‹ Retraites pascales (volume 5)Chapitre 71 sur 90 · partie · texte numérisé non relu

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méprisables calculs des retardataires, ni. par conséquent, l'illusion d'une fausse conversion. L'habitude qu'il a de là pénitence le rend propre à la perfection des actes d'un cœur contrit et humilié. La bonne volonté, la sincérité de ses retours à Dieu l'ont disposé à une dernière grâce de pardon, plus miséricordieuse et plus abondante que toutes les autres, à cause de la solennité décisive des derniers instants. Tout son être en est pénétré. Il peut dire à la mort et au maître adoré qui la suit : « Je suis prêt. Mon Dieu, la foi que vous m'avez donnée je ne l'ai jamais trahie, ni laissé languir ; ma conscience, où vous avez écrit vos souveraines volontés, je l'ai respectée autant que le peut la faiblesse humaine; vos préceptes saints, j'ai fait tous mes efforts pour les accomplir ; les grâces que vous m'avez accordées, en réponse à mes prières, je les ai transformées en œuvres de justice et de sainteté ; les péchés que j'ai eu le malheur de commettre, je les ai pleures et expiés, et je ne demande qu'à les expier encore, si c'est votre bon plaisir. Prenezmoi donc, emmenez-moi avec vous, et faites-moi passer des laborieuses veillées de ce monde obscur au jour sans déclin qui éclaire les noces de vos élus. »

Messieurs, si bien préparé que Ton soit, le passage de cette vie à une autre vie est toujours redoutable. Il n'y a que les parfaits qui puissent se réjouir en face de la mort, et chanter avec le Psalmiste : « Mon âme est dans l'allégresse^ à cause des promesses de mon Dieu ; nous irons dans la maison du Seigneur : Lsetatus sum in his quse dicta sunt mihi, in domum Domini ibimus. » Et encore, Dieu permet-il quelquefois que les âmes saintes soient éprouvées, à la dernière heure, par d'inénarrables tristesses et de mystérieuses terreurs. Je vous laisse à penser ce que doivent être ces tristesses et ces terreurs, au moment de la mort, dans l'âme de ceux dont la foi toujours vivante se trouve en présence d'une longue vie d'impénitence et d'un juge sévère, qui •va leur en demander compte. Sombre mystère! Je m'abstiendrai de le sonder. Messieurs, et me

i. Psalm. CXXI.

contenterai de vous engager aux préparations chrétiennes de la mort en vous montrant comment la dernière heure du chrétien est consolée.

En lui. autour de lui, la mort assombrit tout.

S'il regarde en son âme, il y rencontre les honteux et pénibles souvenirs des fautes qu'il a commises, et sur lesquelles Dieu, lui-même, va bientôt se prononcer. Sa conscience, dcvenueplus délicate, s'inquiète des pardons qu'il a reçus, et sa foi lui parle avec plus d'autorité que jamais de la justice divine. Un ennemi perfide, qui Ta mille fois tenté, stimule sa mémoire anxieuse, trouble ses jugements, exagère ses scrupules, et s'efforce de le décourager en lui persuadant qu'il n'est qu'un ingrat indigne de pitié. Il s'attriste, il a peur; mais la grâce parle doucement à son cœur, et le prêtre dont il a réclamé l'assistance lui rappelle les miséricordes de son Dieu. Il a péché, c'est vrai ; mais il n'a pas voulu vivre dans le péché. Il a promptement et sincèrement détesté ses fautes; il a senti dans son âme apaisée que Dieu lui pardonnait, et il sait que Dieu ne revient jamais sur les pardons qu'il accorde. Autant de fois qu'il a donné des gages de son repentir, autant de fois Dieu lui a donné des gages de son infinie bonté. Pourquoi

se montrerait-il plus exigeant et plus sévère au moment suprême où sa pauvre créature est plus confuse de l'avoir offensé, et veut consommer par une plus parfaite pénitence toutes les pénitences de sa vie ? — Non, non, la bonté divine n'abdiquera pas entre les mains de la justice, pour lui livrer le le chrétien qui va mourir ; et puisque lui continue, jusqu'à la fin, la tradition de ses repentirs, elle continuera, jusqu'à la fin, la tradition de ses miséricordes. Le chrétien mourant en reçoit les gages dans un pardon général qui purifie toute sa vie, dans le pain divin qui doit lui servir de viatique pour passer du temps à l'éternité, et dans les onctions saintes dont la vertu traverse les sens que l'iniquité a profanés, gagne les intimes profondeurs où l'âme réside et va détruire les restes des péchés. Ses yeux, fenêtres indiscrètes qui ont laissé passer tant d'images dangereuses et funestes; ses oreilles, trop complaisantes pour les bruits charmeurs de la musique mondaine, pour les aveux, les confidences et les révélations qu'un chrétien ne doit jamais écouter; son odorat, trop enivré de parfums ; sa bouche, qui s'est prêtée aux sensualités du goût et aux excès de la parole; ses mains, instruments trop dociles de ses désirs déréglés et

de ses volontés perverses ; ses pieds, trop empressés de courir à la rencontre ou à la poursuite des occasions de péché; ses reins, où fermentaient les viles illusions: tout est purifié; et l'âme, mystérieusement calmée par l'onction intérieure que symbolisent les onctions extérieures, chante la pieuse miséricorde de Dieu qui la poursuit jusqu'au dernier jour de sa vie terrestre : Misericordia tua subsequetur me omnibus cliebus vitœ mese '.

Il est vrai, pourtant, que parmi les restes du péché il en est un qui résiste à l'efficacité des sacrements ; non pas que les sacrements manquent de force, mais notre âme ne s'ouvre pas toujours assez docile et assez large à leur bienfaisante action. Après que les fautes sont pardonnées, il faut les expier par des peines afflictives qui rendent à Dieu la gloire que le péché lui ravit. Le chrétien a conscience de cette dette sacrée. Près des péchés qu'il a commis, il ne voit guère dans sa vie que des expiations insuffisantes; et la mort qui s'approche lui donne le pressentiment des rigueurs du créancier divin qui veut que sa justice soit satisfaite, Combien de temps l'infortuné débiteur

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