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que les passions y creusent des traces vivantes, dont l'impression sur l'âme la provoque au mal et l'affaiblit, la volonté y grave aussi ses ordres. Elle y met la marque de sa souveraineté, et^ quand elle y repasse de nouveau, son chemin est moins dur^ parce que l'obstacle est moins fort. Ce progrès senti encourage l'âme. Elle est avertie que le terrain se développe, que l'imagination s'épure, que le cerveau, centre de toutes les sensations et de tous les mouvements, gagne en solidité et se prête plus docilement aux fonctions calmes de la pensée ^ » Elle est moins effrayée de la force mystérieuse qu'elle supposait aux ennemis intérieurs de la vie morale. Le silence de la passion, momentanément vaincue, par un refus, l'invite à de nouvelles résistances.
Mais gardez-vous de croire. Messieurs, que la défensive puisse désarmer les appétits. Ils ne capitulent que devant les habitudes agressives qui, par des actes répétés, donnent à leurs exigences de perpétuels démentis. L'orgueil qui se tait quand vous dites : non, à «es suggestions, l'orgueil n'est écrasé que par l'humilité qui, sans cesse, vous
1. Lacordaire, Conférences de Toulouse, troisième conférence : De la Vie morale.
remet à votre place, et vous fait chercher, clans des abaissements volontaires, un contre-poids aux désirs d'une élévation injuste et insensée. La cupidité qui se tait quand vous refusez de suivre ses entraînements, la cupidité n'est étouffée que par une générosité prompte aux bienfaits et féconde en largesses. La chair qui se tait quand vous résistez à son aiguillon, la chair n'est réduite à l'impuissance que par la mortification qui la sèvre, même, des jouissances permises. A coup sûr, l'habitude agressive n'acquiert pas, en un jour, toute sa force triomphante ; mais, à mesure que se multiplieront les actes de vertu, vous la sentirez croître, et bientôt, vous n'entendrez plus le sourd murmure de vos passions que dans un lointain sans danger pour votre vie morale.
Ce dernier bruit vous inquiète-t-il encore ? Allez plus avant dans le combat; saisissez vos passions, retournez-les et mettez-les au service du bien. Il ne manque pas de grandes et nobles causes au service desquelles le désir, l'espérance, l'amour, l'audace, la colère même, peuvent être employés utilement. Servantes de la volonté, les passions réagissent sur elle et lui donnent plus de ressort et d'impétuosité; transformées par la
direction qu'elles reçoivent et par l'objet même auquel on les applique, elles accroissent, je vous l'ai déjà fait remarquer, le mérite de nos œuvres, et prennent, dans notre vie, un si souverain empire que les appétits grossiers et bas, dont on les a séparées, n'osent plus se manifester, tant ils sont consternés et impuissants. Vous avez ce spectacle sous les yeux, dans ces vies chrétiennes dont toute Tactivité est consacrée au service des misères humaines, et à la régénération des classes que les doctrines impies et les promesses mensongères de la révolution ont corrompues. Si vous vous décidez à imiter ces vies, si vous remplissez vos cœurs de quelque grande passion, transformée par un noble et saint objet^ vous jouirez bientôt d'un apaisement plein de délices pour votre vertu, plein de promesses pour l'éternité.
Travaillez donc, en bons soldats, par la résistance, l'agression, la transformation; mais je vous en prie, Messieurs, ne travaillez pas seuls. L'ennemi est trop fort, et vous êtes trop portés à vous laisser tromper par les mouvements et les ruses de sa stratégie, pour que vous puissiez prendre seuls, dans le combat qu'il vous faut livrer, des résolutions calmes et désintéressées. Vous avez besoin
d'un conseil de guerre ; Dieu vous l'a donné. Il est un homme à qui l'onction du ciel a communiqué le mystérieux pouvoir de lire dans les âmes, et de les diriger, à travers les obstacles dont le péché a encombré les voies de l'humanité. Spectateur ému de vos luttes, ami de votre perfection, engagé, par devoir, à travailler avec vous à l'œuvre de votre salut^ il peut, d'un mot, guérir les mille blessures que vous avez reçues dans la mêlée des passions. Mais, si vous avez à cœur de triompher des appétits qui vous tourmentent, ce n'est pas assez de lui raconter annuellement vos défaites ; vous devez prendre ses conseils chaque fois que la tentation vous offre le combat. A vous deux, vous étudierez les chemins par où il est à propos de se dérober, les terrains où il est plus sûr d'engager l'action. Avons deux, vous choisirez les armes les plus propres à la victoire : résolutions, prières et pratiques spirituelles.
Eclairés par le conseil , fortifiez-vous . On raconte de certains athlètes de l'antiquité qu'ils se plongeaient, avant la lutte, dans un bain de sang, pour donner à leurs muscles plus de résistance et de vigueur. Le bain de sang est préparé, Messieurs, il vous attend, dans les piscines sacra-
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mentelles où Jésus-Christ a précipité le fleuve de la rédemption. Ne vous contentez pas d'y venir, à de lointains intervalles, pour réparer, à la hâte, les désordres d'une constitution ravagée et mourante. Baignez-vous souvent et à Taise ; laissez-vous pénétrer, jusqu'au fond de l'âme, par la force même de Dieu. Il n'y a pas d'ennemis qui tiennent contre cette force. En avant, soldats du Christ ! par la vertu du sang de Jésus-Christ, vos combats contre les passions deviendront autant de victoires.
JEUDI SAINT