‹ Retraites pascales (volume 5)Chapitre 27 sur 90 · Joan., cap. xvi · texte numérisé non relu

Joan., cap. xvi

2. Ubi suât duo vel très congregati in nomine meo sum in medio eorura. (Matth., cap. xvin, 20.)

toutes les nobles et justes causes. C'est là que l'Eglise va chercher ses plus intrépides défenseurs ; de là que le pays reçoit ses plus utiles et plus dévoués citoyens.

Même dans l'âme des misérables qui ont trompé les espérances de la famille chrétienne, la religion du foyer garde une mystérieuse puissance par laquelle ils seront un jour heureusement vaincus. Dans tous les sanctuaires domestiques où ils ont laissé une place vide, ceux qui les ont aimés ne se réunissent plus sans penser au cher infidèle. L'amour, les désirs, les prières s'élancent de tous les cœurs comme des flèches ardentes et volent à sa poursuite. Et voilà que, tout à coup, il se sent arrêté par une main invisible dans les égarements de sa vie prodigue. Des ombres éplorées lui apparaissent à travers la nuit sombre où il s'est plongé ; il croit entendre les voix de son père, de .sa mère, de ses frères, de ses sœurs murmurer près de son cœur troublé : Pater noster. Son enfance, son innocence, ses émotions et ses joies de famille lui reviennent à la mémoire. Il pleure, il prie, il est vaincu. Le souvenir de la religion du foyer a triomphé.

J'ai fini, Messieurs, et je me demande si vous

LE SAINT AMOUR. 9i>

n'allez pas me reprocher de m'être tenu trop loin des réalités de la vie contemporaine pour vous parler de la sainteté et des devoirs du mariage chrétien. Tous ces perfectionnements de l'amour, me direz-vous, s'ils sont vrais en théorie ne le sont guère en pratique. L'amour pur et fidèle dans l'union conjugale, l'amour patient et dévoué dans la vie commune, l'amour des parents toujours éclairé et dirigé par la grâce dans le gouvernement domestique, le saint amour établissant le règne de Dieu dans la famille et faisant resplendir la religion du foyer, autant de choses parfaites qui n'appartiennent qu'au mariage idéal.

Je le sais, Messieurs, et je ne me défends pas d'avoir voulu vous élever jusqu'à cette hauteur. J'aurais pu, aussi bien que d'autres, vous peindre les laideurs et les difformités et vous reprocher amèrement les désordres de l'union conjugale ; mais j'ai pensé qu'il valait mieux vous montrer que je vous estimais et que je ne désespérais pas de vous amener à la perfection. Ce ne sont pas des caricatures et des charges, ni même des tableaux d'un réalisme vulgaire qu'on met sous les yeux des artistes sérieux dont on veut stimuler le talent, mais des chefs-d'œuvre où l'idéal vit et

palpite. Au lieu de vous faire dire, devant des peintures plus ou moins bien réussies des fautes qui déshonorent le mariage : — Je vaux mieux que cela, — j'ai préféré mettre sous vos yeux le modèle qu'il faut imiter. Et maintenant, « regardez et faites selon l'exemplaire sacré que je vous ai montré : Inspice et fac secundum exemplar quod tibi monstratum est1. » Vous n'arriverez peut-être pas à le copier fidèlement, mais, si j'ai pu obtenir que vous corrigiez dans vos unions et dans vos familles ce qui jure violemment contre le type chrétien, si j'ai pu vous décider à profiter de la grâce, dont vous avez été les ministres et que vous avez reçue en vous mariant, vous serez bientôt convaincus de la vérité de cette parole du saint Concile de Trente : ce La grâce perfectionne l'amour : Gratia perflcit amorem naturalem. »

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