Rom., cap. xiil, il
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paroles du Sauveur, tout pénétrés de ses dernières bénédictions, tout émus de ses derniers embrassements, et, cependant, leur maître ne veut pas qu'ils s'endorment, tant l'esprit est prêt à se désavouer et la chair impuissante contre les violences de la tentation. Vigitate : Veillez ! Vous vous reposerez, quand votre âme, bercée dans le sein de Dieu, et désormais à l'abri des tempêtes et des naufrages de la vie présente, attendra la résurrection du misérable corps qui étouffe et se pourrit sans la froide pierre d'un sépulcre. A la bonne heure, en ces jours-là il sera temps de se reposer... Aujourd'hui, debout et veillez : Vigilsite !
Mais en quoi consisie la vigilance chrétiennement entendue? Je l'ai dit tout à l'heure, Messieurs : c'est une attention persévérante de l'âme sur elle-même et sur tout ce qui l'entoure. Toute vertu qui craint une défaite doit se considérer comme en une place assiégée ? Que fait celui qui a pris une place assiégée sous la garde de son honneur et a juré de mourir plutôt que de se rendre ? Nuit et jour, il regarde et il écoute. Il regarde les mouvements^ il écoute les bruits du dedans et du dehors. Son attention se partage sans se diviser. Il est tout entier à tous les ennemis. Si le sommeil
peut vaincre un instant son corps brisé par la fatigue, il ne s'y oublie pas; mais, au premier cri d'alarme, au moindre bruit suspect, il est debout, multipliant ses ordres et faisant marcher ses forces là où il a flairé le danger. Qu'il triomphe ou qu'il succombe, sa gloire sera sans tache, il vivra éternellement dans les plus fiers souvenirs de la postérité.
Mais, Messieurs, faut-il donc n'estimer que cette vigilance à main armée, et les grands hommes ne recevront-ils le baptême de la gloire que sur les champs de bataille et entre les murs d'une place forte? Non. L'esprit de Dieu proteste, en maint endroit des Saintes Lettres, contre cette notion grossière de l'honneur. Il proclame meilleurs que tous les autres ces combats ignorés où se dépensent plus de sollicitudes que dans le tumulte des armes \ et qui ne sont récompensés que par le témoignage discret d'une conscience irréprochable. J'ai vu des hommes tellement en butte aux colères de l'enfer et du monde, tellement travaillés par les passions de leur énergique nature, tellement pressés de choisir entre
1. Melior est qui dominatur animo suo expugnatore urbium. (Pi'ov., cap. XVI^ 32.)
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la fortune et la misère, restime et le déshonneur^ que j'en ai frémi. Mais, Dieu soit béni ! leur âme veillait, et plutôt que d'ouvrir au péché la plus petite porte de leur vie, plutôt que de faire un pas vers une occasion qu'ils croyaient être funeste à leur vertu, ils se résignaient, sans trembler, à tous les maux. Je les ai vus, et pendant que je pressais leur main dans la mienne, mon cœur disait : Voilà des hommes qui ne seront jamais connus, qui n'auront jamais les honneurs de l'histoire, et pourtant voilà de grands hommes!
Nous devons tous aspirer à cette gloire. Messieurs : telle est notre destinée. Notre siège est fait : Au dedans, des trahisons, au dehors, des colères et des avidités coupables ; comptons làdessus. Regardons ce qui se passe en nous, autour de nous, écoutons tous les bruits : Veillons !
Regarder en soi, écouter son âme, c'est s'éclairer sur ses tendances et sur ses penchants les plus cachés., prendre, petit à petit, conscience de ce qu'elle peut et pour le bien et pour le mal, et arriver, ainsi, à cette incomparable science que les anciens maîtres de la vie morale, même au milieu des erreurs du paganisme, croyaient descendue
des cieux. a Connais-toi toi-même, disait l'un d'eux, quel admirable précepte! Il est court, mais c'est une si grande chose que le roi des dieux pouvait seul la savoir. Nosce teipsum^ dictio quidera brevis est; sed tanta res quam Jupiter solussciebat. » Et un autre: « Cette maxime connais-toi toi-même est venue d'en haut. Il faut la fixer dans sa mémoire et la méditer dans son cœur :
........... E cœlo descendit pôiôt crôauTcv
Figendum et memori tractandum pectore i . . . .
Volontiers, nous disons avec les anciens : Connais-toi toi-même, c'est la science des sciences, la maxime des maximes; mais, facilement, nous éparpillons l'activité de notre âme sur les objets extérieurs, au lieu de la ramener par un mouvement énergique sur elle-même. Tout en connaissant beaucoup de choses, nous ne sommes, la plupart du temps, pour nous-mêmes, qu'une énigme pleine de menaces et de périls. Combien peu qui possèdent la science première de leur propre nature, et qui ne lisent qu'avec dégoût les pages,