il épargnera sa peine, moins la mauvaise fortune aura de prise sur le bonheur de ceux qu'il aime. La mollesse, ennemie de la fatigue, lui semble un crime ; il veut, au prix de ses laborieux efforts, non seulement

faire face aux besoins de tous; mais créer l'ai-

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sance, afin d'alléger le fardeau de sa chère compagne et de lui rendre facile et doux l'accomplissement des devoirs du foyer. C'est bien assez qu'il la prive de sa présence, pour satisfaire aux obligations de sa vie de labeur et d'affaires, et, puisqu'elle aime à le voir et à se sentir auprès de lui, il préférera sa compagnie à toutes les joyeuses réunions où il pourrait se reposer et se distraire. Il multipliera les heures d'intimité, afin de travailler avec l'aimable patience d'un maître dévoué à la rendre meilleure et plus parfaite. La femme est, pour lui, selon la belle et touchante comparaison de l'Apôtre saint Pierre, un vase fragile qu'il faut soigner avec art et traiter avec honneur, parce que Dieu l'a rempli de sa grâce : Viri similiter cohabitantes secundum scientiam. quasi infinniorï vasculo muliebri impartientes honorem tamquam et cohœreclibus gratiœ vitae1. Il fortifie les parois délicates de ce vase par ses avertissements , ses sages conseils et , s'il le faut, par ses charitables et tendres reproches. Il est si respectueux de sa faiblesse qu'il lui sacrifie la plus grande joie de l'intimité, les dou-

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