Gen., car» iv
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tudes intellectuelles et morales s'insinuent et se gravent, on ne sait par quelles opérations mystérieuses, dans le vif de la substance qui attend le souffle de Dieu ; que l'âme de l'enfant, obéissant à la motion de son père céleste, reçoit, en touchant les parois dociles du corps qu'elle va animer, la motion de l'âme de ses parents terrestres. Plus cette âme est imbibée de vertus et imprégnée de grâces, plus elle est forte contre le poison des convoitises qui, dans l'acte redoutable par lequel la vie se communique, tend à pénétrer l'être qui va vivre. C'est pourquoi le premier acte de l'amour paternel, dans un générateur chrétien, est d'obéir à la loi providentielle plutôt qu'à l'égoïsme des appétits, et de s'emparer au nom de Dieu de la vie qu'il produit, afin de pouvoir dire : « Possedi hominemper Beum. »
De son côté la mère chrétienne comprend qu'elle doit aimer l'être qui vit en elle autrement que de cet amour d'instinct qui évite de compromettre son existence. L'enfant reçoit dans son sein chaque goutte de vie que de secrets canaux lui apportent, mais aussi chaque vive impression qui, de l'âme de sa mère, retentit dans son âme à travers les souples éléments de son
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Corps. — Soigne-toi bien, — dit la nature. — Respecte-toi, — dit la grâce. Et la mère chrétienne se respecte, sentant bien que pendant les mois, à la fois si doux et si pénibles, si mystérieux et si solennels de son attente, toute agitation déréglée de l'esprit, tout tourment du cœur, tout amour du plaisir, toute indulgence pour de trop vives passions peuvent devenir un crime. En se ménageant elle-même, c'est un autre qu'elle ménage; mais aussi, en se sanctifiant elle-même, c'est un autre qu'elle sanctifie. Elle le sent croître en elle, elle l'aime, elle le met de moitié clans toutes ses prières et ses bonnes œuvres. Ainsi, elle devance les leçons et les exemples qui doivent faire de lui un homme vertueux, et la grâce qui doit faire de lui un chrétien. Avant donc que ce cri d'allégresse retentisse dans la famille : — « Un homme nous est né î Natus est homo in mundam ! » — l'amour paternel et l'amour maternel ont déjà commencé l'éducation chrétienne.
Voyez, Messieurs, comme ces deux amours s'empressent auteur du berceau qui vient de recevoir le nouveau-né ! L'amour dit au père qu'il y a une vie de plus dans la famille et qu'il va falloir redoubler de courage et d'efforts. L'amour dit à
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la mève que l'heure est venue de se sacrifier. Honte à ces femmes sans cœur qui se hâtent de se débarrasser sur des étrangères de tout ce qu'il y a de pénible et de rebutant dans les soins de la maternité, pour ne pas gâter leur fraîcheur, et pour être plus tôt libres de reprendre le train de leur vie mondaine ! Honte à ces femmes légères qui croient avoir satisfait à toutes les obligations de l'amour maternel par des risettes, des caresses et des baisers La vraie mère, même lorsqu'elle n'écoute que la voix de la nature, comprend autrement son devoir ; combien plus lorsqu'elle est éclairée par la grâce ! C'est de sa propre vie qu'elle veut nourrir le fruit de sa vie ; c'est de ses propres mains qu'elle veut le soigner et le bercer. Pour elle, tout contact qui n'est pas celui de l'amour maternel , est un contact profane et quelquefois , hélas ! un contact dangereux. Les défaillances de l'âme, comme celles de la santé, sont trop souvent dues à l'immoralité des soins mercenaires auxquels les mères abandonnent leurs enfants en bas âge. Si la mère chrétienne cède parfois à l'impérieuse nécessité qui l'oblige à partager son amoureux office, elle n'y renonce pas. Ses yeux et son cœur veillent
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toujours et sur tout. Il n'y a pas à s'y méprendre, c'est elle qui est mère. Que d'amour elle prodigue, lors même qu'elle n'est pas payée de retour! Le berceau où repose une passivité égoïste, qui absorbe les bienfaits sans les retourner à leur source, est le rendez-vous des dévouements maternels : Veilles, angoisses, pleurs, délicatesses infinies, tout va là.
Mais, Messieurs, il faut voir plus loin que le berceau. Que deviendra l'enfant auquel l'amour se dévoue quand il sortira de son état passif pour entrer dans l'âge de l'action ? « Quis putas puer iste erit ? » C'est la question que se pose l'amour des parents, et c'est alors qu'il a besoin d'être éclairé par la grâce sur la grande œuvre de l'éducation.
Il est un amour grossier qui ne voit que des yeux de la chair, et n'a de sollicitude que pour ce qui tombe sous les sens. Le corps de l'enfant est pour lui une sorte d'idole dont le culte l'absorbe, et sur laquelle il se paie, par des caresses sensuelles, de ses soins et de ses peines. Non seulement il est attentif à tout ce qui pourrait nuire à ce petit Dieu, mais il a toujours peur qu'il ne défaille. Il le nourrit avec excès, pour le fortifier,
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il l'engraisse. Quelle belle chair ! On n'a jamais rien vu de pareil. L'amour charnel la caresse, l'embrasse, la mange de baisers, sans s'apercevoir, aveugle qu'il est, que le corps trop bien pansé s'enrichit, aux dépens de l'esprit, d'une énergie malfaisante. Mais, uniquement préoccupé du corps, il n'a jamais songé à l'esprit.
Au-dessus de l'amour charnel, il est un amour raisonnable dont la clairvoyance pénètre jusqu'aux sources de la vie animale, la seule qui se manifeste aux premiers jours de l'enfance, et qui considère le corps comme le temple d'une âme. Sous les voûtes de ce temple, l'âme est enveloppée de ténèbres, de corruption et de misère; il faut l'en tirer : educere ; c'est l'éducation. L'amour des parents, quand il est sage, épie le réveil de l'âme enfantine, et l'aide à se dégager de la vie des sens pour l'introduire clans un monde immatériel où brille la lumière du vrai et du bien. Il ne s'agit pas seulement d'orner cette âme des connaissances qui font l'homme sociable et intelligent, mais encore, mais par-dessus tout, de l'embellir des vertus qui font l'honnête homme. Il faut pour cela que l'enfant s'élève, des basses régions où domine l'instinct, aux régions supérieures où
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s'impose le devoir. Là, il apprend à user noblement de ses facultés, à mesurer ses actions, à dompter ses appétits, à régler ses passions ; là, germent et se développent les généreuses et saintes habitudes qu'on appelle des vertus ; là, l'homme devient prudent, fort, juste, tempérant, modeste, doux, chaste, dévoué, sage dans ses desseins, ferme dans ses résolutions, fidèle dans ses affections, imprimant à ses pensées, à ses paroles, à ses actions le même mouvement de droiture et de loyauté, également ennemi de l'excès et de la mollesse, sachant se préserver de l'enivrement dans le succès et de l'abattement dans l'adversité, plus attaché au devoir à mesure que grandit sa responsabilité, irréprochable dans sa vie publique comme dans sa vie privée, citoyen d'autant plus utile à son pays qu'il est plus honnête homme.
La sagesse humaine ne voit pas plus loin que cela. Cependant, Messieurs, il y a mieux à faire, et, je ne crains pas de le dire, si l'on ne tend pas à ce mieux le bien de l'honnêteté naturelle ne peut être atteint dans sa plénitude.
Ecoutez-moi bien : Au-dessus de l'amour charnel qui cultive le corps au détriment de l'âme,
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au-dessus de l'amour raisonnable qui se borne à former l'honnête homme, il y a l'amour chrétien. Or, l'amour chrétien, après avoir contemplé l'âme dans son temple de chair, contemple et vénère dans l'âme elle-même le temple de Dieu. Le père et la mère ont donné leur vie à l'enfant ; à quelque temps de là, Dieu lui a donné la sienne. Le Christ est entré triomphalement dans sa petite âme. l'a empourprée de son sang, marquée de son caractère, remplie delà vertu de FEsprit-Saint et imprégnée des habitudes divines auxquelles on reconnaîtra un jour le chrétien. Père, mère, la force génératrice de la nature n'a pu donner à votre enfant que votre sang, votre physionomie, et l'influence mal assurée de vos vertus ; la force génératrice du Verbe incarné lui a donné la grâce que vous possédez vous-mêmes. Comme chrétiens, vous habitez un monde mystérieux qui domine les plus hautes régions de la nature. C'est de là qu'il faut appeler l'enfant, c'est de là qu'il faut lui dire : Viens !
Le monde surnaturel est une terre chaude et libre où l'honnêteté fleurit, plus promptement. plus sûrement et plus à l'aise que dans les terres froides de la nature envahie par l'ivraie des ins-
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tincts et des convoitises. Dans ce monde, on apprend à connaître Dieu tel qu'il est ; ses traits augustes se dessinent plus vivement aux clartés de la foi qu'à la lumière affaiblie de la raison. La raison nous le représente comme un être inaccessible et froid, la foi nous dit qu'il est Père, qu'il nous a aimés jusqu'à nous donner son Fils et nous communiquer son Esprit ; que nous vivons de sa vie; que nous recevons de lui, chaque jour et à chaque instant du jour, un divin supplément de de force pour porter le fardeau de la vie et lutter contre tous les ennemis du devoir et de la vertu. Nous vivons de Dieu, nous sommes transformés par Dieu. Or, les vertus naturelles ne sont et ne peuvent être qu'une préparation à un si grand honneur, une ébauche de la perfection surnaturelle à laquelle doit tendre le chrétien. La vertu nous rapproche de Dieu, la grâce nous unit à lui; la vertu nous grandit, la grâce nous enlève et nous fait planer comme l'aigle entre la terre et les cieux. Elle ajoute à la nature des vertus qu'elle ne peut acquérir de son propre chef : la foi, l'espérance, la charité; elle embellit, elle surnaturalise les habitudes morales péniblement produites par
un légitime et généreux usage des facultés hu-
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mairies. Elle dirige la prudence par des conseils divins qui la dégagent de tout calcul intéressé, la préservent des erreurs subtiles où s'égarent les sages du siècle, et la transforment en cette haute et sereine sagesse dans laquelle on reconnaît la vive empreinte de la sagesse éternelle. Elle pénètre la force morale de la toute-puissance divine, et la rend féconde en actes héroïques. Elle donne à la justice une pudeur et des délicatesses exquises. Elle épanouit la tempérance en une foule de vertus austères et charmantes, dont le nom même est ignoré partout où il n'y a que des honnêtes gens. Enfin, Messieurs, dans le monde de la nature, le parfait s'appelle l'honnête homme, dans le monde de la grâce, le parfait s'appelle le saint.
Former l'honnête homme, perfectionner l'honnête homme par le chrétien, préparer le chrétien à devenir un saint : Voilà l'enchaînement sublime des devoirs de l'amour paternel et de l'amour maternel dans le mariage chrétien, le but sacré de cet acte du gouvernement domestique qu'on appelle l'éducation.
D'où vient que tous les parents n'ont pas un égal succès dans cette œuvre importante ? D'où vient que, dans un si grand nombre de familles,
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elle avorte misérablement ? — Est-ce parce qu'on ne tient aucun compte des lumières de la grâce ? — Pas toujours, Messieurs. L'amour chrétien le mieux éclairé sur ses devoirs et le mieux intentionné peut faire fausse route, s'il reste trop naturel dans son action, c'est-à-dire s'il ne s'abandonne pas à la constante direction de la grâce, et s'il n'est pas préservé, par cette direction, des illusions, des faiblesses, des négligences et des désaccords qui peuvent compromettre son gouvernement.
La plus commune et la plus dangereuse illusion des parents est de croire qu'ils peuvent être payés par un cœur d'enfant d'un amour égal à celui qu'ils éprouvent. « L'affection descend, dit un élo» quent prélat, elle ne remonte pas. Ne comprenant pas cette loi ou ne voulant pas se résigner à n'être pas payés de retour, le père et la mère s'abaissent jusqu'à des supplications dégradantes
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pour forcer le cœur d'un enfant qui parait insensible et froid et ne veut pas se rendre. On flatte, on mendie, on s'humilie, on se met à genoux. — Je veux être aimée, dit une jeune mère, et, avec cette idée fixe, elle couvre de caresses son cher nourrisson, elle l'accable de flatteries, elle ferme les yeux sur ses défauts, elle sollicite un sourire, un baiser, un mot, un regard par des moyens indignes d'elle, elle descend aux derniers expédients, elle abdique toute dignité. Et le fruit de cette illusion, le résultat de cette faute quel est-il? — C'est de faire de l'enfant une idole sans cœur, à qui l'on a fini par persuader qu'elle est nécessaire, quoi qu'elle fasse, au bonheur de ses parents1. » L'amour dirigé par la grâce ne laisse pas se produire dans la famille chrétienne ce monstrueux phénomène. Il sait que demander l'amour à une nature passive, qui ne songe qu'à recevoir, c'est frapper à la porte d'un sourd. Quand elle semble vouloir donner, il se défie des tendresses expansives et des caresses trop vives qui cachent presque toujours un désir égoïste. S'il espère ob-
1. Mgr Besson : Les Sacrements, vingt-septième conférence : Des devoirs du mariage.
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tenir la reconnaissance, il l'attend avec calme, et s'il s'efforce de provoquer l'affection, jamais il ne s'abaisse jusqu'à la mendier. Il veut bien se faire petit devant la faiblesse, mais non pas ridicule ; il a des tendresses exquises, mais il n'y oublie pas sa dignité. Il veut gagner la confiance, mais sans permettre ces familiarités indiscrètes qui déconsidèrent l'autorité d'un père et d'une mère et dégénèrent plus tard en une méprisable camaraderie. Il se résignerait à la froideur, plutôt que de sacrifier l'estime et le respect qui lui sont dûs. Et c'est ainsi qu'il reste fort contre les passions, les défauts et les vices qu'il importe de corriger. L'amour naturel, au contraire, victime de l'illusion, désarme facilement devant les résistances d'une nature fragile qu'il a peur de briser en la courbant, de trop bonne heure, sous le joug d'une salutaire autorité. Il exagère ridiculement les bonnes qualités qu'il voit poindre, et, d'autre part, il entoure d'une indulgence immorale les premières saillies de l'amour-propre, de l'envie, de la cupidité, de l'égoïsme, de la colère, de la sensualité, de la mollesse, qu'il faudrait réprimer par de mâles corrections. Sa faiblesse accorde tant de pardons que l'enfant croit pouvoir compter sur
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une perpétuelle impunité, et qu'il se laisse envahir par des instincts et des passions dont il ne pourra plus se rendre maître, quand viendra l'âge où la raison et la liberté, dégagées des liens de la matière, auront à se décider et à choisir entre le bien et le mal, la vertu et le vice, la grâce et la nature. X'est-il pas vrai, Messieurs, qu'un esprit de lâche condescendance a envahi la famille, et brisé dans les mains royales du père et de la mère le sceptre de la sainte justice ?
Ce sceptre, l'amour chrétien le tient d'une main ferme , car la grâce qui le dirige lui fait comprendre que l'œuvre de l'éducation est impossible sans l'autorité de la discipline et l'énergie de la répression. Il tient compte, sans doute, de l'ignorance et de la fragilité du jeune âge pour mesurer les corrections, mais quand il a promis de châtier, il châtie. Point de ces menaces sans effet que l'enfant tourne en dérision ; point de ces colères bruyantes qui déconsidèrent la justice; point de ces brutalités qui compriment les âmes et les poussent à l'abrutissement ou à l'hypocrisie. Il a une manière de corriger qui relève l'enfant à ses propres yeux, l'habitue aux luttes de la vie et lui prépare des victoires contre ses passions. Les
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verges, et j'entends par là toute punition sensible, les verges ne viennent qu'en dernier lieu ; mais elles viennent, lorsque l'enfant a compris lanéces* site d'une expiation et qu'on lui a fait voir que, dans toute faute commise, Dieu, la conscience et l'amour des parents sont les premiers offensés et blessés. « Qui aime bien châtie bien l », dit le proverbe. L'amour chrétien ne se méprend pas sur le sens de cette parole. Elle ne veut pas dire pour lui qu'il faut châtier beaucoup, mais qu'il faut châtier avec prudence, noblesse, grandeur d'âme, gagner la confiance des enfants, afin que, devenus coupables, ils s'abandonnent d'eux-mêmes à la discrétion de la justice domestique.
Préservé de la faiblesse par la grâce, l'amour des parents chrétiens ne laisse pas s'endormir l'austère vigilance qui doit garder, nuit et jour, les avenues d'une âme d'enfant. La négligence est proche parente de la faiblesse et complice des influences pernicieuses qui, du dehors, pénètrent dans une jeune âme pour la corrompre. Prétendre aimer un enfant, et laisser ouvertes toutes les portes par où le scandale lui arrive, c'est avoir
1. Quem diligit Dominus castigat. (Hob., cap. xn, 6.) — Ego quos amo arguo et castigo. (Apoc, cap. ni, 19.)
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perdu le sens. Et cependant. Messieurs, que de parents auront, de ce chef, un compte sévère à rendre à Dieu ! Ils s'étonnent et s'affligent de la précoce perversité d'une jeune nature à laquelle ils n'ont donné, croient-ils, qu'un sang pur et des instincts honnêtes, et ils ne s'aperçoivent pas que leur négligence l'a livrée sans défense aux envahissements du mal.
Gens de service, compagnons de jeu, amis de la maison, feuilles volantes, livres, dessins: autant de personnes et de choses dont il faut se défier. L'amour des parents chrétiens a toujours les yeux ouverts de ce côté, et protège l'enfant contre toute influence malfaisante du dehors. Il veut qu'il ne soit touché que par des mains respectueuses et pures ; il écarte impitoyablement les compagnies dangereuses et suspectes ; il impose silence aux libertés de langage qui pourraient porter la plus légère atteinte à la foi et aux mœurs. Comme la mère universelle des âmes, l'Église, qu'ils représentent au foyer domestique, les parents chrétiens ont leur inquisition et leur index qui ne laissent passer aucune erreur ni aucune immoralité, sous quelque forme qu'elles se présentent.
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Mais là où leur vigilance est plus attentive et plus sévère, c'est lorsqu'il s'agit de discipliner leur propre vie. Continuellement en présence de l'enfant, ils doivent être pour lui d'irréprochables exemplaires. Ils auraient beau initier son âme à la science du bien et des choses divines, parler de la beauté de la vertu et des mystères de la grâce, déclarer hautement leur dessein de former l'honnête homme, le chrétien et le saint, leurs graves leçons deviendraient à peu près inutiles s'ils négligeaient de faire parler leur vie, — « Instruis ton fils, dit la sagesse divine, ne te décourage pas : Erudi fîlium taiim , ne clesperes. Mais prends garde que ta vie ne devienne la cause de sa mort : Ad interfectionem autem ejus ne ponas animant tuam \ » — On est malheureusement tenté de se mettre à l'aise dans l'intimité, et Ton oublie facilement que l'enfant, qui se glisse partout, est, à son détriment bien plus qu'à son avantage, un observateur attentif et sagace; que ce qu'on croit avoir échappé à sa légèreté, est recueilli par son instinctive curiosité, et que ses petites passions fermentent