I. Matth., cap. v
l'amour pur et fidèle. 2J
contrer en ce monde ? — Non, Messieurs. — J'ai vu, vous avez vu, peut-être, vous-mêmes, des unions bénies dans lesquelles la grâce, tout enlaissant des ombres et des défaillances qui attestent l'imperfection d'une nature amoindrie par le péché, fait resplendir sa divine lumière et multiplie les merveilles de sa force. L'amour pur y entretient le respect de la dignité humaine et des surnaturelles prérogatives dont Dieu l'a embellie, et, dans ce champ fertile où la loi de reproduction s'accomplit avec franchise, on voit, chose étonnante, fleurir la modestie, la pudeur, la continence, la chasteté. Là point d'inquiétudes ni de soupçons. Les cœurs sont si bien liés l'un à l'autre qu'ils se pénètrent d'une mutuelle confiance. L'absence ne les sépare pas ; ils se cherchent de loin ; ils évoquent par le souvenir la chère image de ce qu'ils aiment, et c'est assez pour couvrir d'un voile impénétrable toutes les séductions ennemies de leur fidélité. Ils attendent avec impatience les joyeux retours qui les font s'aimer davantage. Ils voient, sans tristesse et sans regret, s'évanouir les charmes qui ne parlent qu'aux sens, parce que la beauté immatérielle qui les attache croît avec la vertu et la grâce de Dieu. Les cruelles blessures de la mort
l'amour pur et fidèle
ne triomphent pas de leur opiniâtre affection. En se soumettant a la volonté de Dieu qui les condamne à resterais gardent le culte de celui qui est parti, et l'encens de ce culte est le doux espoir de se retrouver bientôt dans l'éternité.
Pourquoi leur fidélité ne se-ait-elle pas récompensée? Pourquoi l'amour qui n'a pas voulu rompre sa chaîne ne pourrait-il plus jouir du cœur auquel il est demeuré opiniâtrement attaché Y Le Christa dit que dans le ciel il n'y a plus de mariage, mais il nous donne à entendre qu'il ne s'agit que de l'union charnelle à jamais brisée par la mort. Ce qu'il y a d'angélique en notre nature, l'union des cœurs, persévère, et les préférences que l'Eglise affiche pour l'état de viduité nous semblent un sûr garant que les amours fidèles se rencontreront la-haut, et que Dieu leur permettra des intimités d'autant plus douces et profondes qu'ils seront sûrs de l'éternité.
Ne me dites pas, Messieurs, que ces unions sont trop parfaites, ni que j'exagère, à plaisir, la perfection de l'amour conjugal. Je ne suis pas ici pour vous prêcher une morale tempérée bqui s'accommode, tant bien que mal, avec les relâchements que l'esprit du siècle a introduits dans le mariage , mais
L'AMOUR PUR ET FIDELE
pour tirer les conclusions pratiques du dogme que je vous ai exposé et vous les montrer vivantes, là où la grâce déploie toute son efficacité. Si vos unions ressemblent au type chrétien que je viens de dépeindre, je vous en félicite et j'en remercie Dieu. Mais, hélas! j'ai bien peur que l'amour pur et fidèle ne soit absent d'un grand nombre de vos foyers, ou qu'il ne s'y trouve que dans le cœur d'une femme trop souvent outragée par vos fautes. Ne laissez pas, je vous en prie, se perpétuer ce désordre et prescrire cette injustice. La grâce du sacrement n'est pas morte; elle a ses racines vivantes dans le lien qui vous unit. Il dépend de vous d'en faire revivre les effets par le repentir et la prière. Quand vous voudrez elle purifiera et affermira vos cœurs. N'attendez pas l'impuissance de l'âge pour vous soumettre aux saintes lois de l'amour chrétien ; mais, aujourd'hui même, commencez à effacer les taches et à réparer les maux des unions que vous avez déshonorées et attristées par vos impuretés et vos infidélités.