Sermon sur VI m pénitence finale, première partie
core quelque idée de la vie future, on ne peut guère espérer qu'elle l'impressionne profondément et salutairement. Qui sait? — Les récompenses que la foi nous promet, et les peines dont elle nous menace sont peut-être exagérées ; et, peut-être aussi que le monde où Ton va, s'il y a un autre monde, n'est pas si différent qu'on veut bien le croire du monde que Ton quitte. Est-il bien nécessaire, pour passer de l'un à l'autre, de se donner le tourment d'une conversion ?
D'autre part, pour se convertir, il faut se sentir pécheur. Mais n'est-ce pas le propre de l'iniquité prolongée d'aveugler la conscience et d'endurcir le cœur? Il y a tant de fautes dans la vie d'un retardataire obstiné, et l'habitude les a rendues si naturelles, qu'il ne peut plus ni en voir le nombre, ni en comprendre la gravité. Il hésite à reconnaître que sa longue impénitence est un crime, et il a peine à croire que Dieu se montre implacable pour des manquements qu'on peut passer au compte de la faiblesse. Il y a dix ans, vingt ans, trente ans, il eût jugé les choses d'une autre manière; mais, par un juste jugement de Dieu, un voile de ténèbres est tombé sur son âme. C'est sa punition de ne plus voir clair ni dans l'avenir, ni
clans sa conscience ; et voilà pourquoi sa dernière heure approche sans qu'il s'en émeuve.
En vain des voix amies se font entendre autour de lui, et le pressent de se réconcilier avec Dieu. Sans rien refuser, il n'accorde rien ; et après avoir repoussé, comme des importunités, les instances qui lui sont faites, il meurt tranquille sans qu'on puisse savoir ce qui s'est passé dans son âme. Tous les jours, Messieurs, nous avons sous les yeux le spectacle de ces morts sans appréhension, sans trouble, sans repentance. Je les considère comme le plus terrible accomplissement de cette menace du Sauveur : « Vous mourrez dans votre péché : In peccato vestro mo rie mini1. » Je vous en prie, n'attendez pas, pour vouloir vous sauver, l'heure à laquelle vous ne saurez plus vouloir. Je dis plus, si vous devez avoir la volonté de vous sauver à la dernière heure, défiez-vous-en, car il est difficile, il est rare qu'il en sorte une vraie pénitence.