Juvénal^ Satire X, Menscc luxus
pourtant si intéressantes et quelquefois si dramatiques, de leur vie intime! L'ignorance ou l'aveuglement, à ce sujet, vont si loin que l'homme coupable refuse, même après ses fautes, d'en avouer la cause. Habile à se tromper, il ne voit que des accidents fatals, là où il y a une sorte de loi implacable, d'où procèdent, comme autant de phénomènes préparés à l'avance, toutes les actions dont il a à rougir. Car, eritendez-le bien, il est en nous selon la doctrine de l'Apôtre \ une loi dont nous subissons la tyrannie jusqu'à ce que nous l'ayons vue, saisie, étouffée. Mais qui peut voir cette loi, qui peut se prémunir contre ses trahisons s'il ne veille? L'ordre nous en est donné, nous ne pouvons le mépriser sans aggraver nos fautes et les rendre plus inexcusables.
Donc, regardez en vous, Messieurs, écoutez votre âme. Il y a là un ennemi capital, un conspirateur éternel, une passion dominante. Que voulez-vous: tout homme est soumis à cette dure nécessité de réchauffer dans son sein des germes corrompus ; tout homme, comme vous avez pu vous en convaincre, apporte avec lui sur cette terre la semence
1. Video autem aliam legem in membris meis repugnantem legi mentis mea'. (Rom., cap. vu, 23.)
empoisonnée des passions. Je vous ai fait connaître les passions, je vous ai dit comment, de bonnes qu'elles étaient, elles sont devenues funestes, épargnez-moi de revenir sur cette page douloureuse de mon enseignement'. Mais puisque je vous exhorte à la vigilance chrétienne, il faut bien que je vous indique son objet, et d'abord son objet intérieur.
L'objet intérieur de la vigilance chrétienne, c'est ce que tous les maîtres de la vie morale ont appelé la passion dominante. — Quelle est-elle? — Estce celle d'où ne procèdent qu'à de rares intervalles les péchés contre lesquels proteste aussitôt notre conscience révoltée? Est-ce celle que nous nous empressons de refouler, dès qu'elle est satisfaite, aux lieux d'où elle est sortie? Est-ce celle que nous avouons en toute humilité d'esprit et simplicité de cœur? Non ; mais celle d'où le péché coule de source sans que nous nous en inquiétions ; celle qui s'ajuste si bien à notre organisation qu'elle semble en faire partie intégrante ; celle qui résume, par la réitération des mêmes sollicitations d'un côté, et des mêmes complaisances de l'autre, notre