LUNDI SAINT PREMIÈRE INSTRUCTION
Messieurs-,
La notion catholique de la mort, qui nous a servi de point d'orientation pour aller à la découverte du dogme de la vie future l, est une notion pratique en même temps qu'une notion scientifique. On ne saurait trop la méditer.
Après avoir guidé notre raison, elle peut nous servir encore à diriger et à discipliner notre vie. « 0 mort! ton conseil est bon, » dit le sacre : « 0
1. Cf. Exposition du dogme catholique, quatre-vingtonzième conférence : La Mort.
mors! bonum est judicium tuum1. » Rien de plus efficace, en effet, que la pensée de la mort pour nous préparer à entrer dans notre éternité.
Et pourtant, il est un fait que je constate, — et en le constatant, Messieurs, je prétends ne faire injure à personne, — c'est que nous n'aimons pas à pensera la mort, et que nous en écartons autant que possible le souvenir. Nous en sommes arrivés à ce point de ne plus souffrir autour de nous les dépouilles de ceux qui nous furent chers, et de les reléguer loin des lieux que nous habitons. Autrefois, on n'entrait à l'église, image de la Jérusalem céleste, qu'après avoir traversé le champ des trépassés. On leur envoyait, en passant, un souvenir et une prière, et du fond de leurs tombeaux, dont une main pieuse renouvelait les fleurs, ils répondaient aux douces prévenances de la charité par ce solennel avertissement : « Souviens-toi qu'il faut mourir : Mémento mori. »
En bien des lieux, on a changé tout cela, au grand contentement de ceux qui se préoccupent de la santé publique. Je ne m'en prends pas à eux ; j'aime à croire à leurs bonnes intentions; mais je