‹ Retraites pascales (volume 5)Chapitre 6 sur 90 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

IUR PUR ET FIDELE

la grâce s'empare de son amour et de son serment pour affermir l'un et l'autre contre les périls qui menacent, au dedans et au dehors, la fidélité conjugale. Lumière et force, la grâce du sacrement montre à l'époux chrétien son devoir, l'attache à son devoir, lui apprend à se défier des ennemis de son devoir.

Un honnête homme ne voit dans le lien conjugal que la parole qu'il a donnée et celle qu'il a reçue. Rompre l'enlacement de ces deux paroles répugne à sa conscience, car c'est trahir deux fois la confiance d'autrui dans le plus respectable des contrats : la confiance avec laquelle une vie humaine s'est donnée à lui, la confiance avec laquelle une autre a accepté la donation qu'il a faite de lui-même. En somme, le devoir de la fidélité se réduit pour lui au respect d'un engagement d'honneur. — Le chrétien entre plus avant dans le mystère de son union. Il y voit, non seulement la parole qu'il donne et celle qu'il reçoit, mais la toute-puissante autorité de Dieu qui les unit, et fait du lien conjugal comme une triple chaîne qu'aucune force humaine ne peut rompre. En définitive, c'est Dieu qui entend les serments d'amour, Dieu qui les reçoit, Dieu qui les approuve, Dieu qui les confirme. On ne peut être

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infidèle sans outrager ce tiers invisible et sacré qui donne au mariage son religieux caractère. Et notez encore que ce n'est pas un contrat vulgaire qui se fait sous ses yeux et avec son concours, mais un acte sacerdotal. Si bien que l'infidélité devient ia faute monstrueuse et sacrilège d'un prêtre profanant lui-même le mystère dont il est l'auteur et le dispensateur. Ainsi, Messieurs, ce n'est pas l'honneur humain qui se révolte tout seul dans la conscience de l'époux chrétien à la pensée d'être infidèle, mais, avec l'honneur humain et plus que lui, la sainte justice de l'enfant et du prêtre de Dieu. Éclairé par la grâce du sacrement sur son devoir, l'époux chrétien s'y attache avec force et constance, malgré les révélations et les surprises qui conspirent à l'en dégoûter. Le désenchantement qui ne laisse aucun refuge à la fidélité de l'honnête homme, et devient pour lui la plus formidable et la plus dangereuse des tentations, ne détruit pas dans un cœur perfectionné par la grâce les purs motifs de son amour. A travers les imperfections, les défauts et les tristes ombres de la vie que le mariage a associés à sa propre vie, il voit toujours une âme marquée du sceau de Dieu, une âme rachetée parle sang d'un Dieu, une âme incorporée

L AMOUR PUR ET FIDELE

au Christ de Dieu, une âme qui fait comme partie de lui-même, une âme qu'il faut aimer plus que toutes les autres âmes, pour la ramener au bien si elle s'égare, pour la sauver si elle se perd. Le cœur de l'époux chrétien peut être désillusionné, lassé, blessé, meurtri, déchiré, mais c'est toujours un cœur fidèle.

La grâce l'attache au devoir, en même temps elle le ferme aux influences maudites qui tendent à corrompre sa fidélité. Il a l'instinct du danger et se défie de l'opinion, des spectacles, des lectures et des fêtes qui ne renversent le sens chrétien que pour pervertir le sens même de l'honneur. Tout ce qui excuse, flatte, justifie les faiblesses et les trahisons de l'amour révolte sa religieuse délicatesse. Un seul regard, une seule pensée, un seul désir l'inquiètent et le tourmentent, car il sait, de science divine, qu'avant d'avoir livré son corps on peut être adultère en son cœur : «Omnis qui viderit mulierem ad concupiscendum eam, jam mcechatus est eam in corde suo*. »

O sainte pureté! sainte fidélité de l'amour conjugal! Où êtes-vous? Faut-il renoncer à vous ren-

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