Cf. Retraite 1885 : Jésus victime du péché
s. Cf. Retraite 1886 : La Croi x, étendard des œuvres catholiques.
jourd'hui, la croix est le théâtre des engagements sacrés qui unissent le Christ à son Église, le lit nuptial où l'humanité chrétienne est enfantée. ~ O croix, parle-nous des noces sanglantes de mon Sauveur ! Nous voulons savoir comment elles ont été préparées, comment elles ont été célébrées, comment elles ont été bénies de Dieu.
L'amour est, de toutes les causes qui préparent et déterminent l'union conjugale, la plus naturelle, la plus universelle, la plus honnête et la plus puissante. On le rencontre, dit saint Thomas, jusque dans les êtres inférieurs sous la forme d'une inclination fatale, d'un instinct, d'un appétit1. Dans le cceur de l'homme, c'est une noble passion que la raison éclaire et dirige, et qui se fixe par un acte libre, par un acte de préférence et de
1. Est hoc commune omni nature, ut habeat aliquam inclinationem, qua? est appetitus naturalis vel amor. {Summ. Theol. I. P., qurest. 60, a. 1.)
choix, à l'objet qui la réveille de son assoupissement et la fait tressaillir. Que tout soit absolument désintéressé dans cet acte ; que l'amour humain n'ait pas d'autre but que de mettre en pratique cette belle définition : « Aimer est vouloir du bien à celui qu'on aime : Amare est velle bonum alicujus, » c'est impossible, Messieurs, dès qu'il s'agit d'une nature imparfaite comme la nôtre. Quand l'homme cherche et se prépare une union, il ne s'oublie pas lui-même. Des motifs d'ordre inférieur rabaissent et déflorent quelquefois son amour. S'il n'y mêle pas toujours de grossières considérations d'intérêts où d'appétit charnel, il veut au moins satisfaire au besoin de fixer sa vie, et s'assurer le bénéfice et les douceurs d'une société intime qui double, en quelque sorte, son être, fondu avec un autre être dans les mêmes pensées, les mêmes sentiments, les mêmes goûts, les mêmes désirs, la même destinée.
Rien de pareil, Messieurs, dans le merveilleux amour qui prépare et détermine les noces du Christ et de son Église. « Le Christ, dit l'Apôtre, a aimé celle qu'il voulait épouser : Christus dilexit Ecclesiam. » Dans sa dilection tout est désintéressement et pure bienveillance. Verbe de
Dieu, il goûte éternellement dans le sein de son Père une béatitude qui rassasie son infinité. Il ne peut pas ne pas être ce qu'il est, et ne pas jouir du bonheur dont il jouit. Il reçoit infiniment et il donne infiniment. Son union avec le Dieu qui l'engendre et l'Esprit-Saint qu'il produit avec son Père est de toutes les sociétés la plus intime et la plus ineffablement heureuse qui se puisse concevoir. C'est bien le cas de dire avec le Psalmiste : « 0 Dieu, tu n'as pas besoin de mes biens : Bonorum meovum non eges1. » Que viendraistu chercher sur notre misérable terre ? Il n'y a là que le bien que tu y as mis toi-même, qu'une goutte, une toute petite goutte du bien dont tu es l'immense et intarissable source. Quelle beauté pourrait te séduire en ce bas monde, toi qui est la beauté même, perpétuellement ravie par les charmes infinis des personnes divines dont tu es à la fois l'image substantielle et le principe ? Aimenous du paternel amour que le créateur doit à sa créature, et réserve ton amour d'union pour les divins consorts de ta perfection et de ta gloire. Et pourtant, Messieurs, le Christ a aimé son
\. Psalm. XV.
Église : Christus dilexit Ecclesiam. Si je n'avais peur de faire injure à son intelligence infinie, je dirais qu'il a rêvé éternellement de l'épouse qu'il voulait, par pure bonté, associer à sa personne adorable et à sa divine fécondité. Avant que le monde, où elle devait éclore, fût sorti des ombres du néant, il la voyait et il l'aimait. Il pourra lui dire un jour : « In perpétua charitate dilexi te, icleo attraxi te miserans[ : Je t'ai aimée d'un amour éternel et t'ai attirée miséricordieusement vers moi. »
Le monde commence et avec lui les préparalions divines. Dans le plan de Dieu, tout est ordonné à la gloire du Christ et de son Église. Le paradis de délices est une lointaine image du ciel, où l'épouse doit être béatifiée pendant les siècles des siècles par les embrassements de son époux. L'indissoluble union du premier homme et de la première femme, en une seule chair, figure leur union. Avec quel soin le Verbe préparateur recueille les éléments vivants dont il fera, le jour de ses noces, ce beau corps mystique dont il veut être la tête : « corps indestructible, compact, connexe par fu-