I. Luc, Cap., xrr
Desiclero te millies Mi Jesu quando venies?
Mo lœtum quando faciès7 Me de te quando saties ?
Ah! la mort peut frapper; ses trahisons et ses surprises sont conjurées. Quand bien même le chrétien serait victime d'un de ces accidents imprévus qui foudroient, et ne laissent, entre la vie et la mort, que le temps d'une pensée et d'un rapide mouvement du cœur, tout porte à croire que cette pensée, que ce mouvement auront les qualités justifiantes que Dieu attend d'une âme vraiment repentante. Les dispositions habituelles du chrétien, qui tient à conserver la grâce, Font préparé à la chercher, comme d'instinct, à sa divine source, lorsqu'il a besoin de la recevoir plus abondante et plus efficace; et Dieu, depuis longtemps attendu, ne peut refuser au serviteur vigilant son suprême secours dans une suprême angoisse.
Si la mort n'arrive qu'à pas lents, le chrétien reconnaît ses approches. Ils'est promis à lui-même, et il a demandé à Dieu d'être clairvoyant et courageux à l'heure où il faudra quitter ce monde, de ne pas se méprendre sur les signes avant-coureurs
\ M Jirr GH RETIENNE.
de son trépas, et de pouvoir donner le signal des religieux préparatifs de son prochain départ. D'un cœur ferme et d'une voix assurée, il exige qu'on se prononce sur son état, s'il ne s'est pas déjà prononcé lui-même.
Du reste, fût-il en proie à ces trop communes illusions qui rattachent l'homme à la vie, et lui voilent les approches de la mort, il ne manquera pas d'être averti. Nous accusons, d'ordinaire, ceux qui se taisent près de la couche d'un mourant de négligence et de puérile faiblesse. Ils sont coupables, sans doute, mais, le plus souvent, celui qu'ils trompent par leur silence a sa large part dans la responsabilité de leur faute. Il a trop manifesté, pendant sa vie, ses répugnances, ses terreurs et sa résolution de ne revenir à Dieu qu'à la dernière extrémité pour qu'on ose le troubler. Au contraire, les habitudes et les sentiments bien connus du chrétien donnent à ceux qui l'entourent, pendant sa dernière maladie, le courage de lui parler de sa fin prochaine.; et Ton est certain que, fût-il ému de s'entendre condamner, il sera reconnaissant qu'on lui ait fait connaitre à propos sa sentence.
Que dis-je, Messieurs? Ce n'est pas seulement
des habitudes et des sentiments du chrétien qu'on peut s'autoriser pour lui parler de la mort, mais de ses désirs et de sa volonté expresse. Il les a maintes fois manifestés, et les avertissements qu'on lui donne sont d'autant plus sincères et plus francs qu'il les a lui-même demandés. Car voici sa maxime, dit Bourdaloue : — « Avoir un ami sincère et droit qui, sans nous ménager, sans écouter les sentiments d'une amitié faible ou intéressée, vienne à nous dans le danger, et nous dise avec le même zèle et la même force que le prophète : — Mettez ordre à votre conscience, et au plus tôt ; car la mort n'est pas loin : Dispone domui tuse, morieris enim tu1. Exiger de lui, comme le meilleur office que nous en puissions attendre, qu'il ne diffère pas de s'expliquer, et qu'il ne craigne point, en s 'expliquant, de nous contraster; lui faire bien comprendre que par là nous jugerons s'il est parfaitement à nous, que par là nous le distinguerons des faux amis, que par là nous lui serons redevables d'une des grâces les plus précieuses, qui est la persuasion de la mort au temps même de la mort. Car voilà ce que nous