‹ Retraites pascales (volume 5)Chapitre 73 sur 90 · Summ. Theol. III. P., qucest, 46, a · texte numérisé non relu

Summ. Theol. III. P., qucest, 46, a

LA MORT r.IIRÉTIKXNK. 233

Assurément, la vie est un bien, mais que de maux la rendent lourde à porter ; et, par-dessus tous les maux, l'abus que nous faisons de la vie en péchant! Après avoir payé son tribut à la nature par d'inévitables répugnances, le chrétien mourant, assisté par la grâce, a bientôt compris que mourir est une délivrance; et, pour mieux se consoler de la cruelle loi dont il est victime, il met tout son amour dans cette généreuse et sainte pensée qu'au moins la mort va le réduire à l'heureuse impuissance d'offenser Dieu.

L'âme et le corps ne veulent pas être séparés ; mais le chrétien leur rappelle les promesses divines. Il sait que l'affreux mystère de la tombe, où disparaît le corps, n'est pas le dernier mot de sa destinée; que ce qui est corruptible doit se revêtir d'immortalité l; que la chair aura son glorieux renouveau ; que son Rédempteur vivant la retirera du fond des abîmes, où ses éléments ont disparu, pour bénir ses noces éternelles et indissolubles avec l'esprit qui l'animait en ce monde ; que de ses yeux, à jamais ouverts sur toutes les

1. Oportet corruptibile hoc induere incorruptioncm, et mortale hoc induere immortalitatem. (I Cor., xv, 53~)

beautés de l'univers régénéré, elle contemplera son Dieu Sauveur : k In carne raea videbo Deura Balvatorem meufn*. »

Enfin, Messieurs; (c'est la dernière tristesse que la grâce console clans la mort du chrétien) il ne peut s'empêcher de jeter un regard autour de lui, ni se défendre du regret poignant de quitter ce qu'il a aimé. Mais Dieu lui persuade doucement que les biens qu'il abandonne sont peu de chose, en comparaison de ceux qu'il emporte et de ceux qui doivent le récompenser : la grâce, les mérites de ses bonnes œuvres, la gloire éternelle, et que sa famille et ses amis éplorés le rejoindront bientôt dans Un monde meilleur, où il n'y aura plus ni larmes, ni séparations. A ces considérations divines il répond par un humble et amoureux fiât. C'est fini! On peut s'approcher de son âme et lui dire : a Pars, âme chrétienne : Proficiscere, anima christiana!»

J'ai vu, Messieurs, de ces morts chrétiennes; il en est une surtout dont je garde fidèlement la mémoire, car celai qui mourait était cher à mon cœur. Depuis longtemps il se préparait, et, avec la

1 Jwb.. cap. ix, 26.

LA MOtT CHTtETlKNNE.

naïve audace des âmes simples et droites, il avait demandé à Dieu de lui faire connaître sa dernière heure. Lorsque j'arrivai près de lui dans les derniers jours d'une longue maladie, il me dit en souriant : — Sois le bienvenu, mon fils, je t'attendais pour mourir. — Il demanda aussitôt les derniers sacrements, qu'il reçut de la main de ses enfants ;et après avoir rempli pieusement ce suprême devoir. il s'abandonna à Dieu, attendant de lui un suprême avertissement. Dans son corps presque nonagénaire, il y avait encore tant de vie, que la mort fut longue à l'arracher. Pour soulager sa souffrance, je lui mettais mon scapuïaire sur la tête et récitais le Salve Regina. — Encore, encore, disaitil, c'est si bon! — Après vingt-quatre heures de cette lutte, je vis son regard m'appeler. J'approchai mon oreille de sa bouche d'où ne sortait plus qu'une voix expirante, et j'entendis distinctement ces paroles : — Mon fils, c'est l'heure ; voici la mort l — Dieu l'avait exaucé. — Une fois, deux fois, je récitai les prières de l'agonie ; à la troisième fois, au moment même où je prononçais ces mots : Profîciscere, anima christiana, ! nous entendîmes un grand soupir. L'âme obéissante était partie; le chrétien était mort. Je m'approchai de son lit

23(j LA MORT CHRÉTIENNE.

pour baiser son front tiède encore, et en pleurant je murmurai ces paroles : « Mon Dieu, mon Dieu, faites-moi mourir de la mort des justes : Moriatur anima mea morte justorum. »

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