‹ Retraites pascalesChapitre 20 sur 98 · Quœrite primum regnum Dei. (Maith,, c. vi · texte numérisé non relu

Quœrite primum regnum Dei. (Maith,, c. vi

avancés : « Regnum cxlorum vint patitur, et violenti rapiunt illud\ )>

Mais ce n'est point ainsi que pense le monde. Le temps, que grandissent ses illusions, lui fait oublier l'éternité, et, par delà les rivages du plaisir dont il jouit à l'heure présente, il semble qu'il n'y ait plus de refuge pour ses désirs. Il invoque, à grands cris, ce qu'il appelle les instincts sacrés de la nature, et ne se croit heureux que s'il les a tous satisfaits. Les biens, les jouissances d'ici bas, c'est la réalité certaine; le ciel est un problème, si ce n'est pas un rêve. Voilà la maxime du monde.

Mais, alors, l'Evangile nous trompe quand il nous demande des luttes et des violences. La perfection n'est pas cette marche ascensionnelle de l'âme qui, de vertu en vertu, se rapproche du Dieu qui doit couronner ses mérites. Austères combattants, qui avez foulé aux pieds la matière périssable et régnez, aujourd'hui, sur vos passions vaincues ; chastes vierges, qui cherchez dans un monde mystérieux un amour meilleur que les amours de la terre ; cœurs dévoués, où l'égoïsme

l.Mattii., c. AI, 12.

est étouffé sans retour ; chrétiens, qui vous efforcez d'entrer par la voie étroite et suivez, à travers les épines du sacrifice, les traces ensanglantées du Sauveur, vous n'êtes pas les parfaits ! Multiplier les besoins, compliquer les intérêts, faire progresser la matière ; voilà la perfection. Le parfait, selon les maximes du monde, c'est celui chez qui la civilisation a développé le pouvoir de consommer et de produire. Tout le but de la vie est là : devenir un consommateur utile et un producteur intelligent.

Que seront les principes de la vie publique, quand les principes de la vie privée sont ainsi corrompus? Au sommet de l'ordre social, quelle maxime deviendra la consécration des pouvoirs et des services ? — Respect, j ustice , amour ! — nous dit TEvangile. Formés par ses leçons, nos pères croyaient à la justice et à l'inviolabilité du droit protégé par l'autorité indépendante de Dieu. Ils disaient, avec Tapôtre : — « Il n'y a de pouvoir que celui qui vient de Dieu. — Obéissez au pouvoir comme vous obéissez à Dieu \ » — Et ils lui

1. Omnis anima potestatibus sublimioribus subdita sit ; non est enim potestas nisi a Deo ; quse autem sunt, a Deo ordinata sunt. Itaque qui resistit potestati, Dei ordinationi resisiit. (Rom., c. xni, 1, 2.)

demeuraient fidèles aussi bien dans l'infortune que dans la prospérité, et ils savaient mourir pour la cause que leur honneur avait épousée. — Le monde a changé tout cela. La justice vient d'en bas, le droit naît de cette masse mobile qu'on appelle le peuple, la force prime le droit ; le destin implacable, que la Providence avait détrôné, se relève plus brutal que jamais : c'est le fait accompli, régulateur suprême des pouvoirs et des services. C'est lui qui commande, c'est à lui qu'il faut obéir, c'est lui qu'il faut adorer. De supérieurs à inférieurs, d'égaux à égaux, l'Evangile dit: (iHsec mcindovohis, ut diligcitis invicem^ : Aimez-vous les uns les autres ; » — le monde dit ; ce Chacun pour soi. »

Ainsi donc. Messieurs, maximes du monde sur le service de Dieu, maximes corrompues; sur la dignité de l'homme, maximes corrompues ; sur le but de la vie, maximes corrompues , sur les rapjports sociaux, maximes corrompues.

Si telles sont les maximes, quelles œuvres se produiront ? La vie morale décomposée dans sa législation peut- elle ne pas l'être dans toute son

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