‹ Retraites pascales (volume 5)Chapitre 24 sur 90 · Philipp.. cap. iv · texte numérisé non relu

Philipp.. cap. iv

chrétienne est épanouie, gaie, heureuse, mais le saint amour de Dieu purifie la joie dans tous les cœurs. Elle est, comme le travail, un hymne au maître adoré qui la règle et la sanctifie.

Dieu règne ; — et c'est dans la douleur qu'il fait mieux sentir son aimable présence et son bienfaisant pouvoir. — La douleur, hélas ! a ses entrées dans toutes les familles. Un peu plus tôt, un peu plus tard, il faut s'attendre à se trouver en face de cette cruelle visiteuse. Quand elle a frappé ou blessé les cœurs, qui peut consoler et adoucir leurs souffrances? Nous comptons, Messieurs, sur les affections humaines ; elles ont bien quelque chose à nous donner. « On éprouve, dit un vieil auteur, une sorte de volupté à souffrir, dès qu'on pleure sur le sein d'un ami, car, là, il y a toujours encouragement et indulgence l. » Mais les meilleurs amis se fatiguent bientôt de consoler et, trouvant la douleur importune, ils esquivent ses épanchements. Et lorsque le cœur de ceux qu'on aime est frappé du même coup qui a blessé le nôtre ;

1. Est qurcdam dolendi voluptas pnesertim si in amici sinu defleas, apud quem vel laus sit parata, vel venia. (Plin., lib. VIII.)

lorsque la douleur se rencontre dans une famille où tous les cœurs souffrent de la même blessure \. d'où viendra la consolation et le reconfort? Ah, sans doute, il y a douceur d'aimer et d'être aimé dans la peine î mais aussi la peine s'accroît de celle qu'endurent ceux qu'on aime ; et c'est assez pour faire sombrer les affections humaines dans le désespoir.

Messieurs, ce lugubre compagnon de la douleur n'entre point dans les familles chrétiennes, parce que, là, tous les cœurs souffrants, appuyés l'un sur l'autre, se retournent ensemble vers Dieu. Le saint amour, qui les unit et les rapproche d'un même consolateur, leur fait adorer dans la douleur les mystérieux desseins d'un maître qui marie toujours sa miséricorde à l'épreuve. Touchés en même temps de la même grâce, ils se renvoient de l'un à l'autre ces consolantes paroles : — « Nous souffrons, mais Dieu n'a pas cessé de nous aimer. — Ceux qui ont le bonheur de lui plaire doivent lui rester fidèles dans la tribulation1. — Souffrons comme le divin patient dont nous era-

■1. Omnes qui placuerunt Deo per multas tribulationes.

transierunt fidèles. (Judith., cap. vill,23.J

brassons la croix et nous serons glorifiés comme lui'. — Souffrons, la douleur n'a qu'un temps et sera récompensée par une gloire éternelle"2. » C'est Dieu qui parle clans ces cœurs chrétiens. Les familles où son règne est établi sont habituées à ce langage d'amoureuse résignation. La mort ellemême, la mort si impitoyable et si cruelle, n'y engendre pas d'incurables chagrins, car Dieu la suit de près et vient caresser les cœurs qu'elle a déchirés. Sous ses coups, la nature se désole, c'est vrai, mais la grâce, comme une huile bénie, tombe, d'une main invisible, sur toutes les blessures. Près de la dépouille d'un enfant trop tôt ravi à l'amour de ses parents, les cœurs chrétiens entendent les anges chanter : — « Dieu l'a pris de bonne heure, de peur que la malice du siècle ne pervertît sa chère âme3. — Heureux ceux qui sont appelés aux noces de l'agneau. » — Au-dessus du

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