Sermon Sur la mort
lorsque le cercueil fut ouvert, le dégoûta pour jamais des vanités du siècle; et lui, qui déjà était saint, crut qu'il fallait le devenir davantage et se réfugier dans la vie religieuse, afin de° mieux pleurer le péché qui détruit les idoles de chair qu'adore l'humanité.
Près de la beauté une autre idole, la richesse, point de mire de tous les désirs, inspiratrice de toutes les bassesses. Le mortel que l'on envie et que Ion vénère, c'est celui qui possède. A lui ces palais, ces hôtels, ces champs, ces bois, ces fabriques, ces capitaux. O bienheureux! tu as épousé la fortune et sa main capricieuse a ouvert clans les tiennes la corne d'abondance. Mais, vite, compte tes trésors et fais ton testament, car voici venir la mort : « La pâle mort dont le pied indifférent enfonce les portes des cabanes où souffre le pauvre, et celles des palais superbes où jouissent les grands de ce monde l. »
Lamortestvenue,etlerichen'estplusqu'uncorps
L Pauperum tabernas
Pallida mors aequo puisât pede Hegumque terres.
(Horace, lib. I, Od. iv.)
dépouillé. Ceux qui doivent profiter de sa fortune sont réunis autour de son lit, du lit qui n'est plus à lui, mais qu'on lui prête encore par bienséance. On lui fera, pour habiller son cadavre, l'aumône d'un linceul, et tout ira bien, si, en examinant ce dernier lange de la dernière misère, un héritier économe ne le trouve pas trop bon. Le riche s'en va donc, pauvre, entre quatre planches, occuper les six pieds de terre que lui accorde la commune; et quand la loi aura cessé de le protéger, un fossoyeur viendra relever de ses mains triviales ce qui reste de ses ossements, afin de mettre à leur place un autre pauvre de la mort. Je me trompe; le riche cherchera dans la tombe une immortalité que Dieu refuse à ses restes ; « comme si les sépulcres eux-mêmes n'étaient pas sujets à la mort./ »
Le riche se fera couvrir d'un marbre perpétuel qui perpétuellement se moquera de lui, d'une inscription fastueuse que viendront lire, de temps en temps, les promeneurs désœuvrés : Eternité mensongère à la merci des révolutions et des mesures administratives; enfin, tout ce qu'il faut pour
1. Quando quidem sunt ipsis quoque fata sepulcris. (Juvenal, Sat. x.i
prouver au monde que la mort fait du riche un grand pauvre.
Et nous convoitons la richesse, et nous nous y attachons comme à notre dernière fin ! Elle a le pouvoir de nous faire oublier tous les biens d'un ordre supérieur, de pétrifier notre cœur, de nous rendre insensibles aux misères de nos frères et traîtres aux devoirs sacrés de la charité. Folie ! Oh ! qu'ils avaient bien compris cette folie les pieux anachorètes qui distribuaient tous leurs biens aux indigents, et couraient s'ensevelir dans la solitude avec une épouse méprisée, mais pourtant pleine de charmes, la sainte pauvreté; et comme il leur était permis de rendre à la mort mépris pour mépris !
L'homme convoite la richesse et, avec elle, tout ce qui le distingue des autres hommes, ne seraitce qu'un misérable hochet. Les grandes et les petites ambitions courent après les honneurs ; on ne se donne même pas la peine de les mériter, on les achète. — Eh bien, soit. Que de tous les côtés pieu vent les titres et les distinctions. Ceux qui les obtiennent n'échapperont pas à la suprême égalité qui nous attend dans la tombe ; ils ne feront pas, comme dit le grand Bossuet, « qu'il reste d'eux
quelque chose sur quoi l'on puisse appuyer le nom auguste de grandeur. » La mort vient à bout de tout. « Elle étouffe sous la pierre d'un sépulcre les pensées de gloire qui tourmentent l'ambitieux : In illa, die peribunt omnes cogitationes eorumx\ — Elle couche le serviteur, délivré d'un joug humiliant, près du maître qui lui a fait sentir le poids de sa grandeur : Parvus et magnus ibi sunt; et servus liber a Domino suo*] — Elle démontre l'universelle vanité de toute vie humaine : Universa, vanitas omnis homo vivens3. » Ce qui distingue, en ce monde, l'homme glorieux de l'homme obscur s'efface, petit à petit, sous son niveau ; en fin de compte, ce qu'elle nous fait voir, c'est cercueil et cercueil, linceul et linceul, corruption et corruption, vers et vers, poussière et poussière, et, par-dessus tout, l'oubli et l'oubli, la plus tragique et la plus amère de toutes les dérisions.
Enviez donc, après cela, les honneurs ; allez agiter par le monde le grelot que vous avez con-