‹ Retraites pascales (volume 5)Chapitre 5 sur 90 · In vente- et rapido scribere ope r. et aqua · texte numérisé non relu

In vente- et rapido scribere ope r. et aqua

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breux et faciles désenchantements. Elle est bientôt lassée de ce qu'elle aime, lorsqu'elle n'y voit rien de plus que des charmes qui passent ou des qualités d'ordre purement humain, presque toujours ternies par une foule d'imperfections et do défauts. On a beau se dire qu'on a engagé sa parole d'honneur ; cette parole tient difficilement contre le choc trop violent que reçoit le cœur désenchanté de certaines révélations inattendues, et surtout de certaines tentations contre lesquelles il est mal affermi.

Car, il faut bien le dire, Messieurs, si les imperfections, même, de ceux qui se marient sont ennemies de leur fidélité, elles s'aggravent considérablement sous l'action des influences pernicieuses qui les assiègent de tous côtés. Le monde est plus qu'indulgent pour les crimes qui déshonorent l'union conjugale. Il ne veut voir que d'intéressantes faiblesses, là où se commettent de honteuses lâchetés; que des coups de canif, là où se font de mortelles blessures. Le théâtre et la littérature concourent à renforcer son opinion, et à lui donner plus de poils pour écraser les âmes faibles. Si l'on n'y plaide pas, ouvertement, en faveur du parjure et de l'adultère, on invoque et l'on grossit

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les circonstances atténuantes qui doivent leur servir d'excuse et même de justification. Tout passe sous le couvert d'une plaisanterie ou d'une situation dramatique. Ceux que l'on outrage sont si ridicules, si odieux, qu'ils n'ont que ce qu'ils méritent, et les infidèles sont presque toujours des êtres charmants, quelquefois des héros devant lesquels on se pâme d'admiration, quand ils n'arrachent pas des larmes imbéciles. Que les passions de ceux qu'on appelle honnêtes gens soient violemment remuées par ces immoralités, cela n'a rien d'étonnant, Messieurs. Mais, ce qui me surpasse, c'est que des maris soient assez simples, (je vous épargne un plus gros mot) pour entraîner leurs femmes à ces écoles d'infidélité et travailler ainsi à leur démoralisation. C'est bien assez pourtant des fêtes mondaines, où le désir de plaire, l'effronterie delà mode, l'impudence des flatteries, la liberté des conversations, l'enivrement du plaisir ouvrent la porte à des inclinations et à des intrigues qui détachent le cœur de ses affections légitimes et l'invitent à trahir ses serments.

A ces causes, Messieurs, beaucoup plus qu'à des partis pris licencieux et à des calculs scélérats, nous devons, en grande partie, les infidélités de

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ceux qui s'étaient promis, en s'unissant par le mariage, un amour éternel. Infidélités scandaleuses, dont les inévitables conséquences sont le déshonneur, la désorganisation et la ruine des familles ; infidélités déguisées par les bienséances, et au fond desquelles germent la défiance, le soupçon, la désaffection et la haine ; infidélités régulières dont la passion se fait une habitude et un besoin; infidélités de passage qui ne détruisent pas, au fond de l'âme, l'estime de ceux que l'on trahit, mais qui rendent le traître indigne de leur amour et l'obligent à en rougir. Je ne m'appliquerai pas à les décrire, Messieurs, c'est déjà trop d'avoir à les signaler et à vous demander sur ce point délicat et honteux un examen de conscience.

Je ne veux pas dire, certes, qu'il n'y a ici que des infidèles: je mentirais à l'expérience que m'a donnée la connaissance des âmes. Il reste. Dieu merci, malgré l'inconstance du cœur humain et l'influence délétère du milieu où respiren affections, des époux qui savent tenir les serments de leur union. Mais combien ils sont rares, surtout parmi ceux dont l'amour n'a pas été perfectionné par la grâce du sacrement.

Cette srrâce est la sauvegarde de l'homme chré-

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tien. Il s'y prépare de loin par le soin jaloux avec lequel il surveille son cœur. Sa jeune nature le porte aux amours faciles pour lesquels le monde est si rempli d'indulgence ; mais il veut être fidèle, même avant d'avoir engagé sa parole, à la femme rêvée pour laquelle il se réserve. Il écoute, avec une pieuse attention, et suit, avec une persévérante docilité, ces conseils de la sagesse divine : «Ne des mulieri potestatem animse tuse[ : Ne donne à aucune femme puissance sur ton âme. — Averte faciem tuam a mulieri compta'2 : Détourne ta face de celle qui s'apprête pour séduire. — Cum saltatrice ne assiduus sis : Nec audias illam ne forte pereas in effîcacia illius* : Ne fréquente pas la sauteuse, ne l'écoute pas si tu ne veux périr par ses efforts. » Avant qu'il l'ait donné légitimement et pour toujours, son amour n'appartient à personne, et il veut, en échange de la virginité qu'on doit lui sacrifier, offrir lui-même une vie sans tache. Ce n'est que devant Dieu qu'il dit à une femme : —Je suis à vous ; et quand il dit cela,

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