Quoties vis et in cassura ? Quoties moves et non
vrai tout cela ! et comme j'ai eu raison de mettre les passions au nombre des ennemis de la vertu et de la grâce, et de les considérer comme les complices du monde et de Satan dans l'œuvre sinistre de la tentation !
Il est temps de conclure, Messieurs; je ne veux pas vous laisser sous la pénible impression de ces tristes vérités. Vous pourriez croire qu'il n'y a plus qu'à se désespérer et à s'abandonner à la fatalité. Nos misères sont trop évidentes, j'en conviens, pour qu'il soit possible de les dissimuler ; cependant, malgré cela, Dieu ne cesse pas de nous appeler à la vertu. C'est donc qu'il y a remède à tant de corruption. Mais lequel? Il en est un que les thérapeutes du matérialisme préconisent et s'administrent à larges doses. Il consiste à prendre les passions pour ce qu'elles sont, à les satisfaire
promoves ? Quoties conaris et non datur ultra ? Eniteris et non obtines. Tentas et non abriperis. Parturis et non paris. Et ubi incipis ibi deficis. (Lib. I,De consideratione, c. I.}
autant qu'on peut, >sous le magnifique prétexte qu'elles concourent, de près ou de loin, à l'harmonie sociale. S'il y a des excès, il n'importe pour le moment. Les individus y périront, mais l'humanité, toujours progressive, saura bien, à la fin, mettre l'ordre dans les exigences sacrées do la nature. L'orgueil, l'envie, l'avarice, la luxure, la colère, la gourmandise et la paresse se donneront le baiser fraternel, à la grande édification, et surtout, au grand contentement de ceux qui n'aiment ni la lutte ni la contrainte. — Je ne ferai pas à cette doctrine immonde l'honneur de la réfuter, je ne prendrai même pas la peine de la mépriser ; l'oubli, c'est tout ce qu'elle mérite.
Oui, l'oubli sur une pareille infamie ; et maintenant, écoutons les conseils du bon sens et de la prudence chrétienne. Ils se résument en trois mots : Vigilance, crainte et combat.
Vigilance sur vos enfants, Messieurs, sur ces vies fragiles, ces natures obéissantes qui sont confiées à vos soins paternels. Epiez, avec une inquiète sollicitude, tout ce qui sort des terres nouvelles où l'ennemi a semé l'ivraie. Etouffez, sans pitié, à mesure qu'ils paraissent, tous les jets corrompus des passions. Pas de lâches complaisances cachées
SOUS les apparences de l'amour, mais une mâle énergie, une discipline austère qui habitue l'enfance aux luttes de la vie et lui prépare des victoires.
Crainte dans vos âmes, ô jeunes gens, que Dieu doit associer un jour à sa puissance créatrice : crainte respectueuse pour les germes sacrés que vous portez dans votre sein. Rappelez- vous que toute habitude dépravée doit vous survivre, et, si vous êtes tentés de vous déshonorer, tendez l'oreille vers l'avenir et écoutez les plaintes de votre postérité.
Enfin, Messieurs, combat pour tous. Je vous l'ai dit, avec un des vieux athlètes de la vertu : « la vie de l'homme est un combat sur la terre : Militia est vitci hominis super terram. » Nous n'aurions pas à lutter contre l'enfer et le monde qu'il faudrait lutter encore contre nous-mêmes. L'aveuglement et la corruption des appétits nous obligent d'être toujours en armes. Sans doute, notre triomphe est plus assuré contre les premiers mouvements des passions, c'est pourquoi nous devonr? entrer en guerre, dès l'heure où nous entendons, dans les bas-fonds de notre nature, les clameurs confuses des appétits éveillés par l'approche des
biens sensibles. Cependant, fussions-nous mille fois vaincus, il ne faudrait pas désespérer de nousmêmes, ni abandonner la divine stratégie qui peut efficacement balancer les succès de l'ennemi, si elle ne nous assure pas, avant Tâge de l'apaisement, une victoire définitive. C'est à tous les hommes, à tous les chrétiens, surtout, que Dieu adresse, par la bouche de son apôtre, ces paroles : « Labora siciit bonus miles * : Travaille comme un bon soldat. » Travail de résistance, travail d'agression, travail de transformation ; voilà ce que Dieu attend de nous.
La résistance est l'acte qui dit — non — aux exigences déréglées desappétits. L'orgueil veut m'enlever hors de ma sphère, je lui dis : non; la richesse me tente et m'invite à quelque action déloyale, je lui dis : non ; la chair me tourmente et me promet de honteux plaisirs, je lui dis: non. Selon la remarque d'un orateur illustre, « ce refus est puissant parce qu'il exerce la volonté, l'assouplit, la fortifie, l'habitue enfin au commandement qui est l'empire. Les sens, à leur tour, subissent l'action d'une résistance qui se reproduit. îDe même