VENDREDI SAINT CINQUIÈME INSTRUCTION
Sacramentum hoc magnum est : ego autem aico in Cbristo et in Ecclesia.
(Ephes., cap. v, 32.)
Monseigneur,' Messieurs.
Le mystère de douleur et de mort, qui attriste aujourd'hui les cérémonies de l'Église et nos cœurs chrétiens, n'est point étranger aux vérités que nous avons méditées ensemble, pendant le cours de notre station et de notre retraite. La sanglante tragédie du Calvaire est un mariage dont nous sommes tous issus.
Vous vous rappelez, sans doute, que saint Paul, rapprochant le mariage chrétien de son type divin , nous a dit : « Ce sacrement est grand, grand d'à-
bord dans le Christ et dans son Église : Sacramentum hoc magnum est, ego autem dlco in Chrlstoet inEcclesia.t> A l'époque oùl'Apotre parlait ainsi, l'union du Christ et de l'Église était déjà, depuis plusieurs années, contractée et consommée . Les premières générations chrétiennes en pou vaient admirer l'opulente fécondité. Pour nous, cette fécondité est plus admirable encore. Le nombre immense des enfants qu'elle a produit est une des beautés caractéristiques de l'épouse du Sauveur, car, chose prodigieuse qu'on ne rencontre point dans les familles humaines, ces enfants s'incorporent à leur mère et deviennent l'épouse ellemême que le Christ a aimée et pour laquelle il s'est livré.
Mais où le Christ Ta-t-il prise cette épouse ? Près de quel autel a-t-il échangé avec elle ses serments ? Sur quel lit nuptial l'a-t-il fécondée ? — Messieurs, regardez la croix ! — Chaque année elle a pris à nos yeux un nouvel aspect. Nous l'avons saluée, successivement, comme un refuge sacré près duquel la France repentante pleurait ses fautes et chantait son Miserere* ; comme une
1. Cf. Retraite 1872 : Le Miserere de la Fronce aupied de la croix.
massue dont le bras tout-puissant de Dieu s'est servi pour renverser et écraser les idoles chères à nos passions ■ ; comme un livre divin dans lequel nous apprenions à connaître la grandeur et la misère de l'homme2 ; comme un trône d'où le roi des martyrs nous invitait à compatir à ses douleurs3; et d'où l'humanité du Sauveur, psaltérion vivant, faisait entendre ses derniers chants J; comme une chaire, à la fois lugubre et glorieuse, près de laquelle nous avons compris le grand et profond mystère de la souffrance chrétienne5; comme un autel universel dont le sacrifice devait se renouveler, jusqu'à la fin des siècles, dans les temples de la loi nouvelle r- ; comme l'instrument de la justice divine infligeant au péché le châtiment qu'il mérite7; et enfin comme l'étendard de toutes les œuvres de l'amour chrétien8. Au-