‹ Retraites pascales (volume 5)Chapitre 66 sur 90 · Deut., cap. xxxn · texte numérisé non relu

Deut., cap. xxxn

attristent et les découragent au lieu de les instruire.

Le chrétien ne se laisse aller ni à la légèreté mondaine, ni aux vaines terreurs ; volontiers il se familiarise avec la pensée de la mort. Pourquoi l'écarter puisqu'il est certain que nous mourrons? Le décret est porté : statutum est; ce n'est pas en l'oubliant qu'on le réformera. Une peine est moins dure quand on l'a vue d'avance et qu'on Fa attendue, et l'on s'habitue à ne plus la considérer comme un châtiment, lorsqu'on a tout fait pour la rendre utile et lui préparer un heureux lendemain : Telle est, Messieurs, la conduite du chrétien.

Il attend la mort, et bien loin de s'étonner qu'on la lui rappelle, il va de lui-même au-devant de cette idée : qu'il faut mourir et qu'il importe souverainement de bien mourir. Il la cherche cette idée dans les lectures sérieuses dont il nourrit sa foi et sa piété ; il la médite ; il aime que, de temps en temps, des voix éloquentes remuent son âme pour y rendre plus vif le souvenir de ses fins dernières. Et, quand la mort frappe autour de lui, lors même que son cœur est blessé par le coup qu'elle a porté, il ne laisse point se noyer dans la

tristesse les graves pensées qui le préoccupent ; ses adieux à ceux qui le quittent en sont pénétrés. « Va, dit-il, va à ta dernière demeure, toi que Dieu vient de moissonner dans le champ des vivants; aujourd'hui c'est ton tour; demain ce sera le mien : Hodie tibi, cras mihi. »

Oui, demain ; car le chrétien ne sépare pas, dans la pensée de la mort, le certain de l'incertain. Il n'est pas de ceux qui savent qu'ils doivent mourir, et qui cherchent à se persuader que ce ne sera' ; pas sitôt, qu'ils ont du temps devant eux, et qu'il est inutile de presser les préparatifs de leur voyage pour un autre monde. Les folles imaginations n'étouffent pas dans une âme chrétienne le bruit mystérieux de ces paroles divines : « Expecta Dominum; non tardabiV : Attends le Seigneur; il ne tardera pas à venir. — Sois prêt, car c'est à l'heure que tu ne sais pas que le Fils de l'homme viendra : Estote parati, quia qua hora non putatis Filius hominis veniet2. »

Convaincu de la certitude et des surprises de la mort, le chrétien attend comme les serviteurs de

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