Psalm, XXII
restera-t-il, après la mort, entre les mains de cette justice? Par quelles douleurs lui fera-t-elle expier ses fautes? — Il n'en sait rien. Cette incertitude le troublerait, s'il ne se sentait uni à Dieu par le suprême pardon qu'il a reçu de sa miséricorde, et s'il n'était certain qu'aucun châtiment, si rigoureux qu'il soit, ne pourra jamais le séparer de celui qu'il aime. Convaincu de l'amour de son Père, il s'efforce, par tous les moyens que l'Église met à sa disposition, d'obtenir l'indulgence de son juge ; il se résigne aux peines qu'il ne peut éviter ; il se console par la pensée qu'il laisse après lui des amis qui ne se contenteront pas de visiter sa tombe, mais qui feront descendre leurs prières, les mérites de leurs bonnes œuvres, les suffrages du ciel et le sang du Sauveur jusqu'aux lieux où la souffrance achèvera de le purifier, afin d'abréger l'exil qui doit retarder son bonheur.
Mais, avant les peines de l'autre vie, il en est une que l'homme doit subir, terrible pour la nature, surtout lorsque les infirmités et les défaillances du dernier âge ne l'ont point encore ébranlée, et qu'elle se sent moissonnée en pleine sève. « Ce n'est pas un préjugé, dit saint Augustin, c'est la nature qui repousse la mort : Mortem horret non
opinio sed natura '. » Et saint Thomas ajoute : « Naturellement nous voudrions vivre toujours; et naturellement la perte de la vie est horrible à la nature humaine : Naturàliter vitam perpetuo vellemus; et amissio vitœ corporalis est horribilis naturse humanaB*. » La chair et l'esprit se sont épousés entre les mains et sous le soufile de Dieu, ils ont reçu des promesses d'immortalité, et se sont épris d'un mutuel amour qui s'afflige, tremble et frémit, dès qu'il entend la mort approcher. Faits l'un pour l'autre, le corps et l'âme ne voudraient pas se séparer, l'adieu qu'ils vont se dire les attriste, être l'un sans l'autre les épouvante, et, de concert, ils luttent contre l'ennemie qui se jette entre eux pour rompre leurs liens. Mais c'est en vain : Il faut mourir.
Désespérante nécessité, pour celui qui a joui de la vie terrestre, comme s'il n'y avait que celle-là. Mais le chrétien n'a point oublié qu'il n'était icibas qu'en passant. Si sa nature souffre de la cruelle perspective d'une séparation, la grâce le console par de pieuses pensées et par de joyeuses espérances.