Gen., cap. i
visiter?... Vous l'avez couronné de gloire et d'honneur et l'avez mis à la tête des œuvres de vos mains : Tout est sous ses pieds1. »
Mais entendez -le bien, Messieurs : la royauté de rhomme ne subsiste qu'à une condition d'ordre que nous ne pouvons renverser sans préjudice pour notre dignité. Cette condition c'est notre union fidèle au principe de toute vie, l'aspiration incessante de notre âme vers Dieu, aspiration dans laquelle se résument et se transforment providentiellement les tendances et les mouvements des êtres inférieurs. Ils nous implorent, et nous demandent de les faire sortir de leur néant et de les relever de leur abjection. Nous sommes indignes d'être leurs maîtres si nous ne savons pas comprendre leurs plaintes et leurs gémissements. Tout est à nous, mais pour Dieu; tout est à Dieu, mais par nous. Voilà la condition d'ordre dont dépend notre dignité. Or, le propre du péché est de troubler cet ordre, puisqu'il détourne notre âme du souverain bien pour la fixer sur un bien périssable.
\. Quid est homo quod memor es ejus? Aut filius hominis quoniam visitas eum? Gloria et honore coronasti eum; et constituisti eum super opéra raanuum tuarum. Omnia subjecisti sub pedibus ejus. iPsalm. VIII.)
Cette volte-face arrête le mouvement d'ascension qui sanctifie tous les êtres en les faisant passer par notre âme sanctifiée. Commettre le péché, c'est signer en présence des créatures l'acte fatal de notre abdication.
Hélas! Messieurs, cette abdication de notre dignité royale est pour un grand nombre d'entre nous un acte depuis longtemps consommé. J'ai honte de le dire, mais puis-je le taire, quand notre vie nous accuse? Puis-je inventer des mots qui racontent nos fautes et cachent notre déshonneur? Impossible! et en présence de l'humiliation que nous inflige le péché, je n'ai plus à la bouche que ces énergiques et profondes paroles du Psalmiste : « L'homme était à l'honneur, il ne l'a pas compris. En péchant il s'est rendu digne d'être comparé aux bêtes sans raison et il est devenu leur semblable *. » Nous aurons beau crier à l'exagération, et faire appel aux plus fiers instincts de notre nature, ces mots terribles nous poursuivent et nous accablent. Ni les remparts derrière les-
1. Homo cum in honore esset non intellexit. Comparatusest jumentis insipientibus et similis factusest Mis. (Psalm. XLVI1I.)
loi LA MORT ET LE PÉCHÉ.
quels s'abrite notre orgueil, ni le secret sanctuaire où l'amour-propre s'adore ne peuvent nous préserver de cette révélation vengeresse. 0 homme, tout à l'heure image de Dieu, tabernacle de sa vie, roi du monde et des créatures qu'il renferme, c'est fini! Te voilà détrôné par le péché, et ton existence déshonorée marche de concert avec celle de la bête. C'est en vain que tu invoques ta raison et ta liberté, puisqu'en péchant tu abuses de ces grands dons jusqu'à t'en rendre indigne. . La raison du pécheur; il s'en sert pour faire prévaloir par un jugement sacrilège le mal sur le bien, et pour engager la volonté au choix d'un bien subalterne de préférence au bien suprême. Une seule faute la trouble, sans la pervertir encore; mais que les fautes se multiplient, on verra s'obscurcir le transparent miroir qui reçoit la lumière de l'éternelle vérité, et la nuit de l'aveuglement descendre dans lame humaine. Et alors le pécheur appellera bien ce qui est mal, lumière ce qui est ténèbres. Un autre pécheur viendra lui donner la main, et puis un autre et un autre encore; et ils formeront, petit à petit, ces sociétés de misérables, qui marchent sans remords sur les chemins de l'iniquité, qui trouvent le moyen de rendre
le vice intéressant et la vertu ridicule , qui salissent à plaisir ce que l'humanité a respecté depuis dix-huit siècles pour la précipiter dans les ténèbres, le vide et les orgies d'un nouveau paganisme. La liberté! Le pécheur a-t-il le droit d'en être fier, lorsqu'il est trois fois esclave : esclave de lui-même , esclave des créatures, esclave du démon ? Esclave de lui-même : car, comme le bien, et plus que le bien peut-être, le mal tend naturellement à la fixité, à l'habitude. Une faute n'enchaîne pas la liberté d'un homme, mais les péchés, se succédant, il finit par imposer silence à sa conscience fatiguée d'être maltraitée. Affranchi du remords, il aime ce qu'il devrait haïr et s'attache au péché avec passion : — c'est l'habitude. Ce qui n'était d'abord qu'une inclination indélibérée est devenu chez lui une disposition coupable et efficace, d'où procède, comme naturellement, tout acte d'orgueil, d'avarice, de luxure, de mollesse, de colère, d'intempérance. De là, Messieurs , cette vérité proverbiale : — l'habitude est une seconde nature. L'habitudinaire, en effet, commet le péché comme il mange, comme il boit, comme il rit, comme il marche, comme il dort. Ce n'est pas moi qui dit cela, c'est l'Esprit-Saint. Écoutez-le : — « Ce pé-
cheur boit l'iniquité comme l'eau : Bibit quasi aquam iniquitatem1. — Elle ne lui donne plus d'amertume à la conscience mais il l'engloutit avec l'avidité d'un homme qu'une longue privation altère. Bien plus, il y trouve de mystérieuses délices qui le provoquent à la joie et au rire : Risus illorum in deliciis peccati*. — Plus de ces ronces ni de ces épines qui. la première fois, le faisaient souffrir; la voie du péché est une voie ouverte et battue dans laquelle il marche librement : Ambulat in injustitiis \ — Il y marche jusqu'à la dépravation de son cceur : Ambulat in jwavitate cordis \ — Et pour que l'exercice soit plus violent, il court, il se précipite : Ruit in iniquitate*. — Enfin, il se moque des infirmes que tourmente un reste de scrupule ; il arrange son iniquité comme un chevet, il y met la tête et s'endort : Voilà mon repos, dit-il : Inverti requiem mihi". » N'est-ce pas à ce pécheur, Messieurs, que s'applique la pa-