Juvénal, Satir. VIII, Nobiles
.Probitas laudatur et alsret^
Il voudrait ne pas se montrer tel qu'il est; à cet effet il travestit cette maxime de TApôtre : ce Ah omnispecie mala, abstinete î^os.» Il ne s'agit pas pour lui de s'abstenir de l'apparence du mal, mais de le cacher sous des dehors menteurs. Quoi qu'il fasse il se trahit. Où vont, dites-le-moi, les honneurs, les respects, la confiance des mondains? — Au vice fortuné, à Tambition triomphante, à l'insolence fastueuse. — Il importe peu que ce soit un misérable qui étale ses richesses, ses jouissances, sa force, son crédit ; l'éclat dont il se revêt le recommande plus sûrement à la considération publique que toutes les vertus théologales et morales. A suivre le courant des adorations et affections mondaines on arrive fatalement à cette maxime : — Avoir, pouvoir, paraître ; voilà la dignité de l'homme.
Et le but de la vie! — Sur ce point, Messieurs, la nature est universelle et constante dans ses aspirations. Ce qu'elle demande au ciel, à la terre, à tous les mondes, à tous les éléments, c'est
\. Juvénal, Salir. I.
la félicité. Mais Dieu l'a voulu, Dieu l'a dit, Dieu ne cesse de nous le répéter : la patrie du bonheur, ce n'est pas cette nature amoindrie qui défaille entre nos bras, et nous chasse de son sein, après que nos lèvres avides l'ont meurtrie, comme pour l'épuiser; la patrie du bonheur, c'est sa grande nature à Lui, toujours forte, toujours riche, toujours féconde; la patrie du bonheur, c'est son sein généreux qu'aucun empressement ne blesse, qu'aucune avidité n'épuise ; la patrie du bonheur, c'est son royaume, où fleurissent éternellement la paix et la joie, où coulent sans fin des torrents de délices dont s'enivre l'humanité'. Ce royaume, l'Evangile nous le montre au terme de notre pèlerinage terrestre. Il excite et stimule la nature : « Cherchez d'abord, dit-il, le royaume de Dieu^. » Mais pas de mollesse, pas de langueurs, pas d'abattement ; le royaume de Dieu est le prix des nobles violences de la vertu ; les parfaits, que Dieu fait entrer dans la place où il règne, sont les vaillants hommes qui en ont pris d'assaut les ouvrages
1. Inebriabuntur ab iibertate domus tuœ; et torrentc voluptatis tuce potabis eos. (Ps. XXXV.)